Dy­lan Ro­cher, l’as du car­reau

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Dy­lan Ro­cher, triple cham­pion du monde de pé­tanque ÉRIC BRU­NA

Ils col­lec­tionnent les titres et trustent les places sur le po­dium. Pour­tant, un ano­ny­mat cer­tain ac­com­pagne leurs ex­ploits. Le fun­board, le rol­ler, le surf, la pé­tanque et le squash n’ont au­cun se­cret pour ces cinq cham­pions. Cha­cun a ac­cep­té de le­ver le voile sur sa dis­ci­pline, por­tée à son plus haut de­gré d’ex­pres­sion. CE DY­LAN-LÀ n’ap­pré­cie guère les bobs… Sil­houette élan­cée, che­veux sa­vam­ment go­mi­nés et style plu­tôt ap­prê­té, Dy­lan Ro­cher, 24 ans de­puis jeu­di der­nier, au­rait tout du par­fait foot­bal­leur. A un dé­tail près : la taille du but. Le Man­ceau est en ef­fet… l’un des meilleurs joueurs du monde de pé­tanque ! « De­puis tout pe­tit, je me bats contre le cli­ché du mec avec son cha­peau qui boit son pas­tis, sou­rit le triple cham­pion du monde et triple vain­queur du Mon­dial la Mar­seillaise. Moi, je pra­tique tous les jours, je m’en­tre­tiens phy­si­que­ment en jouant au foot trois fois par se­maine ou en fai­sant du vé­lo, je fais gaffe à ce que je mange… Mais cette image du bob et du Ri­card est te­nace. »

A son ni­veau, les boules n’ont rien à voir avec les par­ties du di­manche avant l’apé­ro. Vé­ri­table mé­tro­nome du tir, le gau­cher sar­thois aligne les car­reaux et ex­porte son ta­lent dans le monde en­tier. Il y a quelques se­maines, il était ain­si en Suède pour don­ner des conseils à l’équipe na­tio­nale. « Dans l’an­née, je fais une quin­zaine de gros voyages, du type Thaï­lande, New York ou Nou­velle-Ca­lé­do­nie, pour faire des com­pé­ti­tions où je suis in­vi­té, dé­taille le jeune homme. Dans cer­tains pays, on est consi­dé­rés comme des stars. En Suède, j’avais l’im­pres­sion d’être re­çu comme un roi. En Thaï­lande, c’est le sport na­tio­nal, tous les joueurs sont dé­ta­chés par l’ar­mée ou em­bau­chés spé­cia­le­ment pour jouer à la pé­tanque et ils ont de vrais en­traî­ne­ments. »

En France, en re­vanche, il n’y a pas de sui­vi « of­fi­ciel » en termes de mus­cu­la­tion, nu­tri­tion, etc. « Quant à la pré­ci­sion, je ne la tra­vaille plus vrai­ment, pour­suit le Zi­dane des bou­lo­dromes. A force de jouer… Car les boules, ça prend du temps. C’est presque tous mes week-ends de l’an­née et tous les jours de juin à sep­tembre-oc­tobre. »

A tel point que Ro­cher est au re­pos for­cé jus­qu’au dé­but de l’an­née 2016 pour cause de pro­blèmes ten­di­neux au coude gauche… « On ne di­rait pas comme ça mais, quand on passe trois jours à pié­ti­ner, s’ac­crou­pir et je­ter des tonnes de fer­raille, avec le stress, la concen­tra­tion, à la fin on est cuit. En com­pé­ti­tion, c’est va­che­ment fa­ti­gant ! »

Em­ployé au ca­bi­net du maire de Dra­gui­gnan, le Va­rois d’adop­tion bé­né­fi­cie comme une tren­taine d’autres joueurs d’un sta­tut de spor­tif de haut ni­veau qui lui per­met de com­pen­ser ses nom­breux jours d’ab­sence sans solde au tra­vail. Car même un as de la dis­ci­pline ne trans­forme pas l’acier en or… « En gros, je dois tou­cher 4 000 à 5 000 € d’aide, souffle-t-il. Au ni­veau gains, je gagne en­vi­ron 15 000 à 16 000 € par an en jouant et j’en ai pour 10 000 € de frais si on compte l’es­sence, les péages et l’usure de la voi­ture avec la­quelle je fais 40 000 km. »

S’il peut comp­ter sur un fa­bri­cant de boules, une so­cié­té de cham­pi­gnons et une en­tre­prise d’ar­ticles de fête pour le spon­so­ri­ser, Ro­cher a éga­le­ment… sa propre marque. Une pa­no­plie du bou­liste si­glée « Famille Ro­cher ». « Mon pa­pa a été cham­pion du monde en 2004, ex­plique-t-il. J’ai tou­jours bai­gné là-de­dans. C’est vrai que c’est aty­pique d’avoir sa ligne. Beau­coup de gens vou­laient se ser­vir de mon image pour créer des choses et mes pa­rents ont dé­ci­dé de faire quelque chose à l’ef­fi­gie de la famille. C’est com­pli­qué d’en vivre mais au moins on ar­rive à se rem­bour­ser des frais avec ça. »

Grâce à quelques pas­sages té­lé et des vi­déos qui tournent en bou(c)le sur les ré­seaux so­ciaux, Dy­lan a ac­quis une cer­taine no­to­rié­té. « C’est vrai qu’on me prend un peu plus au sé­rieux, confesse-t-il. Quand je sais qu’il y a une dif­fu­sion té­lé, je me rends le plus pré­sen­table pos­sible pour que ça passe bien et va­lo­rise la pé­tanque. Le pro­blème, c’est qu’on ne le fait pas tous et ce­la nuit à l’image de notre sport. J’ai un ami avec qui j’ai été cham­pion du monde qui a pris 30 kg en trois ou quatre ans. Il ne fait rien pour s’en­tre­te­nir. A la té­lé, on voit un mec en sur­poids, avec son gros ventre, mal ra­sé. Ce­la nous est à tous pré­ju­di­ciable. » Sur­tout si, en plus, il met un bob…

« Quand je sais qu’il y a une dif­fu­sion té­lé, je me rends le plus pré­sen­table pos­sible, ça va­lo­rise la pé­tanque »

Né le 17 dé­cembre 1991 au Mans (Sarthe). Ti­reur. Gau­cher. Dra­gui­gnan.

3 fois cham­pion du monde, 7 fois cham­pion d’Eu­rope, 4 fois cham­pion de France, 3 fois vain­queur du Mon­dial la Mar­seillaise (plus grand tour­noi du monde de pé­tanque), 2 fois vain­queur des Mas­ters, 2 fois vain­queur du Tro­phée des villes.

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