Et pour­tant Daech re­cule

En 2015, on a beau­coup par­lé du groupe Etat is­la­mique. Mais, sur le ter­rain, il a per­du 15 % de son ter­ri­toire.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

À L’HEURE DU BI­LAN de l’an­née 2015, dif­fi­cile de contes­ter que le groupe Etat is­la­mique au­ra oc­cu­pé un rôle cen­tral dans l’ac­tua­li­té en mo­bi­li­sant contre lui une bonne par­tie de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Si l’or­ga­ni­sa­tion est en pleine ex­pan­sion dans la ga­laxie ter­ro­riste — do­mi­née jus­qu’ici par Al-Qaï­da et ses fi­liales —, sur le ter­rain, et en par­ti­cu­lier en Irak et en Syrie, c’est une autre af­faire.

Se­lon une étude dé­taillée de l’ins­ti­tut IHS Jane’s, un ob­ser­va­toire très sé­rieux ba­sé à Londres, Daech a per­du en­vi­ron 15 % de son ter­ri­toire de­puis le 1er jan­vier 2014. Soit une zone de quelque 12 800 km2. Est-ce le dé­but de la fin pour cette ar­mée ji­ha­diste qui fait ré­gner la ter­reur dans les ré­gions sun­nites pas­sées sous son contrôle ? « C’est un peu tôt pour le dire, mais ce­la prouve que la cam­pagne de bom­bar­de­ments n’est pas vaine, ar­gu­mente un di­plo­mate fran­çais. En re­vanche, il fau­dra sans doute en­core de longues an­nées pour es­pé­rer éra­di­quer ce mou­ve­ment­qui fait des émules un peu par­tout dans le mon- de. » A com­men­cer par la Li­bye, sur les ruines du ré­gime de Kadha­fi.

En Irak et en Syrie, c’est es­sen­tiel­le­ment au pro­fit des forces kurdes, ap­puyées par la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale, que les mi­li­ciens ha­billés de noir ont per­du villes et vil­lages. Les Kurdes sy­riens, no­tam­ment, ont presque tri­plé la sur­face de leur ter­ri­toire après leurs vic­toires à Ko­ba­né, Has­sa­ké ou Tal Abyad. Pri­vant l’EI d’un ac­cès stra­té­gique le long de la fron­tière turque, point de pas­sage de tous les tra­fics (com­bat­tants, armes, pé­trole, nour­ri­ture). En Irak, les forces gou­ver­ne­men­tales ont re­pris la lo­ca­li­té de Ti­krit, la raf­fi­ne­rie de Baï­ji et se trouvent ac­tuel­le­ment dans les fau­bourgs de Ra­ma­di, la grande ville de la pro­vince d’Al-An­bar (500 000 ha­bi­tants).

L’EI règne en­core sur un ter­ri­toire de 78 000 km2

Mais l’EI n’a pas connu que des re­vers en 2015. Les ji­ha­distes ont conquis des champs pé­tro­liers en Sy- rie ain­si que la ci­té an­tique de Pal­myre. L’or­ga­ni­sa­tion contrôle tou­jours les villes de Ra­q­qa en Syrie. Et celles de Mos­soul et de Fal­lou­ja en Irak. Au to­tal, ce pro­to-Etat, qui compte 30 000 à 50 000 com­bat­tants aguer­ris et plu­sieurs di­zaines de mil­liers de re­crues can­ton­nées à d’autres tâches, règne en­core sur un ter­ri­toire de 78 000 km2. Soit un peu plus de la sur­face de l’Ir­lande…

@fger­schel

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