L’étrange bombe fac­tice du vol Air France

La dé­cou­verte d’un co­lis sus­pect dans les toi­lettes d’un vol d’Air France île Mau­rice-Pa­ris a contraint l’ap­pa­reil à se po­ser au Ke­nya. Plai­san­te­rie ou me­nace ?

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - GEOF­FROY TOMASOVITCH

DANS NOS CO­LONNES, ven­dre­di, Gilles Leclair, le Mon­sieur Sû­re­té d’Air France, rap­pe­lait avec in­sis­tance le cre­do de la com­pa­gnie : « La sû­re­té et la sécurité de nos per­son­nels et de nos clients n’ont pas de prix. » Dans ce do­maine, la prio­ri­té af­fi­chée, c’est zé­ro risque.

Alors, quand le com­man­dant de bord du vol Air France AF436, en pro­ve­nance de l’île Mau­rice et à des­ti­na­tion de Rois­sy-Charles-de-Gaullle, a été in­for­mé dans la nuit de sa­me­di à di­manche de la pré­sence d’un ob­jet sus­pect dé­cou­vert dans le pla­card de toi­lettes de son Boeing 777, il n’a pas hé­si­té un ins­tant. Igno­rant alors que l’en­gin était in­of­fen­sif, le pi­lote a ap­pli­qué les me­sures en vi­gueur. Il a dé­rou­té son ap­pa­reil vers le Ke­nya, où il a at­ter­ri en ur­gence à l’aé­ro­port de Mom­ba­sa, à 0 h 36 heure lo­cale. Les 459 pas­sa­gers ont été éva­cués par les to­bog­gans, puis pris en charge, sains et saufs. Les 14 membres de l’équi­page ont quit­té à leur tour l’avion et les au­to­ri­tés ké- nyanes ont dé­bu­té leurs in­ves­ti­ga­tions, en iso­lant le co­lis sus­pect, confié aux dé­mi­neurs d’abord, puis pour ana­lyse ap­pro­fon­die en­suite.

L’in­ci­dent a vite ani­mé les ré­seaux so­ciaux, ali­men­té par des té­moi­gnages de pas­sa­gers recueillis à Mom­ba­sa. « Nous sen­tions que les membres de l’équi­page étaient ten­dus, et que quelque chose n’al­lait pro­ba­ble­ment pas. Quand l’avion s’est ar­rê­té, ils nous ont dit de cou­rir vers les to­bog­gans et de par­tir loin de l’avion », a re­la­té à l’AFP John Ste­phen. Cer­tains ont par­lé d’un tic-tac in­quié­tant en­ten­du plus tôt dans l’ap­pa­reil, d’autres d’un bip. Cer­tains ont pa­ni­qué.

Mau­vais si­gnal

Ra­pi­de­ment, des cli­chés sup­po­sés de l’ob­jet en ques­tion sont ap­pa­rus sur Twit­ter. Une sorte de boîte à piz­za. Plus pré­ci­sé­ment, quatre car­tons rec­tan­gu­laires re­liés par un adhé­sif et des pinces mé­tal­liques, avec deux hor­loges di­gi­tales de deux ho­raires dis­tincts. Cet ov­ni a fi­na­le­ment été ju­gé fac­tice. « Il s’agit d’une fausse alerte », sou­li­gnait hier soir Air France, qui a en­voyé un ap­pa­reil cher­cher les pas­sa­gers blo­qués au Ke­nya.

Reste à ex­pli­quer com­ment le co­lis a été pla­cé dans les toi­lettes ? Se­lon Fré­dé­ric Ga­gey, PDG d’Air France, l’en­semble des pla­cards avaient été ins­pec­tés avant le dé­col­lage. « Mais ça me pa­raît im­pos­sible qu’un pas­sa­ger soit mon­té dans l’avion avec un tel en­gin », spé­cule de son cô­té Gé­rard Ar­noux, an­cien pi­lote et pré­sident du Co­mi­té de veille de la sécurité aé­rienne (CVSA). Pour lui, cet in­ci­dent est un très mau­vais si­gnal. « Ce­la peut être un aver­tis­se­ment, si­gni­fier qu’il est pos­sible de pla­cer une bombe dans l’avion. Ou en­core faire peur ou nuire à la com­pa­gnie et la France. » Fré­dé­ric Ga­gey, lui, parle d’un pos­sible « acte de mal­veillance » mais éga­le­ment d’une « mau­vaise plai­san­te­rie ». Quoi qu’il en soit, il es­time qu’il s’agit d’un « acte ex­trê­me­ment agres­sif » à l’en­contre de la com­pa­gnie, qui va por­ter plainte contre X.

(Reu­ters/Jo­seph Okan­ga.)

Mom­ba­sa (Ke­nya), hier. Les 459 pas­sa­gers et 14 membres d’équi­page ont été éva­cués de l’avion par les to­bog­gans.

Pa­ris Océan In­dien

Mom­ba­sa

(Ke­nya)

Ile Mau­rice Océan At­lan­tique

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.