Les 48 ar­tistes du squat me­na­cés d’ex­pul­sion

Sa­me­di, ils de­vront avoir plié ba­gage. Un col­lec­tif ins­tal­lé de­puis le prin­temps dans un an­cien ly­cée est contraint de par­tir alors qu’il a en­tiè­re­ment ré­no­vé l’en­droit.

Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS - JU­LIEN DUFFÉ

À DEUX JOURS de Noël, les jeunes ar­tistes du 26, rue du Doc­teurPo­tain (XIXe) n’ont pas le coeur à la fête. A la date de sa­me­di, ils se­ront ex­pul­sables de cette an­cienne an­nexe de ly­cée tech­nique, si­tuée à deux pas de la place des Fêtes, qu’ils ont in­ves­tie au prin­temps. En à peine neuf mois, la bâ­tisse dé­cré­pie a été trans­for­mée en un foi­son­nant la­bo­ra­toire ar­tis­tique qui mêle ate­liers d’ar­tistes, es­pace d’ex­po­si­tion, pôles tech­niques fer et bois et stu­dios pho­to et son. La mau­vaise nou­velle est tom­bée le 26 no­vembre par le juge des ré­fé­rés, sai­si par le con­seil ré­gio­nal, pro­prié­taire de ce bâ­ti­ment de 3 000 m2 sur quatre ni­veaux oc­cu­pés « sans droit ni titre » par le col­lec­tif de 48 ar­tistes.

« On est pour­tant loin du squat anar­chiste, pré­vient Jus­tin Mee­kel, un des porte-pa­role de ce lieu bap­ti­sé DOC (pour Doc­teur-Po­tain). On a mis toute notre éner­gie à éva­cuer des mètres cubes de dé­chets, à tout ré­no­ver pour créer ici un vé­ri­table lieu de tra­vail qui fonc­tionne comme une pe­tite école d’art. On est dans une dé­marche res­pon­sable : on de­mande sim­ple­ment à la nou­velle pré­si­dente de ré­gion, Va­lé­rie Pé­cresse, qui elle seule peut dé­ci­der, de nous main­te­nir tem­po­rai­re­ment dans les lieux. » Le bâ­ti­ment doit en ef­fet être ra­che­té par Pa­ris Ha­bi­tat, qui veut le trans­for­mer en lo­ge­ments so­ciaux et en équi­pe­ment spor­tif. Le bailleur a d’ailleurs d’ores et dé­jà fait sa­voir qu’il trou­ve­rait une so­lu­tion avec les ar­tistes, jus­qu’au dé­but des tra­vaux.

Des sou­tiens, les oc­cu­pants du DOC en ont aus­si re­çu d’élus du XIXe, de di­rec­teurs d’école d’art, du fonds ré­gio­nal d’art contem­po­rain (Frac) et de grands ar­tistes comme Pierre Huy­ghe ou Da­niel Bu­ren. Et leur pé­ti­tion en ligne a re­cueilli près de 2 500 si­gna­tures en quinze jours. En fin de se­maine der­nière, Guillaume Dé­sanges, cri­tique d’art et com­mis­saire d’ex­po­si­tion, est d’ailleurs ve­nu pré­sen­ter le pro­jet à ses étu­diants des beaux-arts de Cer­gy (Vald’Oise). « C’est une ini­tia­tive exem­plaire sur com­ment des ar­tistes peuvent uti­li­ser un lieu de fa­çon rai­son­nable, in­tel­li­gente et très pro­fes­sion­nelle », sa­lue-t-il.

Il faut dire que les concep­teurs du pro­jet n’ont rien lais­sé au ha­sard en ré­ta­blis­sant l’élec­tri­ci­té et l’eau, la lu­mière dans les cou­loirs, en ins­tal­lant des ex­tinc­teurs et des plans d’éva­cua­tion et en édic­tant un rè­gle­ment in­té­rieur qui ban­nit toutes les fêtes. « Ces lieux sont sou­vent poin­tés du doigt pour les pro­blèmes de sécurité, alors on a été très car­rés », sou­ligne Cé­sar Che­va­lier, pré­sident de l’as­so­cia­tion DOC. Les ar­tistes (peintres, bi­jou­tiers, gra­phistes, pho­to­graphes, ci­néastes, sculpteurs, des­si­na­teurs, mu­si­ciens…) ont aus­si vou­lu s’ou­vrir au quar­tier en ac­cueillant des en­fants, une we­bra­dio lo­cale ou un re­pas de quar­tier.

Dans l’en­tou­rage de Va­lé­rie Pé­cresse, on pro­met de se pen­cher sur le dos­sier. Dans son pro­jet, la can­di­date sou­hai­tait que ces bâ­ti­ments de­viennent des lieux d’ac­cueil et de dif­fu­sion de jeunes ar­tistes. « On a de­van­cé sa pro­messe », sou­rit Cé­sar Che­va­lier.

(LP/J.D.)

Rue du Doc­teur-Po­tain (XIXe). Lau­ren Coul­lard, Cé­sar Che­va­lier, Jus­tin Mee­kel et Ali­cia Za­ton se battent pour res­ter en­core quelques an­nées sur place.

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