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Un lan­ceur d’alerte des crimes de masse

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - C.D. CA­THE­RINE DU­PEY­RON

C’est en 2004 que Pa­trick Desbois en­tre­prend des re­cherches en Ukraine sur les vic­times juives et roms des Ein­satz­grup­pen, ces uni­tés mo­biles d’ex­ter­mi­na­tion na­zies, à la tête de l’as­so­cia­tion Ya­had In Unum. Il in­ter­roge les té­moins de l’époque, ac­cu­mule les preuves sur les fusillades de masse per­pé­trées entre 1941 et 1944, re­trouve des fosses com­munes. Et oeuvre à la re­con­nais­sance de ce qu’on ap­pel­le­ra la Shoah par balles. Cet homme de 60 ans, dont le grand-père a été pri­son­nier de guerre des na­zis, n’aime guère par­ler de lui. Im­mer­gé dans le mas­sacre des yé­zi­dis, il confie : « La ten­ta­tion gé­no­ci­daire est une ma­la­die hu­maine très ar­chaïque, celle de l’idéo­lo­gie du sur­homme. La pro­messe de su­pé­rio­ri­té, de pu­re­té et de vé­ri­té fa­brique des tueurs. On l’a vu du cô­té du na­zisme, on le voit main­te­nant du cô­té des is­la­mistes. Ce n’est la ma­la­die ni d’un peuple, ni d’une re­li­gion. Mais c’est une ma­la­die très conta­gieuse. On ac­cuse sou­vent In­ter­net de dif­fu­ser cette idéo­lo­gie assassine, mais sous le na­zisme ça n’exis­tait pas et les Al­le­mands par­taient sans hé­si­ta­tion au fin fond du Cau­case pour tuer des juifs et des Roms. Mal­heu­reu­se­ment, un homme sait tuer comme un chien sait na­ger, il n’a pas be­soin d’ap­pren­tis­sage. » Se­lon le sta­tut de Rome de la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale (CPI), le gé­no­cide se dé­fi­nit comme l’in­ten­tion de dé­truire, en tout ou par­tie, un groupe na­tio­nal, eth­nique, ra­cial ou re­li­gieux. Quelle est l’am­pleur des crimes contre les yé­zi­dis ? « Sur les chiffres, nous pré­fé­rons être pru­dents, in­dique He­min Cha­mon, pré­sident de l’As­so­cia­tion des yé­zi­dis de France. Les es­ti­ma­tions changent tout le temps en rai­son de la dé­cou­verte de nou­velles fosses com­munes. » La CPI a dé­jà re­çu de nom­breuses plaintes, mais ne peut ju­ger que les cri­mi­nels res­sor­tis­sants des pays qui ont si­gné le sta­tut de Rome. La Syrie et l’Irak ne l’ont pas fait. Des ci­toyens eu­ro­péens par­ti­ci­pant aux exac­tions pour­raient en re­vanche être ju­gés par la CPI ou dans leur propre pays.

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