Mon­sieur 10 %, c’est lui

Toute la se­maine nous vous pré­sen­tons ceux qui oeuvrent en cou­lisses. Au­jourd’hui, Fran­çois Sa­muel­son, agent lit­té­raire et ar­tis­tique d’écri­vains et d’ac­teurs.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - YVES JAEGLÉ

FRAN­ÇOIS SA­MUEL­SON est une lé­gende dans le show-biz, pour dif­fé­rentes rai­sons. Une scène digne d’un film d’abord : un jour de 2004, le bouillant pro­duc­teur et ci­néaste Tho­mas Lang­mann lui met un coup de boule à la sor­tie de son bu­reau parce que Be­noît Ma­gi­mel, un ac­teur de l’écu­rie Sa­muel­son, avait dit non à son « Mes­rine » après avoir d’abord ac­cep­té. Une ré­vo­lu­tion en­suite : si les agents d’ac­teurs ont tou­jours exis­té, Fran­çois Sa­muel­son est le pre­mier à avoir im­por­té en France le mé­tier d’agent lit­té­raire, qu’il avait dé­cou­vert aux Etats-Unis ( lire ci-contre) dans les an­nées 1980. Il né­go­cie au­jourd’hui les contrats de Fred Var­gas, Mi­chel Houel­le­becq, Fré­dé­ric Beig­be­der, Em­ma­nuel Car­rère, Vir­gi­nie Des­pentes, BHL, Mi­chel On­fray… Son mé­tier ? « Trans­for­mer l’encre en or », dit-il sou­vent.

Avant, les écri­vains avaient un contrat avec leur édi­teur, sans pas­ser par un agent. Que leur ap­porte-til ? « Houel­le­becq tou­chait 10 % de droits d’au­teur sur ses livres. Je l’ai fait pas­ser à 18. » Pour Houel­le­becq ou Var­gas, qui peuvent vendre jus­qu’à 400 000 exem­plaires par roman, ces 8 % en plus se tra­duisent en cen­taines de mil­liers d’eu­ros.

Sa­muel­son, 63 ans, qui en fait net­te­ment moins, barbe poivre et sel, passe pour un dur. « Dans une né­go­cia­tion, il ne faut pas être im­pres­sion­né. L’un de mes pre­miers clients était Phi­lippe Djian, dont j’ai né­go­cié le contrat chez Gal­li­mard. Je n’étais rien face à An­toine Gal­li­mard à l’époque. Il faut mordre pour être res­pec­té. » On lui prête des coups bas contre de pe­tits édi­teurs à qui il au­rait ar­ra­ché les au­teurs. Lui dé­crypte un jeu plus com­plexe, une pro­fes­sion pas ir­ré­pro­chable. « Avant, pour l’adap­ta­tion des droits ci­né­ma­to­gra­phiques d’un roman, l’édi­teur pre­nait 50 % à l’au­teur, au nom de quoi ? Moi, je ne prends que 10 %. Re­gar­dez les po­lars de Var­gas ache­tés pour la té­lé­vi­sion ou le ci­né­ma, voyez son in­té­rêt à avoir un agent. »

Il met en avant une re­la­tion de confiance sur la du­rée avec ses clients. « Je ne suis pas leur psy ni leur nou­nou. Par­fois un confi­dent. Fred Var­gas vit dans son monde, en de­hors de tout. Ce n’est pas parce que les gens sont cé­lèbres qu’ils savent dé­fendre leurs in­té­rêts. C’est même plu­tôt l’in­verse, chez les ar­tistes. Je les pro­tège. »

Très proche de Ju­liette Bi­noche — l’Os­car qu’elle a dé­cro­ché pour « le Pa­tient an­glais » reste son meilleur sou­ve­nir —, Fran­çois Sa­muel­son au­rait ser­vi de mo­dèle à l’avide Ma­thias dans « Dix pour cent », la sé­rie à suc­cès de France 2 sur les agents des stars. Le per­son­nage le moins sym­pa de la bande. « Do­mi­nique Bes­ne­hard (le créa­teur de la sé­rie) ra­conte qu’il a pen­sé à moi. Je ne me suis pas re­con­nu. Ça ne m’au­rait pas dé­ran­gé, j’aime la sé­rie. Pas sym­pa Ma­thias ? Il faut bien qu’il y ait quel­qu’un qui di­rige la boîte, et c’est ra­re­ment le plus sym­pa… »

La sienne, In­ter­talent, n’em­ploie que quatre per­sonnes, dans un ap­par­te­ment du Ve ar­ron­dis­se­ment. « Je n’ai pas be­soin de plus de monde, ni de da­van­tage de clients. J’ai tra­vaillé dans de très grosses agences comme Art­mé­dia, avec deux stan­dar­distes tel­le­ment ça sonne tout le temps. Au mo­ment des Cé­sars, vous êtes prêt à vous sui­ci­der. » Il pour­rait vrai­ment jouer dans « Dix pour cent ».

« Je ne suis pas leur psy ni leur nou­nou. Par­fois

un confi­dent. »

Apre en né­go­cia­tions, Fran­çois Sa­muel­son n’a pas tou­jours bonne ré­pu­ta­tion. Peu lui im­porte : il dé­fend bec et ongles les in­té­rêts de ses ar­tistes, et fait tour­ner sa bou­tique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.