Les nou­veaux pro­tec­teurs de Sainte-Ri­ta mon­trés du doigt

Le Parisien (Paris) - - PARIS - ÉLO­DIE SOULIÉ

DER­RIÈRE LA PA­LIS­SADE de tôle qui barre tou­jours l’en­trée de l’église Sainte-Ri­ta (XVe), la ré­sis­tance a chan­gé de vi­sage. De­puis bien­tôt trois mois, les pa­rois­siens et les amou­reux du pa­tri­moine ont cé­dé la place aux « ré­vo­lu­tion­naires » du Mou­ve­ment du 14 Juillet. Un col­lec­tif dif­fi­cile à clas­ser, mais en tout cas très struc­tu­ré, par­ti­san d’une « ré­vo­lu­tion po­pu­laire » et de la des­ti­tu­tion à la « hus­sarde » du gou­ver­ne­ment… L’été der­nier, le mou­ve­ment an­non­çait même son coup d’Etat pour le mois d’oc­tobre, mais entre-temps, ses membres hé­té­ro­clites ont été dé­lo­gés de leur cam­pe­ment im­pro­vi­sé sur une pe­louse des In­va­lides (VIIe).

Fas­ci­sants pour les uns, d’ul­tra-gauche pour les autres

La ba­taille au long cours me­née rue Fran­çois-Bon­vin de­puis deux ans, entre dé­mo­lis­seurs et dé­fen­seurs de la pe­tite église gal­li­cane, leur a don­né un nou­veau havre : dé­but oc­tobre, alors que les pa­rois­siens fai­saient presque le coup de poing avec les ou­vriers char­gés de la dé­mo­li­tion, le col­lec­tif d’ac­ti­vistes s’y est ins­tal­lé. Avec la bé­né­dic­tion de l’as­so­cia­tion de dé­fense des Arches de Sainte Ri­ta.

De­puis cette ins­tal­la­tion, la po­lé- mique enfle. Mou­ve­ment fas­ci­sant pour les uns, d’ul­tra-gauche pour d’autres, le col­lec­tif se dé­fend via une af­fi­chette col­lée sur la pa­lis­sade : « Hu­ma­niste et non violent », « Pas po­li­ti­sé, pas ex­tré­miste, pas fas­ciste ! » Poin­té du doigt aus­si, l’un des plus com­ba­tifs dé­fen­seurs de la pe­ti- te église, Ni­co­las Sto­quer, soup­çon­né d’être an­cré très à droite. « C’est to­ta­le­ment faux ! J’ai été pris entre deux feux. Ma prio­ri­té était de res­ter dans l’église pour en­tra­ver sa dé­mo­li­tion, donc ce­la m’a ame­né à ai­der ses nou­veaux oc­cu­pants ! C’est la meilleure ga­ran­tie pour qu’elle ne soit pas dé­truite, et ma mis­sion de sau­ve­garde est ache­vée puisque l’église re­vit… »

De­puis oc­tobre, une nou­velle as­so­cia­tion pa­rois­siale a été créée, pré­si­dée par le tra­di­tio­na­liste ab­bé Guillaume de Ta­nouärn. « Je n’y oc­cupe au­cune fonc­tion », se dé­fend Ni­co­las Sto­quer en an­non­çant son re­trait.

Le maire (LR) du XVe, Phi­lippe Gou­jon, avait phy­si­que­ment bar­ré la route aux dé­mo­lis­seurs : « Les res­pon­sables sont ceux qui ont si­gné le per­mis de construire et l’au­to­ri­sa­tion de dé­mo­lir, c’est-à-dire la mai­rie de Pa­ris et les pou­voirs pu­blics ! Mon ob­jec­tif était que l’église soit pré­ser­vée, elle a tou­jours trois ache­teurs pos­sibles, dont l’église des Chré­tiens d’Orient. Il faut main­te­nant que le pro­mo­teur renonce à son pro­jet ». Et que les « ré­vo­lu­tion­naires » rendent les clés. Ces der­niers pré­voient au contraire d’or­ga­ni­ser « un ré­fé­ren­dum d’ini­tia­tive po­pu­laire » sur l’ave­nir de l’édi­fice. com­merce doit pos­sé­der une au­to­no­mie de fonc­tion­ne­ment per­met­tant d’exer­cer son ac­ti­vi­té prin­ci­pale à l’in­té­rieur de l’im­meuble […] en l’ab­sence d’au­to­ri­sa­tion d’oc­cu­pa­tion du do­maine pu­blic ». En clair, la ter­rasse ne doit pas être qu’un com­plé­ment de re­ve­nus pour un éta­blis­se­ment par ailleurs ren­table. Elle ne doit donc pas être la rai­son qui rend ce lieu viable éco­no­mi­que­ment. For­mu­ler ain­si sa de­mande au­près de la jus­tice peut donc jus­ti­fier par celle-ci son re­fus. Par ailleurs, Jacques Bou­tault af­firme ne pas avoir re­çu de lettres de ri­ve­rains sou­hai­tant la créa­tion de cette ter­rasse. Bien au contraire.

(LP/E.S.)

Rue Fran­çois-Bon­vin (XVe), mar­di. La pe­tite église gal­li­cane, cé­lèbre pour ses bé­né­dic­tions d’ani­maux, ses messes dé­diées aux mo­tards ou en­core à Mi­chael Jack­son, est oc­cu­pée mais pas en­core sau­vée.

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