Al­ler-re­tour spa­tial

Dans la nuit de lun­di à mar­di, le lan­ceur d’une fu­sée est re­ve­nu sur Terre. Ob­jec­tif : al­lé­ger le coût des vols en or­bite.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

VO­LER EN OR­BITE au-des­sus de la Terre, po­ser le pied sur la Lune, construire une sta­tion spa­tiale, dé­po­ser un ro­bot sur Mars… qui au­rait cru que l’homme se­rait ca­pable d’au­tant de prouesses en un de­mi-siècle ? Après l’ère des ex­ploits hors norme — et hors de prix —, l’ob­jec­tif des agences aé­ro­spa­tiales est au­jourd’hui de rendre les voyages dans l’es­pace moins chers. En par­ve­nant pour la pre­mière fois à faire dé­col­ler dans la nuit de lun­di à mar­di une fu­sée char­gée de sa­tel­lites et à ré­cu­pé­rer le pre­mier étage de son lan­ceur en le fai­sant re­ve­nir sur Terre, la so­cié­té Space X a réus­si une prouesse qui a été sa­luée par la Nasa.

C’est que les re­tom­bées fi­nan­cières sont po­ten­tiel­le­ment énormes. Jus­qu’ici, les pre­miers étages des lan­ceurs de sa­tel­lites re­tom­baient dans l’at­mo­sphère ter­restre, s’y dés­in­té­graient en par­tie avant que les dé­bris ne re­tombent en mer. Les ré­cu­pé­rer pour pou­voir les réuti­li­ser per­met­trait donc de ré­duire for­te­ment le coût de mise en or­bite de ces fu­sées. « Un lan­ce­ment coûte en­vi­ron 100 M$, et 70 à 80 % de la fac­ture sont liés au pre­mier étage du lan­ceur, ex­plique le pré­sident du Centre na­tio­nal d’études spa­tiales (Cnes), Jean-Yves Le Gall. Si l’on par­ve­nait à réuti­li­ser cette par­tie de la fu­sée plu­sieurs fois, ce­la ré­dui­rait d’au­tant le coût des autres mis­sions. »

Der­rière cet ex­ploit ne fi­gure ni la Nasa ni Aria­nes­pace, qui tra­vaille elle-même sur des pro­to­types de fu­sées réuti­li­sables, mais la so­cié­té pri­vée du milliar­daire amé­ri­cain Elon Musk, qui s’est fait connaître pour le suc­cès de sa voi­ture élec­trique Tes­la. « Je crois que c’est un mo­ment ré­vo­lu­tion­naire, a dé­cla­ré le PDG de la so­cié­té ca­li­for­nienne. Per­sonne n’avait en­core ra­me­né in­tact sur Terre un lan­ceur de classe or­bi­tale. » En no­vembre, le fon­da­teur d’Ama­zon, Jeff Be­zos, lui aus­si milliar­daire et lui aus­si lan­cé dans la conquête spa­tiale, avait réus­si à faire at­ter­rir une fu­sée, mais après un vol su­bor­bi­tal, à une al­ti­tude moins éle­vée.

Reste à sa­voir si le lan­ceur peut re­par­tir

Pour le pa­tron du Cnes, l’ex­ploit réa­li­sé par Space X ne consti­tue pour­tant que « la pre­mière par­tie du che­min ». « Reste à sa­voir si ce lan­ceur peut dé- sor­mais être ren­voyé dans l’es­pace à un coût rai­son­nable ou s’il va fal­loir ef­fec­tuer d’im­por­tants tra­vaux de re­mise en état pour le re­mettre d’aplomb, ex­plique Jean-Yves Le Gall. Le vrai saut tech­no­lo­gique se­rait que ces fu­sées fonc­tionnent à terme comme des avions et qu’il suf­fise de re­faire le plein pour qu’elles re­dé­collent. »

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