Ac­cro­chés à leur fau­teuil

Au pou­voir de­puis trente ans, la classe po­li­tique tarde à or­ga­ni­ser sa re­lève mal­gré le coup de se­monce des élec­tions ré­gio­nales.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - NA­THA­LIE SCHUCK @Na­tha­lieS­chuck

TRISTE SYM­BOLE. Tan­dis que les sé­millants tren­te­naires des mou­ve­ments ci­toyens Po­de­mos et Ciu­da­da­nos se frot­taient hier aux urnes en Espagne, un an­cien fai­sait son co­me­back en France : Ber­nard Ta­pie, 72 ans. Notre classe po­li­tique, do­mi­née par les se­niors et pa­py-boomers, fe­rait-elle la sourde oreille ? Le mes­sage des ré­gio­nales était pour­tant lim­pide. Les élec­teurs ont soif de nou­velles pra­tiques et de nou­veaux vi­sages. Le match re­tour an­non­cé pour la pré­si­den­tielle entre Fran­çois Hol­lande — au PS de­puis 1979 — et Ni­co­las Sar­ko­zy — élu de­puis 1983 — ne les fait pas rê­ver.

Une gé­ron­to­cra­tie ?

Ils ont le sen­ti­ment de voir les mêmes têtes de­puis des dé­cen­nies. Et pour cause ! Sur les pho­tos des an­nées Mit­ter­rand, Sé­go­lène Royal, Laurent Fa­bius et Mi­chel Sa­pin étaient dé­jà mi­nistres. Au Sé­nat, le doyen Paul Ver­gès culmine à un vé­né­rable 90 ans. Vous avez dit gé­ron­to­cra­tie ? Aux élec­teurs aus­si de ba­layer de­vant leur porte. S’ils ré­clament du sang neuf, ils ont ten­dance, une fois dans l’iso­loir, à pré­fé- rer les élus ex­pé­ri­men­tés. Il n’est qu’à voir Alain Jup­pé, 70 ans, chou­chou des son­dages.

Les in­nom­brables rap­ports par­le­men­taires qui pré­co­nisent de fixer un âge li­mite pour être can­di­dat prennent la pous­sière. Fin 2011, Ar­naud Mon­te­bourg avait pro­po­sé de fixer une barre à 67 ans. En juin, une étude sug­gé­rait de mettre les élus à la re­traite à 70 ans. Les­quels ont aus­si­tôt crié au « jeu­nisme » et au « ra­cisme an­ti­vieux ». Ils n’ont pas tort. Car c’est moins l’âge de leurs ar­tères qui pose pro­blème — on peut avoir en­vie de s’en­ga­ger pour son pays après une car­rière — que le cu­mul des man­dats dans le temps. Le pré­sident n’a droit qu’à deux quin­quen­nats. Les maires ou par­le­men­taires peuvent en­chaî­ner à vie. Plus fâ­cheux, ils peuvent cu­mu­ler les pen­sions de re­traite, sans au­cun pla­fond.

Voi­là deux axes de ré­forme ma­jeurs pour re­don­ner aux Fran­çais le goût de la chose pu­blique. Faute de quoi, il fau­dra s’ha­bi­tuer à ce qu’une écra­sante ma­jo­ri­té de jeunes ne se dé­place pas pour vo­ter.

(MaxPPP/Xa­vier de Torres)

Pa­lais du Luxem­bourg (Pa­ris VIe) Paul Ver­gès, le doyen du Sé­nat (au centre), est âgé de 90 ans.

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