Pla­ti­ni a-t-il en­core un ave­nir ?

Le di­ri­geant fran­çais ain­si que Jo­seph Blat­ter ont été sus­pen­dus huit ans. Une condam­na­tion qui hy­po­thèque très for­te­ment l’ave­nir dans les ins­tances du football de l’an­cien stra­tège des Bleus.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - DO­MI­NIQUE SÉVERAC, YVLES LE­ROY ET RO­NAN FOL­GOAS

LA JUS­TICE in­terne de la Fifa a li­vré son ver­dict et, comme pré­vu, la sanc­tion est très lourde. Jo­seph Blat­ter, pré­sident de la Fifa de­puis 1998, et Mi­chel Pla­ti­ni, pré­sident de l’UEFA de­puis 2007, ont été sus­pen­dus huit ans de toute ac­ti­vi­té liée au football en rai­son du fa­meux paie­ment contro­ver­sé de 1,8 M€ qui les lie. Le triple Bal­lon d’or écope même d’une amende de 74 000 €, plus éle­vée que celle de Blat­ter, de 46 295 €. Dé­cryp­tage de ce nou­veau coup dur pour Pla­toche.

nDe quoi l’ac­cuse-t-on ?

Les juges de la Fifa n’ont pas re­con­nu l’exis­tence d’un ac­cord oral entre Blat­ter et Pla­ti­ni qui fixait, en 1998, le sa­laire an­nuel du conseiller Pla­ti­ni (1 mil­lion de francs suisses an­nuels). Ce n’est qu’en 2011 que le Fran­çais, de­ve­nu entre-temps pré­sident de l’UEFA, au­rait exi­gé le ver­se­ment d’ar­rié­rés de sa­laire au re­gard de ce contrat oral (1,8 M€). La note in­terne de l’UEFA, de no­vembre 1998, ex­hu­mée dé­but dé­cembre, a été écar­tée. « Elle ne fai­sait état que d’une ru­meur, c’est bien trop peu », souffle un connais­seur du dos­sier.

Si les soup­çons de cor­rup­tion pe­sant sur l’an­cien nu­mé­ro 10 ont été écar­tés, il a été re­con­nu coupable d’un conflit d’in­té­rêts. Se­lon un membre du co­mi­té d’éthique joint hier, c’est la pé­riode choi­sie par Pla­ti­ni pour ré­cla­mer le ver­se­ment qui in­ter­roge. « En tant que pré­sident de la confé­dé­ra­tion eu­ro­péenne, Pla­ti­ni jouait en jan­vier 2011 un rôle dé­ter­mi­nant dans la pers­pec­tive de la ré­élec­tion de Blat­ter à la pré­si­dence de la Fifa, pré­vue quatre mois plus tard. Il était alors en me­sure de pe­ser sur le ré­sul­tat. Et c’est pré­ci­sé­ment le mo­ment qu’il a choi­si pour émettre sa fac­ture à la Fifa. D’où cette ac­cu­sa­tion de conflit d’in­té­rêts. » De ma­nière se­con­daire, Pla­ti­ni est aus­si re­con­nu coupable de s’être mon­tré « dé­loyal » à l’égard de la Fifa en pré­sen­tant une fac­ture liée à des sup­po­sés ar­rié­rés de paie­ment da­tant de 2002. Et pour com­plé­ter la charge, Pla­ti­ni est ac­cu­sé d’avoir ac­cep­té, à tra­vers ce ver­se­ment, « un ca­deau » in­du.

nQuels sont ses re­cours ?

Il y a en­core la com­mis­sion de re­cours de la Fifa, sorte d’ap­pel « in­terne » et après, le Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport (TAS), in­dé­pen­dant de la Fifa (lire ci-des­sous). Les ver­dicts pour­raient tom­ber en jan­vier. Me d’Alès, l’avo­cat de Pla­ti­ni, dé­nonce le « cy­nisme pro­cé­du­ral » de la jus­tice in­terne, car les mo­ti­va­tions de sa sus­pen­sion, né­ces­saires pour faire ap­pel, ne lui se­ront com­mu­ni­quées « qu’au cours de la pre­mière moi­tié du mois de jan­vier 2016 ». Une ma­noeuvre di­la­toire se­lon le clan Pla­ti­ni. Pour ac­cé­lé­rer, ce der­nier pour­rait sai­sir le TAS di­rec­te­ment, mais il lui fau­drait pour ce­la l’ac­cord de la Fifa, ce qui pa­raît peu pro­bable.

nPeut- il en­core se pré­sen­ter à la pré­si­dence de la Fifa ?

En théo­rie, oui. La date li­mite de dé­pôt des can­di­da­tures est fixée au 26 jan­vier, un mois jour pour jour avant l’élec­tion, le 26 fé­vrier donc. Mais la mul­ti­pli­ci­té des ap­pels de­vant des ju­ri­dic­tions dif­fé­rentes et la lour­deur de la pro­cé­dure semblent au­jourd’hui des freins ir­ré­ver­sibles. La ten­dance, ce ma­tin, est qu’il ne puisse pas se por­ter can­di­dat à moins que ses dé­fen­seurs réus­sissent à re­por­ter l’élec­tion. Fa­vo­ri du scru- tin, Pla­ti­ni ad­met chaque jour un peu plus qu’il ne se­ra vrai­sem­bla­ble­ment pas le pro­chain pré­sident de la Fifa. « Ce ver­dict n’est que l’ha­billage pa­thé­tique d’une vo­lon­té de m’éli­mi­ner du monde du football. Pa­ral­lè­le­ment à la sai­sine du Tri­bu­nal ar­bi­tral du sport, je suis dé­ter­mi­né à sai­sir, le mo­ment ve­nu, la jus­tice ci­vile pour ob­te­nir ré­pa­ra­tion. » L’ex-me­neur des Bleus semble en­ga­gé dé­sor­mais dans un com­bat pour la­ver son hon­neur comme en té­moigne la fin de son com­mu­ni­qué.

nQuel est son ave­nir de di­ri­geant ?

Sa sus­pen­sion pour huit ans s’ap­plique « à toute ac­ti­vi­té liée au foot- ball ». Il ne peut donc plus pré­si­der l’UEFA qu’il di­rige de­puis le mois de jan­vier 2007. Mais une fois les re­cours épui­sés et en cas d’an­nu­la­tion de la sanc­tion, il pour­rait à nou­veau re­prendre son fau­teuil à Nyon, en Suisse. Si ja­mais il de­vait être écar­té pen­dant huit ans, il au­rait alors 68 ans à la fin de sa pé­ni­tence, un âge qui lui ouvre en­core des es­poirs de can­di­da­ture, à l’UEFA ou à la Fifa. Mais d’autres au­ront pris la place entre-temps. Sur­tout, il n’est pas sûr que si du­re­ment tou­ché il ait en­core en­vie de conti­nuer à na­vi­guer dans les eaux troubles des ins­tances in­ter­na­tio­nales.

(Pho­topqr/«Nice-Ma­tin»/ Jean-Fran­çois Ot­to­nel­lo.)

Mi­chel Pla­ti­ni a été re­con­nu coupable d’un conflit d’in­té­rêts et sus­pen­du huit ans par les juges de la Fifa.

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