Le coup de force de Fran­çois Hol­lande

La dé­chéance de na­tio­na­li­té, que l’on croyait en­ter­rée, se­ra bien sou­mise au vote du Par­le­ment. Et le pré­sident me­nace de faire ap­pel au peuple. Les se­crets d’un re­vi­re­ment.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - NA­THA­LIE SCHUCK

ON CROYAIT que la dé­chéance de na­tio­na­li­té, me­sure la plus dé­criée de la ré­forme consti­tu­tion­nelle concoc­tée après les at­ten­tats, avait été écar­tée par le gou­ver­ne­ment. Elle est fi­na­le­ment main­te­nue. Quitte à faire hur­ler la gauche. Ré­cit, cô­té cou­lisses, de cette folle jour­née.

nJa­mais Hol­lande n’a va­cillé

Si la presse et Ch­ris­tiane Tau­bi­ra se sont em­bal­lées en an­non­çant le re­trait de cette me­sure, le pré­sident, en son for in­té­rieur, ne l’a ja­mais en­vi­sa­gé. « Il n’a pas va­cillé, ça prouve qu’il n’a pas la main trem­blante », vante un vieux co­pain. Alors, pour­quoi ce pa­ta­quès ? « Ce sont des conseillers qui ne savent rien qui ont par­lé. Ils nous emm… ! » peste un té­nor du PS. Lors­qu’il an­nonce cette dis­po­si­tion au congrès de Ver­sailles, trois jours après les at­ten­tats, Fran­çois Hol­lande est inon­dé d’ap­pels de re­proches. « Tu ne peux pas faire ça », sup­plient des élus, hor­ri­fiés. C’est à l’ori­gine, il est vrai, une pro­po­si­tion du FN ! Mais il tient bon.

Loin des ca­mé­ras, Ber­nard Ca­ze­neuve en­tame un in­tense lob­bying pour en­ter­rer la me­sure. Pour le mi­nistre de l’In­té­rieur, elle ne dis­sua­de­ra pas les ter­ro­ristes. Un ar­gu­ment va faire flé­chir le pré­sident : la gauche est vent de­bout. Anne Hi­dal­go, JeanCh­ris­tophe Cam­ba­dé­lis, Mar­tine Au­bry hurlent. « On me dit qu’il n’y a pas de ma­jo­ri­té, je ré­flé­chis. Mais je l’ai dit, donc je le fais », ré­pète-t-il. Per­sua­dé d’être dans le vrai. La preuve ? Au len­de­main des ré­gio­nales, il dîne avec les chefs de la ma­jo­ri­té. « Quand on lui a dit que la droite était pié­gée, ses mous­taches fri­sot­taient », ri­gole un des convives.

nLe triple strike de Valls

Dans cette épreuve de force avec sa propre ma­jo­ri­té, Hol­lande est sou­te­nu par le Pre­mier mi­nistre et Sé­go­lène Royal. « Si tu re­cules, tout ton dis­cours de Ver­sailles est frap­pé d’in­sin­cé­ri­té », lui ré­pètent-ils. Lun­di, la mi­nistre de l’Eco­lo­gie l’ap­pelle pour le pré­ve­nir qu’elle va faire une sor­tie au ca­non pour l’ex­hor­ter à « ne pas re­non­cer ». « Pas de pro­blème », ré­pond-il, se­rein.

Mar­di, au pe­tit-dé­jeu­ner de la ma­jo­ri­té, Ma­nuel Valls laisse en­tendre que le gou­ver­ne­ment ne lâche rien. « Il faut se sou­cier de l’avis des Fran­çais », lance-t-il. Mar­di soir, Hol­lande et Valls mettent la der­nière main à la ré­forme : la dé­chéance de na­tio­na­li­té y fi­gure. Le Pre­mier mi­nistre réus­sit, au pas­sage, un jo­li coup. Voi­là Ch­ris­tiane Tau­bi­ra, qu’il af­fronte ré­gu­liè­re­ment, désa­vouée. Un ri­val po­ten­tiel pour Ma­ti­gnon, Ber­nard Ca­ze­neuve, re­mis à sa place. Et l’aile gauche de la ma­jo­ri­té, qui le dé­teste, mise de­vant le fait ac­com­pli.

nLa droite pié­gée, la gauche prise à re­vers

Mal­gré les ar­ticles an­non­çant son re­cul, Hol­lande laisse dire. Ob­jec­tif : lais­ser la droite s’en­fer­rer. Et ça marche puisque, dès qu’elle en­tend Tau­bi­ra an­non­cer le re­trait de la me­sure, l’op­po­si­tion saute sur l’oc­ca­sion pour pro­cla­mer qu’elle ne vo­te­ra pas la ré­forme consti­tu­tion­nelle. « Il a lais­sé cou­rir la droite pour la ra­mas­ser », ri­gole un fi­dèle. Mais la gauche est prise à re­brousse-poil. « Ça va tan­guer à la ren­trée », souffle un res­pon­sable du PS. Hier, en Con­seil des mi­nistres, le chef de l’Etat a donc cal­mé le jeu, sa­chant son gou­ver­ne­ment di­vi­sé. George Pau-Lan­ge­vin, mi­nistre de l’Outre-Mer, s’en est ou­verte : « C’est contraire à nos va­leurs ». Hol­lande s’est fait apai­sant. « Je sais ce que res­sentent un cer­tain nombre d’entre vous, je connais vos convic­tions. Je vous de­mande de la so­li­da­ri­té et de l’uni­té. » Reste qu’il va fal­loir trou­ver les trois cin­quièmes des voix au Par­le­ment. Faute de quoi, se­lon nos in­for­ma­tions, le pré­sident est prêt à consul­ter les Fran­çais par ré­fé­ren­dum ! L’arme ato­mique, d’un usage tou­jours ris­qué. « Bien sûr qu’il le fe­ra ! L’op­tion est sur la table », cer­ti­fie un fi­dèle.

nPère de la na­tion, sa pos­ture pour 2017

Tous ses proches le disent, l’an­née 2015, avec les at­ten­tats de jan­vier et de no­vembre, l’a « chan­gé ». « Il va prendre des me­sures fortes pour le pays, quitte à cho­quer. Il va par­ler aux Fran­çais, pas à la gauche », pro­met un ha­bi­tué de l’Ely­sée. « Il veut être un pré­sident au-des­sus des par­tis, l’homme de la France unie », dé­crypte un autre. Et tant pis pour ceux qui parlent de couac après le re­vi­re­ment d’hier. Un de ses amis achève : « Fran­çois s’en tape, qu’on le prenne pour une bille. Il joue aux échecs ! »

@Na­tha­lieS­chuck

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