« J’ai été gen­tille, mais pas trop »

Le Parisien (Paris) - - SPÉCIAL NOËL - Deux frères

SE GLIS­SER DANS LE COS­TUME du Père Noël est l’oc­ca­sion de dé­cou­vrir que le pré­nom Ti­méo est très en vogue, tout comme la dou­doune « Reine des neiges ». Mais c’est sur­tout un ex­cellent ob­ser­va­toire de la psy­cho­lo­gie de l’en­fant. Ce­lui qui se dé­bat dans les bras de pa­pa a sys­té­ma­ti­que­ment entre 15 et 18 mois, à l’ins­tar de Ni­na, bout de chou de 1 an et de­mi qui pleure à chaudes larmes dès mon ap­pa­ri­tion. Avant cet âge, tout bé­bé se laisse im­mor­ta­li­ser sans bron­cher. Il faut dire qu’il dort le plus sou­vent comme un loir, à l’image de No­lan. Et que les ap­pels ré­pé­tés des pa­rents — « Ré­veille toi, c’est le Pa­pa Noël, tu le vois pour la pre­mière fois ! » — sont sans ef­fet sur son som­meil. Au-de­là de 2 ans se dé­marquent les « ti­mides », qui re­chignent à avan­cer vers l’exi­lé du pôle Nord. « Le Père Noël, tu le de­mandes toute l’an­née et, quand il est là, tu ne veux plus le voir ! » lâche une ma­man à son gar­çon. Sui­vis à la trace par leurs pa­rents, ces mômes hé­si­tants fi­nissent tou­jours par me re­joindre à la vi­tesse d’une li­mace… si et seule­ment si je leur tends une pa­pillote. Sauf quand un chef de famille tire la son­nette d’alarme : « Ah non, pas de bon­bons, c’est bo­bo pour les dents ! »

A l’autre bout de la chaîne des com­por­te­ments sortent du lot les « dé­ter­mi­nés » qui se pré­ci­pitent vers moi et qui crient « cheeeeeese » ou « ouis­ti­ti » au mo­ment d’être mi­traillés. C’est le cas de Mar­gaux, qui m’a ap­por­té un des­sin. Ou de Bap­tiste, sa liste à la main — avec des Le­go Classic, Su­per Smash Bros. pour Nin­ten­do 3DS… dé­cou­pés dans un ca­ta­logue — avec l’adresse pré­cise de li­vrai­son écrite par ma­man. Li­ly-May, elle, a com­man­dé « des pe­tits oiseaux qui chantent », Axel « un tram qui fonce », Co­rail « une PS4 qui coûte cher », An­ge­line « une gui­tare Vio­let­ta et c’est tout pour l’ins­tant » et Théo­phile « un TGV et une trot­ti­nette deux roues ». Afin d’évi­ter les er­reurs de rou­tage, ils dis­til­lent leurs ul­times re­com­man­da­tions. « Père Noël, nous, on ne veut pas de jeux vi­déo, ça ne ser­vi­rait à rien, on n’a pas la console », pré­viennent deux frères. Quand on de­mande à ces ado­rables gar­ne­ments s’ils ont été sages, ils jettent un coup d’oeil à pa­pa et ma­man avant gé­né­ra­le­ment d’opi­ner du chef un oui pas tou­jours af­fir­mé. « J’ai été gen­tille, mais pas trop », concède Lé­na. Lae­ti­tia, 7 ans, pour­tant douce comme un agneau, avoue avoir « ta­pé » à la ré­cré. Cer­tains ont com­pris qu’il fal­lait flat­ter le Père Noël pour être gâ­té. « Elle est douce ta barbe », en­cense Mae­va, qui am­bi­tionne une Bar­bie et le jeu de so­cié­té Croque-ca­rotte. A 6 ans, des lu­tins moins in­no­cents expriment leurs doutes à voix haute. « Ma­man, c’est pas le vrai Père Noël, ça ? » ques­tionne l’un d’eux alors que je sillonne les al­lées, le re­gard bra­qué sur mes bottes de sept lieues. « Mais si ! » cor­rige, sûre d’elle, sa mère. Il y a en­fin tous ceux qui, pas­sé 7 ans, ont dé­cou­vert la su­per­che­rie mais vous adorent tou­jours, jus­qu’à tri­tu­rer votre barbe mais, fort heu­reu­se­ment, sans ja­mais la ti­rer. Ce sont eux qui vous de­mandent s’« il y a des pé­tards dans les pa­pillotes ? » ou vous font re­mar­quer que « vous avez les mêmes lu­nettes que Har­ry Pot­ter ». Les ados sont les plus joueurs. « Nous, on sait que vous n’êtes pas le Père Noël, mais ne vous in­quié­tez pas, on ne va pas le dire aux pe­tits », jurent deux de­moi­selles de 13 et 15 ans.

« On ne veut pas

de jeux vi­déo, ça ne ser­vi­rait à rien, on n’a pas la console »

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