Le ma­fieux pié­gé trente-deux ans après son crime

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - Rome (Ita­lie) De notre cor­res­pon­dante FLO­RA ZANICHELLI

TRENTE-DEUX ANS d’en­quête et une bonne dose de fan­tai­sie, voi­ci ce qu’il au­ra fal­lu aux en­quê­teurs ita­liens pour re­trou­ver l’as­sas­sin du pro­cu­reur an­ti­ma­fia Bru­no Cac­cia. Les faits re­montent au 26 juin 1983. Ce jour-là, le ma­gis­trat sort de son im­meuble à Tu­rin pour pro­me­ner son chien, un jo­li co­cker. Il vient de congé­dier son es­corte à qui il a in­ti­mé l’ordre de se re­po­ser.

Trois mi­nutes plus tard, à l’angle de la rue, une voi­ture sur­git. La vitre se baisse, qua­torze coups de feu sont ti­rés, le pro­cu­reur meurt sur le coup. Très en­ga­gé dans la lutte contre la pré­sence de la ma­fia ca­la­braise dans le Pié­mont, Bru­no Cac­cia en­quê­tait de­puis long­temps sur le tra­fic de drogue et les en­lè­ve­ments, deux pra­tiques dont la ‘Ndran­ghe­ta est très friande.

Une lettre ano­nyme

Pour la po­lice char­gée de l’en­quête, ré­soudre le crime Cac­cia se ré­vèle ra­pi­de­ment très épi­neux. Les dé­tec­tives peinent à sai­sir les membres de la ‘Ndran­ghe­ta, une ma­fia fer­mée, se­crète, ba­sée sur les liens du sang. Et de ce fait, im­pé­né­trable. Treize ans plus tard, en 1993, le com­man­di­taire de l’as­sas­si­nat est pour­tant ar­rê­té. Sou­mis au ré­gime d’in­car­cé­ra­tion très strict ré­ser­vé aux ma­fieux, le boss, Do­me­ni­co Bel­fiore, re­fuse de dé­non­cer les as­sas­sins de Bru­no Cac­cia.

Un nom, pour­tant, re­vient sou­vent : ce­lui de Roc­co Schir­ri­pa. Of­fi­ciel­le­ment bou­lan­ger dans un quar­tier po­pu­laire de Tu­rin, l’homme est connu des fi­chiers de po­lice aus­si bien pour son sang-froid que pour son im­pli­ca­tion dans le tra­fic de co­caïne. Roc­co Schir­ri­pa est sur­tout un in­ter­mé­diaire in­con­tour­nable au ni­veau du tra­fic in­ter­na­tio­nal. Dans ce cadre, il a dé­jà fait l’ob­jet de plu­sieurs pour­suites et condam­na­tions. Ce­pen­dant, au­cune écoute, au­cun té­moi­gnage de re­pen­ti ne l’im­plique di­rec­te­ment dans le meurtre du pro­cu­reur Cac­cia, même si les soup­çons à son en­contre sont tou­jours très forts. Per­sua­dée de te­nir son homme, la po­lice an­ti­ma­fia fi- nit par ten­ter le tout pour le tout.

A tra­vers In­ter­net, elle équipe les ta­blettes et por­tables des ma­fieux du clan de Schir­ri­pa de mi­cros. Elle leur fait éga­le­ment par­ve­nir, par lettre ano­nyme, un ar­ticle de l’époque du quo­ti­dien tu­ri­nois « la Stam­pa » re­la­tant le meurtre du juge. Au dos de l’ar­ticle, elle écrit sim­ple­ment le nom de Roc­co Schir­ri­pa. Le sta­ta­gème porte ses fruits. « Je ne dors pas bien la nuit à cause de cette his­toire », confie Schir­ri­pa à un proche lors d’une conver­sa­tion té­lé­pho­nique en­re­gis­trée. Pour les ma­fieux qui s’ima­gi­naient à l’abri, il est in­sup­por­table de pen­ser que quel­qu’un sait. Oc­cu­pés à dé­cou­vrir le traître, ils fi­nissent par don­ner le nom du coupable dans les écoutes té­lé­pho­niques.

En dé­but de se­maine, Roc­co Schir­ri­pa est ar­rê­té dans la fou­lée. Lors des per­qui­si­tions dans sa pe­tite vil­la de la pé­ri­phé­rie tu­ri­noise, les en­quê­teurs ont dé­cou­vert une sta­tue… vê­tue comme « le Par­rain ». Une icône qui ne lui au­ra pas por­té chance. n19 KG D’HÉ­ROÏNE ont été dé­cou­verts lors d’une opé­ra­tion an­ti­drogue à Be­san­çon (Doubs) au cours de la­quelle trois jeunes hommes d’une ving­taine d’an­nées ont été ar­rê­tés et pla­cés en garde à vue. Un ki­lo de co­caïne, 6 kg de pro­duits de coupe et un ki­lo de ré­sine de can­na­bis ont aus­si été sai­sis. La va­leur de la drogue à la re­vente est es­ti­mée à 650 000 €. Une presse pour com­pac­ter la drogue cou­pée ain­si qu’un bâ­ton d’ex­plo­sif ont éga­le­ment été dé­cou­verts.

(La­Presse/MAXPPP/Mar­co Al­poz­zi.)

Roc­co Schir­ri­pa (au centre) a été iden­ti­fié comme le tueur pré­su­mé du juge Bru­no Cac­cia (pho­to de gauche) grâce à un stra­ta­gème po­li­cier.

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