La Ligue des cham­pions comme juge de paix

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - YVES LE­ROY CH­RIS­TOPHE BÉRARD

PAS BE­SOIN DE LIRE dans le marc de ca­fé pour connaître l’is­sue de la sai­son du PSG en Ligue 1. Pa­ris se­ra cham­pion dans des pro­por­tions sus­cep­tibles d’être ex­cep­tion­nelles. Le re­cord de points de 2013-2014 (89 uni­tés) est bien évi­dem­ment lar­ge­ment à la por­tée des Pa­ri­siens. Pour l’ob­te­nir, ils de­vront tour­ner à deux points de moyenne, ce qui se­ra le cas s’ils remportent au moins 13 des 19 der­nières ren­contres. Pour la barre sym­bo­lique et my­thique des 100 points, la route est en­core très longue.

« Il fau­dra ré­édi­ter ce qu’on a fait jus­qu’ici sur la phase re­tour, quand d’autres ob­jec­tifs vont se gref­fer », ré­sume Laurent Blanc au mo­ment d’an­non­cer ses ob­jec­tifs pour la suite. L’en­traî­neur fait évi­dem­ment al­lu­sion à la Ligue des cham­pions, dé­jà pré­sente dans tous les es­prits. Le PSG af­fron­te­ra Chel­sea pour la troi­sième an­née consé­cu­tive. Dès les 8es de fi­nale, comme la sai­son pas­sée, les 16 fé­vrier et 9 mars.

« Pour être bon sur ces matchs-là, il fau­dra être bon en cham­pion­nat », pré­vient Serge Au­rier. La Ligue 1 au­ra des al­lures de pré­pa­ra- tion à la com­pé­ti­tion reine. Elle peut être à double tranchant. En 2006-2007, Lyon avait payé sa trop grande fa­ci­li­té sur la scène na­tio­nale en étant pi­teu­se­ment éli­mi­né contre la Ro­ma dès les 8es de fi­nale. Pa­ris est fort, bien sûr, et fait fi­gure de fa­vo­ri face aux Blues. Mais sa sai­son se­ra, en réa­li­té, éva­luée à l’aune de son com­por­te­ment dans l’épreuve con­ti­nen­tale. Au prin­temps, il se­ra alors pos­sible de par­ler de pro­gres­sion, de stag­na­tion, voire de ré­gres­sion. Le match re­tour contre le Real Ma­drid, en phase de poules, a don­né, mal­gré la dé­faite (1-0), une idée du po- ten­tiel du PSG.

Les stars de la ca­pi­tale sont éga­le­ment at­ten­dues dans ces grandes oc­ca­sions. An­gel Di Ma­ria a brillé contre Ma­drid et a réa­li­sé une fin d’an­née cinq étoiles. Pa­ris l’a payé 63 M€ pour en­trer dans la cour des grands. Pour Zla­tan Ibra­hi­mo­vic, 34 ans, en fin de contrat en juin, c’est peut-être aus­si la der­nière oc­ca­sion de rem­por­ter en­fin la Ligue des cham­pions, dont il n’a ja­mais dé­pas­sé les de­mi-fi­nales. Une très belle ma­nière d’ache­ver son oeuvre. BRAN­DIR LE CAR­TON ROUGE ou lais­ser l’ac­tion se pour­suivre. L’ar­bitre a tran­ché et il fe­ra connaître sa dé­ci­sion à Mi­chel Pla­ti­ni ce ma­tin à 10 heures. Pour le pré­sident de l’UEFA, voi­ci en­fin ve­nu l’épi­sode clé d’un feuille­ton qui dure de­puis près de trois mois. La chambre de ju­ge­ment de la com­mis­sion d’éthique de la Fifa va an­non­cer si, pour elle, le triple Bal­lon d’or a tou­ché un vi­re­ment d’1,83 M€ en 2011 en échange de sa non-can­di­da­ture à la pré­si­dence de la Fifa. Pour l’ac­cu­sa­tion, Sepp Blat­ter, alors proche de Pla­ti­ni, s’était ain­si as­su­ré une ré­élec­tion ai­sée. Convain­cue de la culpa­bi­li­té du Fran­çais, Va­nes­sa Al­lard, l’en­quê­trice tri­ni­da­dienne de la com­mis­sion d’en­quête, a re­quis contre lui, mais aus­si contre Blat­ter (éga­le­ment fixé au­jourd’hui), une ra­dia­tion à vie des ins­tances du football.

