Po­de­mos re­bat les cartes aux lé­gis­la­tives

Le mou­ve­ment Po­de­mos fait une en­trée en fan­fare au Congrès es­pa­gnol et joue les trouble-fêtes au terme des élec­tions. Si le sor­tant Ma­ria­no Ra­joy est en tête, il ne peut pas gou­ver­ner seul.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - Ma­drid (Espagne) De notre cor­res­pon­dante MA­RION GAU­DIN

« ET COM­MENT on gou­verne ce pays, main­te­nant ? » C’est la ques­tion po­sée di­manche soir par le pré­sen­ta­teur phare de la Sex­ta, une des plus grandes chaînes pri­vées d’Espagne. Une in­ter­ro­ga­tion lé­gi­time dans la me­sure où per­sonne, au terme des élec­tions lé­gis­la­tives qui se sont te­nues hier, n’est en me­sure de don­ner le nom, ni même la cou­leur po­li­tique du pro­chain chef du gou­ver­ne­ment.

Le Par­ti po­pu­laire (PP) de Ma­ria­no Ra­joy est certes ar­ri­vé en tête avec 28,7% des suf­frages, ce qui cor­res­pond à 123 sièges au Congrès, mais sa vic­toire est en de­mi-teinte. Ses résultats sont bien moins bons qu’en 2011 (il avait alors re­cueilli 45 % des voix et ob­te­nu 186 sièges) et il est au­jourd’hui dans l’in­ca­pa­ci­té de gou­ver­ner seul. La si­tua­tion n’a pas échap­pé au pré­sident du gou­ver­ne­ment sor­tant. « L’Espagne a be­soin d’un gou­ver­ne­ment stable, a dé­cla­ré Ra­joy en fin de soi­rée de­puis le siège de son par­ti à Ma­drid. Nous dé­mar­rons une étape qui ne se­ra pas simple, il va fal­loir par­ler et né­go­cier (NDLR : pour par­ve­nir à des ac­cords avec les autres par­tis) et je vais m’y at­te­ler. »

Le pire score de leur his­toire pour les so­cia­listes

Autre dé­con­ve­nue, pour le PSOE (Par­ti so­cia­liste ou­vrier es­pa­gnol) cette fois. Le par­ti de gauche de Pe­dro San­chez ter­mine deuxième, mais avec le pire score de son his­toire ! Et comme un mal­heur n’ar­rive ja­mais seul, il est ta­lon­né de près par Po­de­mos, le nou­veau par­ti an­ti-aus­té­ri­té qui fait une en­trée triom­phante au Congrès en ra­flant 69 sièges, pour le plus grand plai­sir de ses militants. Dont Andres : « Po­de­mos a réus­si à convaincre une grande par­tie de la po­pu­la­tion. Nous avons mon­tré qu’il ne s’agit plus d’un par­ti de pe­tits jeunes im­ma­tures, mais d’une vraie force po­li­tique qui est par­tie pour du­rer. Le plus im­por­tant main­te­nant va être de né­go­cier avec le PSOE pour em­pê­cher la droite de res­ter au pou­voir. »

Né­go­cier pour for­mer des al­liances ? La mis­sion s’an­nonce par­ti­cu­liè­re­ment com­pli­quée pour la gauche aus­si, même si la for­ma­tion de Pe­dro San­chez ne se ferme au­cune porte. « Je suis dis­po­sé à dia­lo­guer et à dé­battre pour par­ve­nir à un ac- cord », a dé­cla­ré le can­di­dat du PSOE. Le po­li­to­logue Pa­blo Si­mon ré­sume l’en­jeu dé­sor­mais : « Le jeu est com­plè­te­ment ou­vert, et bien ma­lin ce­lui qui peut dire si c’est le bloc de gauche ou le bloc de droite qui se­ra por­té au pou­voir en jan­vier ».

Plu­sieurs par­tis dé­tiennent la clef du scru­tin. Les pe­tites for­ma­tions na­tio­na­listes et in­dé­pen­dan­tistes, qui ont ob­te­nu quelques sièges au Congrès, peuvent ap­por­ter — ou non — leur sou­tien à la gauche. Quant à Ciu­da­da­nos, le tout jeune par­ti li­bé­ral de centre-droit ar­ri­vé qua­trième avec près de 14% des voix, il pour­rait aus­si jouer les fai­seurs de rois, mal­gré un score moins bon qu’es­pé­ré. L’Espagne vou­lait du chan­ge­ment ? Elle est ser­vie. Hier, elle a mis fin à trente ans de bi­par­tisme.

(AFP /Pe­dro Armestre.)

Ma­drid (Espagne), hier. Les militants de Po­de­mos, le par­ti de gauche ra­di­cale, ont de quoi se ré­jouir : leur par­ti fait son en­trée au Congrès.

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