« Si la Fifa veut sur­vivre, elle est obli­gée de pu­nir des gens »

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Pro­pos recueillis par Y.L.

LA DÉ­CI­SION de la com­mis­sion d’éthique de la Fifa s’ins­crit dans la re­prise en main de l’ins­tance par ses or­ganes in­ternes. Pim Ver­schuu­ren, cher­cheur à l’Ins­ti­tut de re­la­tions in­ter­na­tio­nales et stra­té­giques (Iris), un la­bo­ra­toire d’idées, dé­crit les res­sorts po­li­tiques de la chasse aux sor­cières en cours. Quelle lec­ture faites-vous de ce ju­ge­ment ? PIM VER­SCHUU­REN. C’est in­édit dans l’his­toire du football, d’avoir le pré­sident de la Fifa et ce­lui de l’UEFA sus­pen­dus huit ans. Les deux ins­tances reines du football sont dé­ca­pi­tées. C’est une dé­ci­sion très lourde de sens. Quel cré­dit ac­cor­der à la com­mis­sion d’éthique de la Fifa ? Cette com­mis­sion est le ré­sul­tat d’une ré­forme in­terne à l’or­ga­ni­sa­tion, faite à l’ins­ti­ga­tion de Sepp Blat­ter lui-même. Il est pu­ni par son propre en­fant. La com­mis­sion frap- pe un grand coup, elle fait un mé­nage in­terne. C’est aus­si une ré­ac­tion à ce qui se passe à l’ex­té­rieur. A tra­vers cette pro­cé­dure in­terne, la Fifa coupe l’herbe sous le pied des pro­cu­reurs, même s’ils vont conti­nuer leurs en­quêtes. Quelle était la ré­pu­ta­tion de la com­mis­sion avant les af­faires ac­tuelles ? C’est l’or­gane qui avait en­ter­ré le rap­port Gar­cia, qui de­vait dé­voi­ler les des­sous du vote pour l’at­tri­bu­tion des Coupes du monde en Rus­sie et au Qa­tar. C’est aus­si ce co­mi­té d’éthique qui a ser­vi à écar­ter les op­po­sants à Blat­ter dans sa course à la ré­élec­tion en 2011. C’est un peu bi­zarre, mais il est dif­fi­cile de s’y op­po­ser, car la Fifa ne dé­pend que d’elle-même. Les chambres d’ap­pel font aus­si par­tie du sys­tème en place. On ne peut pas vrai­ment al­ler contre ces dé­ci­sions, même si elles émanent d’une ins­ti­tu­tion qui s’est dé­jà dis­cré­di­tée. Elle semble pour­tant avoir en­ta­mé une opé­ra­tion mains propres… Le tour­nant, c’est le scan­dale qui a écla­té cette an­née avec les en­quêtes du FBI ain­si que de la jus­tice suisse. Si la Fifa veut sur­vivre, elle est obli­gée de pu­nir des gens, de dire qu’elle fait place nette, qu’elle ne dé­pend pas uni­que­ment des ins­truc­tions ju­di­ciaires. Sanc­tion­ner Sepp Blat­ter, qui est là de­puis tant d’an­nées, c’est vrai­ment un coup de ton­nerre. La Fifa va se ser­vir de la pro­chaine élec­tion en fé­vrier pour re­par­tir de l’avant et es­pé­rer un re­nou­veau. La théo­rie d’un rè­gle­ment de comptes de Sepp Blat­ter, qui en­traî­ne­rait Mi­chel Pla­ti­ni dans sa chute, tient-elle ? Je pense que c’est plu­tôt la Fifa qui sou­haite faire peau neuve. C’est aus­si une ac­tion de com­mu­ni­ca­tion. Mal­heu­reu­se­ment, tous les can­di­dats pour l’élec­tion de fé­vrier sont in­ternes au sys­tème.

« C’est aus­si une ac­tion

de com­mu­ni­ca­tion »

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