Pla­ti­ni a tou­jours re­con­nu avoir tou­ché de l’ar­gent de la Fifa en 2011. Mais pour lui, cette somme cor­res­pond à des ar­rié­rés de sa­laires pour des tra­vaux ef­fec­tués entre 1999 et 2002. Il est néan­moins com­pli­qué pour le grand pu­blic d’en­tendre que le Fran­çais a at­ten- du plus de neuf ans pour ré­cla­mer son dû… Una­ni­me­ment dé­crit par ses amis comme un homme peu in­té­res­sé par l’ar­gent et lé­ger dans la ges­tion de son por­te­feuille, Pla­ti­ni, et avec lui ses dé­fen­seurs, ré­pète en boucle que l’acte d’ac­cu­sa­tion n’est construit que sur des sup­po­si­tions non étayées.

Il s’es­time « dé­jà ju­gé et condam­né »

Le prin­ci­pal atout de la dé­fense est un do­cu­ment d’archive de l’UEFA, ré­di­gé en 1998 par l’Al­le­mand Ge­rhard Ai­gner, alors se­cré­taire gé­né­ral de l’ins­tance, et évo­quant l’ac­cord entre Blat­ter et Pla­ti­ni afin que ce der­nier tra­vaille pour la Fifa. Mais l’an­cien sé­lec­tion­neur des Bleus a l’im­pres­sion que la com­mis­sion d’éthique est par­tiale. Il a boy­cot­té son au­dience la se­maine pas­sée, ar­guant, par écrit, qu’il n’avait « plus confiance dans les ins­tances dis­ci­pli­naires de la Fifa » et qu’il se sen­tait « dé­jà ju­gé et condam­né ».

Une al­lu­sion à An­dreas Ban­tel, porte-pa­role de la chambre d’ins­truc­tion de la com­mis­sion d’éthique, ci­té par le jour­nal « l’Equipe » le 11 dé­cembre : « Pla­ti­ni va sû­re­ment être sus­pen­du plu­sieurs an­nées. » En cas de condam­na­tion, Pla­ti­ni, qui se­ra dé­chu de la di­rec­tion de l’UEFA, se heur­te­ra à un ca­len­drier sans doute déses­pé­ré pour l’élec­tion à la pré­si­dence de la Fifa le 26 fé­vrier. La date bu­toir pour l’en­re­gis­tre­ment dé­fi­ni­tif des can­di­da­tures est fixée au 26 jan­vier, trop proche sans doute pour que le Fran­çais ait épui­sé toutes les voies de re­cours.

Avant de pou­voir sai­sir le Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport (TAS), la ju­ri­dic­tion spor­tive su­prême, il de­vrait faire une pre­mière fois ap­pel de­vant la chambre de re­cours de la Fifa. Il au­rait la pos­si­bi­li­té d’al­ler di­rec­te­ment de­vant le TAS mais il lui fau­drait ob­te­nir l’ac­cord de la Fifa, ce qui pa­raît peu pro­bable.

Pour l’heure, cinq hommes sont can­di­dats à la suc­ces­sion de Blat­ter, for­cé à la dé­mis­sion le 2 juin 2015, quatre jours après sa ré­élec­tion : le cheikh bah­reï­nien Salman, le Sud-Afri­cain To­kyo Sexwale, le prince jor­da­nien Ali, le Fran­çais Jé­rôme Cham­pagne et le Suisse Gian­ni In­fan­ti­no.

En cas de condam­na­tion, Mi­chel Pla­ti­ni au­ra plu­sieurs voies de re­cours. Mais les chances du Fran­çais de pou­voir se pré­sen­ter à la pré­si­dence de la Fifa se ré­dui­ront for­te­ment, la date bu­toir pour l’en­re­gis­tre­ment dé­fi­ni­tif des can­di­da­tures étant fixée au 26 jan­vier.

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