Hol­lande et la gauche, le di­vorce

Le main­tien as­su­mé de la dé­chéance de na­tio­na­li­té dans la ré­forme consti­tu­tion­nelle pour­rait être le point de non-re­tour entre la gauche et le pré­sident, qui re­garde dé­jà à droite et au centre pour l’après-2017…

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - Un fi­dèle du chef de l’Etat NA­THA­LIE SCHUCK

L’ACTE DE RUP­TURE ? Ja­mais la gauche n’avait connu une telle ébul­li­tion de­puis 2012 ! Même après la fer­me­ture des hauts-four­neaux de Flo­range. Même après l’af­faire Leo­nar­da. Même après le vi­rage pro­pa­tro­nal as­su­mé de Fran­çois Hol­lande dé­but 2014. C’est bien de ce­la qu’il s’agit : d’un nou­veau vi­rage, non plus so­cial-li­bé­ral, mais trans­cou­rant. Le chef de l’Etat ne parle plus à son camp, mais joue l’opi­nion. Pré­pa­rant sa pos­ture de can­di­dat en 2017, il se veut dé­sor­mais l’homme de « la France unie », « au-des­sus des par­tis » quitte à bra­con­ner sur les terres de la droite.

La dé­chéance de na­tio­na­li­té, main­te­nue hier à la sur­prise gé­né- rale, ne passe pas. Et pour cause : c’est, à l’ori­gine, une idée du FN. La gauche a la nau­sée, elle suf­foque, hurle à la tra­hi­son. Pour Mar­tine Au­bry, c’est ni plus ni moins qu’une « re­mise en cause du droit du sol ». « Pour­quoi ? », a twee­té Ar­naud Mon­te­bourg, qui juge la me­sure « contraire aux fon­de­ments de la Ré­pu­blique ». Mais c’est Eva Jo­ly, an­cienne can­di­date à l’Ely­sée et ex-ma­gis­trate, qui a eu les mots les plus durs hier : « Ce gou­ver­ne­ment n’est plus de gau- che ». Pour l’eu­ro­dé­pu­tée éco­lo, Hol­lande « va perdre son âme et les élec­tions de 2017 ». Tout aus­si vi­ru­lent, Da­niel Cohn-Ben­dit sug­gère même au chef de l’Etat… de se pré­sen­ter à la pri­maire de la droite. « Per­sis­ter dans cette voie est une fo­lie », s’épou­mone Cé­cile Du­flot, qui a re­mi­sé au pla­card sa pro­po­si­tion de consti­tuer une « coa­li­tion de trans­for­ma­tion » entre éco­los, com­mu­nistes et so­cia­listes.

De quoi faire flé­chir le pré­sident ? De toute évi­dence, il a fait son deuil de la gauche plu­rielle et pré­pare à marche for­cée une re­com­po­si­tion. Il re­garde avec in­té­rêt ce qui se passe en Espagne au­tour des mou­ve­ments ci­toyens Po­de­mos et Ciu­da­da­nos. « Il est en train de faire de la den­telle », se dé­lecte un té­nor du PS, qui dé­crit le plan de ba­taille pour al­ler vers une « so­ciale-é- co­lo­gie cen­triste ». « Tout se pas­se­ra au soir du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle, si Hol­lande est qua­li­fié. C’est là que tout se re­com­pose. » Un fi­dèle abonde : « Il pré­pare le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale de son deuxième quin­quen­nat. Il sait que, s’il est ré­élu face à Ma­rine Le Pen, ce ne se­ra pas avec les 82 % de Chi­rac en 2002. Il de­vra en te­nir compte. »

De fait, Hol­lande fait pas­ser des mes­sages à Fran­çois Bay­rou, no­tam­ment par Ma­nuel Valls, qui ré­pète que ne pas tendre la main au chef du Mo­Dem en 2012 a été le pé­ché ori­gi­nel du quin­quen­nat. « Hol­lande a com­pris qu’il avait be­soin du centre. Mais Bay­rou est tê­tu comme une mule ! » s’agace un ha­bi­tué de l’Ely­sée. Jean-Louis Bor­loo, aus­si, est ca­jo­lé. L’homme du Gre­nelle a pas­sé beau­coup de temps avec l’exé­cu­tif lors de la COP21. Dé­jà, cer­tains spé­culent sur d’in­croyables re­bon­dis­se­ments. « Si Hol­lande fait un pre­mier tour faiblard à la pré­si­den­tielle, vous ver­rez qu’il pro­po­se­ra Ma­ti­gnon à Bay­rou ! » ima­gine un vieux com­pa­gnon de route. Sé­go­lè- ne Royal en avait fait au­tant en 2007. D’ici là, Hol­lande et Valls ne cher­che­raient pas à dé­bau­cher des mi­nistres dans l’op­po­si­tion, mais à tendre des ponts. Un té­nor du PS dé­crypte : « On a be­soin de ma­jo­ri­tés in­ter­par­ti­sanes sur cer­tains textes de loi sym­bo­liques. On a bien vu que la moi­tié de l’UMP et les deux tiers des cen­tristes avaient vou­lu vo­ter la loi Ma­cron… »

« Il pré­pare le gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale de son deuxième quin­quen­nat »

@Na­tha­lieS­chuck

(LP/De Mar­ti­gnac/ Abra­ham/Cor­san et MaxPPP/ Pe­tit-Tes­son.) .) er az oj W pe lip hi P / rs te eu R (

Eva Jo­ly, Da­niel Cohn-Ben­dit, Cé­cile Du­flot, Mar­tine Au­bry et Ar­naud Mon­te­bourg s’en sont pris vio­lem­ment à Fran­çois Hol­lande.

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