La mé­ta­mor­phose

L’ha­bille­ment

Le Parisien (Paris) - - SPÉCIAL NOËL -

MON DÉ­GUI­SE­MENT tient dans un car­ton vo­lu­mi­neux en­tre­po­sé dans les lo­caux ad­mi­nis­tra­tifs du centre com­mer­cial. Fran­che­ment, il est classe, « de luxe » comme in­di­qué sur l’em­bal­lage. « Rien à voir avec ce­lui de Félix dans Le Père Noël est une or­dure », com­pare Au­ré­lien, mon em­ployeur, qui a mis le prix. Le tis­su du man­teau agré­men­té d’une poche pré­cieuse pour le ca­le­pin des­ti­né à prendre les com­mandes de jou­joux (et des notes) est moel­leux. « Garde juste un tee-shirt, tu vas cre­ver de chaud », sug­gère Au­ré­lien.

Le dé­bar­deur-cous­sin, qui s’en­file comme un gi­let de sau­ve­tage, vieillit d’une dé­cen­nie mon embonpoint. Mais pas suf­fi­sam­ment, semble-t-il. « Oh il est maigre ce­lui-là ! » com­mente une femme de mé­nage. « C’est le Père Noël des an­nées 2000, il fait du sport ! » dé­fend mon boss.

Les longues bottes noires or­nées de fausse four­rure sont re­lui­santes. Le hic, c’est leur poin­ture : 45, soit quatre tailles de trop. Même avec des chaus­settes de ski, mes or­teils nagent. Les gants blancs sont forts utiles pour dis­si­mu­ler une alliance qui au­rait vite fait de vous dé­cré­di­bi­li­ser. Il reste à gri­mer le vi­sage. Ac­cro­cher la barbe blanche, avec une ou­ver­ture (trop) fine pour la bouche est un casse-tête. Tout se joue au mil­li­mètre dans le po­si­tion­ne­ment de l’élas­tique au som­met du crâne. Le pos­tiche de che­veux dé­gou­li­nant du bon­net à pom­pon se fixe, lui, comme une cou­ronne. En­fin, je dois tro­quer mes lu­nettes à la Fran­çois Hol­lande pour de fins bi­nocles aux verres non cor­ri­gés. Ce qui est très trou­blant quand on est myope et astig­mate… Pas de hotte à por­ter mais un pa­nier en osier rem­pli de ki­los de pa­pillotes !

Tant pis pour la voix !

Le kit ne four­nit ni les rennes ni, mal­heu­reu­se­ment, la voix de sten­tor. « Il faut in­car­ner la fonc­tion, c’est une re­pré­sen­ta­tion », m’a ré­pé­té mon coach. Mais que faire quand on n’a au­cun ta­lent d’imi­ta­tion, quand on n’a pas le timbre de Jean-Pierre Ma­rielle ou du père Fou­ras, et que mon cau­che­mar le plus trau­ma­ti­sant consiste en un sketch ra­té fa­çon « Bé­bête Show » lors d’une fin de ban­quet face à un au­di­toire plus que gê­né ? A la mai­son, quelques es­sais li­bé­rant un son plus proche d’un Dark Va­dor que d’un San­ta Claus, tous ponc­tués de rires mo­queurs, m’ont convain­cu de par­ler sans ef­fets spé­ciaux. Seul le dé­bit se­ra lent, au même rythme que le pas, un brin hé­si­tant, il faut bien l’avouer, avant d’en­trer en scène.

Saint-Her­blain (Loire-At­lan­tique).

L’une des étapes de la mé­ta­mor­phose

en Père Noël passe par l’ha­billage. Le dé­bar­deur-cous­sin

qui donne de l’embonpoint n’est pas simple

à en­fi­ler (à gauche) et les bottes sont trop grandes

(à droite).

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