Un dixième pro­jet d’at­ten­tat dé­joué

Ils avaient dé­ci­dé de pas­ser à l’acte, cher­chaient à se pro­cu­rer des armes et à mon­ter un com­man­do. Deux jeunes d’Or­léans (Loi­ret), en lien avec un ji­ha­diste fran­çais en Syrie, ont été écroués.

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - STÉ­PHANE SEL­LA­MI (AVEC THI­BAULT RAISSE)

LA ME­NACE TER­RO­RISTE ne se dé­ment pas. Cinq se­maines après les tueries de Pa­ris, le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, l’a an­non­cé hier, au cours d’un dé­pla­ce­ment à Tou­louse (Haute-Ga­ronne) : « Un pro­jet d’at­ten­tat vi­sant des re­pré­sen­tants de la force pu­blique dans la ré­gion d’Or­léans a été dé­joué la se­maine der­nière. » Deux jeunes hommes, des Fran­çais âgés de 24 et 25 ans ori­gi­naires d’Or­léans, ont été in­ter­pel­lés la se­maine der­nière puis pla­cés en garde à vue par les en­quê­teurs de la Di­rec­tion gé­né­rale de la sécurité in­té­rieure (DGSI). Cette double ar­res­ta­tion porte à dix le nombre d’at­ten­tats dé­joués en France par les ser­vices de ren­sei­gne­ment de­puis 2013. Le der­nier avait été ré­vé­lé mi-no­vembre, après l’ar­res­ta­tion d’un jeune de 25 ans qui pro­je­tait de s’at­ta­quer à des mi­li­taires à Tou­lon (Var).

Des ordres ve­nus d’un Fran­çais en Syrie

Les deux sus­pects — dont l’un est do­mi­ci­lié dans le quar­tier sen­sible de l’Ar­gonne —, fai­saient l’ob­jet d’une étroite sur­veillance de­puis plu­sieurs mois. Les in­ves­ti­ga­tions ont dé­mar­ré en août après le re­cueil d’un ren­sei­gne­ment ano­nyme in­di­quant que plu­sieurs jeunes ha­bi­tants d’Or­léans, en contact avec un Fran­çais, ori­gi­naire de la même ville, par­ti faire le ji­had en Syrie de­puis plu­sieurs mois, pour­raient me­ner des ac­tions vio­lentes sur le ter­ri­toire.

« Les deux sus­pects ont été ra­pi­de­ment ci­blés, confie une source proche de l’af­faire. Le plus âgé était dé­jà bien connu des ser­vices de po­lice, no­tam­ment pour sa par­ti­ci­pa­tion à des prières de rue et sa ra­di­ca­li­sa­tion. En re­vanche, le se­cond n’était ja­mais ap- pa­ru dans le col­li­ma­teur des ser­vices spé­cia­li­sés dans la lutte contre le ter­ro­risme. » Une source ju­di­ciaire ajoute : « Ces deux hommes étaient connus de la jus­tice pour des dé­lits de droit com­mun, tels que des faits d’ou­trage et ré­bel­lion, des in­frac­tions rou­tières ou bien en­core des vols. » Mis en exa­men le 19 dé­cembre, les deux com­plices, amis de longue date, ont été pla­cés en dé­ten­tion pro­vi­soire.

Au cours des per­qui­si­tions de leurs do­mi­ciles, les po­li­ciers ont dé­cou­vert plu­sieurs vi­déos ex­po­sant des ac­tions vio­lentes me­nées par les membres du groupe ter­ro­riste Etat is­la­mique. Se­lon nos in­for­ma­tions, les en­quê­teurs ont éga­le­ment re­trou­vé des preuves dé­mon­trant que ces deux jeunes hommes avaient prê­té al­lé­geance à Daech.

« Le ji­ha­diste fran­çais par­ti en Syrie est soup­çon­né de leur avoir fait par­ve­nir plu­sieurs mil­liers d’eu­ros, via des man­dats, afin qu’ils s’équipent en fu­sils d’as­saut, pour­suit la même source. Ils ont ten­té de le faire par le biais de connais­sances dans le mi­lieu du ban­di­tisme, avant d’échouer. Leur mis­sion était de s’en prendre à des forces ar­mées de l’Etat. En l’es­pè- ce, une ca­serne de mi­li­taires, des gen­darmes ou des po­li­ciers du com­mis­sa­riat cen­tral d’Or­léans. Ces deux hommes semblent avoir éga­le­ment re­çu pour mis­sion de re­cru­ter d’autres com­plices avant de pas­ser à l’ac­tion. » Se­lon Ber­nard Ca­ze­neuve, « l’en­quête de­vra éta­blir si ce ji­ha­diste fran­çais en Syrie était le com­man­di­taire des at­taques que l’un des deux in­ter­pel­lés a re­con­nu avoir pro­je­tées au cours de sa garde à vue ».

« C’est in­com­pré­hen­sible…, souffle un proche du plus jeune des sus­pects. A l’époque de l’ado­les­cence, c’était un gar­çon drôle, qui ai­mait s’amu­ser. Certes, il fai­sait le ra­ma­dan, mais il n’était pas ce qu’on pour­rait ap­pe­ler un re­li­gieux. Loin de là. Sa famille est ori­gi­naire d’ElJa­di­da, une grande ville si­tuée à une cen­taine de ki­lo­mètres de Ca­sa­blan­ca, au Ma­roc. Ses pa­rents ont des prin­cipes mais ils ne sont ab­so­lu­ment pas dans l’ex­trême. Ce sont des gens très ou­verts. Que leur fils ait ain­si pu ver­ser dans ce genre de choses est très dif­fi­cile à conce­voir. » nUn res­sor­tis­sant fran­çais a été ar­rê­té le 15 no­vembre à l’aé­ro­port de Mel­bourne (Aus­tra­lie) a ré­vé­lé hier la presse lo­cale. L’homme en pro­ve­nance d’Abu Dha­bi a été in­ter­cep­té par la po­lice des fron­tières après un si­gna­le­ment. Son pas­se­port com­por­tait ap­pa­rem­ment une ano­ma­lie ad­mi­nis­tra­tive et la fouille de son por­table a per­mis de dé­cou­vrir de la pro­pa­gande is­la­miste. Le sus­pect, qui trans­por­tait des pro­duits chi­miques, a été pla­cé en dé­ten­tion deux jours avant d’être ex­pul­sé, a ex­pli­qué un porte-pa­role de la po­lice fé­dé­rale aus­tra­lienne, sans pré­ci­ser vers où.

Or­léans (Loi­ret). Le pro­jet d’at­ten­tat vi­sait des re­pré­sen­tants de la force pu­blique dans la ré­gion d’Or­léans, se­lon l’In­té­rieur.

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