Prêt à jouer de l’orgue pen­dant dix heures trente !

Le Parisien (Paris) - - SPÉCIAL NOËL - ERIC BU­REAU

HUIT MILLE TUYAUX, cinq cla­viers pour les mains, un pour les pieds, per­chés à 16 m de hau­teur, des élé­ments re­mon­tant au XVe siècle… Pour son his­toire ex­cep­tion­nelle comme pour sa so­no­ri­té re­mar­quable, le grand orgue de Notre-Dame de Pa­ris est l’un des plus cé­lèbres de la pla­nète. Tout or­ga­niste digne de ce nom rêve de po­ser ses doigts sur ses 312 touches en os et en ébène. Mais seuls trois pro­fes­sion­nels ont le pri­vi­lège d’en être les ti­tu­laires : Phi­lippe Le­febvre, Oli­vier La­try et Jean-Pierre Le­guay, tous trois re­cru­tés en 1985 sur concours.

Il of­fi­cie de­puis près d’un de­mi-siècle

« Cette an­née, c’est mon tour de faire Noël à Notre-Dame », sou­rit Phi­lippe Le­febvre, qui vit près de Car­cas­sonne (Aude) et re­tourne à Pa­ris lorsque son ser­vice l’im­pose. Ain­si dès 5 heures du ma­tin, hier, il grim­pait les 80 marches qui mènent vers l’orgue mo­nu­men­tal — « C’est bon pour la san­té », dit-il — pour ré­pé­ter dans la ca­thé­drale en­core vide. « Dans la jour­née, avec les messes et les prières, c’est im­pos­sible de jouer », pré­cise-t-il.

Phi­lippe Le­febvre, 65 ans, joue de l’orgue de­puis près d’un de­mi-siècle. Ori­gi­naire de Rou­baix, il a dé­bu­té sur ce­lui de l’église de Marcq-enBa­roeul puis a eu son pre­mier poste de ti­tu­laire à la ca­thé­drale de Chartres, où il est res­té neuf ans, avant de prendre la di­rec­tion du conser­va­toire de Lille. Consi­dé­ré comme l’un des meilleurs im­pro­vi­sa­teurs au monde, il donne ré­gu­liè­re­ment des concerts et des cours aux Etats-Unis, au Ja­pon, en Rus­sie et dans les pays de l’Est.

Hier, il se pré­pa­rait pour « le jour le plus long ». « Le 24, je mon­te­rai à l’orgue à 15 h 30 et je n’en re­des­cen­drai qu’à 2 heures du ma­tin. Je vais donc jouer dix heures trente d’af­fi­lée. Et le 25, je re­vien­drai à 9 heures, pour jouer en­core sept heures jus­qu’au soir. Heu­reu­se­ment, ma femme se­ra tout le temps à mes cô­tés. C’est elle qui tourne les pages de mes par­ti­tions et m’ap­porte à man­ger. C’est notre seul moyen de pas­ser Noël en­semble. »

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