Les grands-pa­rents ma­ter­nels chou­chous du ré­veillon

Le Parisien (Paris) - - SPÉCIAL NOËL - Ma­rie-Es­telle Du­pont, psy­cho­logue FLO­RENCE DEGUEN

C’EST « CHEZ OU AVEC EUX » qu’une ma­jo­ri­té des ré­veillons de ce soir au­ront lieu. Et c’est un gros ta­bou : les grands-pa­rents ma­ter­nels, sur­tout lors­qu’il y a re­com­po­si­tion fa­mi­liale ou bis­billes entre tri­bus, tirent sou­vent mieux leur épingle du jeu que les grands-pa­rents pa­ter­nels dans le dé­li­cat ar­bi­trage an­nuel au­tour du di­lemme « dans quelle famille on fête Noël ? » « On en parle peu, mais dans près des trois quarts des cas, c’est la branche ma­ter­nelle qui est favorisée le jour J », se dé­sole ain­si l’écri­vaine Ch­ris­tiane Col­lange, qui — en tant que grand-mère et mère de quatre gar­çons — consacre un cha­pitre à cette in­jus­tice dans son der­nier livre « Quand nos en­fants di­vorcent » (Ed. Ro­bert Laf­font). « Dans le meilleur des cas, as­sure-t-elle, les pa­ter­nels doivent se conten­ter du dé­jeu­ner du 25, quand ça barbe tout le monde de se le­ver tôt et que plus per­sonne n’a vrai­ment faim! »

Alors, certes, il y a des fa­milles où tout le monde se fiche de la so­len­ni­té de la nuit de la na­ti­vi­té et d’autres où la règle « à tour de rôle » est res­pec­tée, mais glo­ba­le­ment, in­si­dieu­se­ment et par­fois dou­lou­reu­se­ment, il y a bien une pe­tite prime à la branche ma­ter­nelle quand il s’agit de réunir les adultes au­tour des en­fants dans un ri­tuel sym­bo­lique.

Pas éton­nant d’ailleurs quand on sait que, se­lon un son­dage Opi­nion­Way pa­ru l’an der­nier, 72 % des Fran­çais pré­fèrent fê­ter Noël avec leurs propres pa­rents, sur­tout les jeunes (ce qui s’en­tend) et sur­tout… les femmes (75 %).

Et puis si les hommes s’ac­com­modent plu­tôt bien de leur belle-famille, plus d’une femme in­ter­ro­gée sur deux es­time qu’un ré­veillon dans la famille du conjoint est désa­gréable, éprou­vant ou même — pour 5 % — in­sup­por­table. A cause de la belle-mère avec la­quelle le cou­rant ne passe pas ? Pas uni­que­ment.

« Ce­la té­moigne d’une re­la­tion en­core sou­vent fu­sion­nelle entre les femmes et leurs mères », es­time la psy­cho­logue Ma­rie-Es­telle Du­pont. « Et puis ce sont plu­tôt les femmes qui or­ga­nisent les réunions de famille, qui ont la main sur les ap­pels, les ca­deaux, ce chan­tier do­mes­tique à l’égard du­quel les hommes sont plu­tôt pas­sifs et dés­in­ves­tis, pas for­cé­ment parce qu’ils n’ont pas d’en­vie ni d’opi­nion mais parce qu’ils ne veulent pas de conflit. »

Or Noël est une pé­riode à haut risque sur ce plan. Un concen­tré d’émo­tions qui ra­mène cha­cun à son en­fance, à sa place dans la famille, à son be­soin d’être ai­mé et… d’être loyal en­vers les siens. Les grands-pa­rents qui ont une fille se consolent avec elle (et l’ai­mantent aux dé­pens d’autres grands-pa­rents, donc). Les autres se font à l’idée de ne pas fê­ter Noël avec leurs gar­çons. Mais pour peu que le di­lemme soit dé­mul­ti­plié par une fra­trie im­por­tante, des di­vorces, des sé­pa­ra­tions, des re­mises en couple, des beaux-en­fants ou des en­fants d’un se­cond lit et c’est… car­ré­ment le ba­zar.

« Dans ce cas-là il n’est même plus pos­sible d’es­sayer de mettre en place une al­ter­nance éga­li­taire, re­grette Ch­ris­tiane Col­lange. Ça de­vient un vrai sudoku! » Avec, c’est de plus en plus fré­quent, des grands-pères dou­ble­ment mis sur la touche quand ils sont eux-mêmes di­vor­cés.

« Noël sans ses pe­tits-en­fants, c’est dur. On l’en­tend énor­mé­ment » as­sure Ar­melle Le Bi­got-Ma­caux, pré­si­dente de l’Ecole des grand­spa­rents eu­ro­péens, as­so­cia­tion qui re­çoit beau­coup de do­léances de se­niors an­gois­sés d’être des se­conds cou­teaux… au­tant qu’ils fi­nissent par être stres­sés, d’ailleurs, quand vient leur tour de re­ce­voir tout le monde.

« Quand ils savent que ce tour peut ne pas re­ve­nir avant cinq ou six ans, je peux vous dire, conclut-elle, qu’ils se mettent une in­croyable pres­sion… »

« Ce­la té­moigne d’une re­la­tion

en­core sou­vent fu­sion­nelle entre les femmes et leurs mères »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.