Pe­tite ac­cal­mie sur le front si­nistre du chô­mage

Le nombre de per­sonnes à la re­cherche d’un emploi stable a of­fi­ciel­le­ment bais­sé de 15 000 en no­vembre. Mais sur un an, le chô­mage conti­nue de pro­gres­ser.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - BO­RIS CAS­SEL

TOUT EST UNE QUES­TION de point de vue… Pour le gou­ver­ne­ment, les chiffres du chô­mage tom­bés hier s’ap­pa­rentent à une bonne nou­velle. Sta­tis­ti­que­ment, c’est re­la­ti­ve­ment vrai : en no­vembre, la ca­té­go­rie A des chô­meurs, ceux à la re­cherche d’un CDI et qui n’ont pas tra­vaillé le mois pré­cé­dent, a bais­sé (- 15 000 de­man­deurs d’emploi), ce qui porte le nombre des chô­meurs à un to­tal de 3 574 800 à fin no­vembre. « La ten­dance se confirme : leur nombre se sta­bi­lise sur les trois der­niers mois (+ 0, 1 % entre fin août et fin no­vembre) », s’est même fé­li­ci­tée, hier, la mi­nistre du Tra­vail, My­riam El Khom­ri.

Un op­ti­misme loin d’être par­ta­gé par tous. « C’est du mar­ke­ting po­li­tique », ful­mine l’éco­no­miste Marc Toua­ti. Pour le pré­sident du ca­bi­net ACDEFI, « les chiffres sont en réa­li­té très mau­vais. En un an, on compte 88 000 chô­meurs de plus dans la ca­té­go­rie A ! »

Pis, si l’on me­sure le chô­mage un peu dif­fé­rem­ment — en te­nant compte des per­sonnes qui sont à la re­cherche d’un bou­lot stable, mais qui ont tri­mé quelques heures au cours du mois pas­sé — le ta­bleau est moins rose en­core. « Au to­tal, le nombre de de­man­deurs d’emploi te­nus de faire des actes po­si­tifs de re­cherche d’emploi (ca­té­go­ries A, B et C) aug­mente de 0,1 % (+ 6 700 per­sonnes) en no­vembre. Et de 5,1 % en un an », ré­sume la Dares, l’ad­mi­nis­tra­tion char­gée de pu­blier les chiffres de Pole emploi. « Toutes ca­té­go­ries confon­dues, ce­la re­pré­sente qua­si­ment plus de 300 000 chô­meurs sup­plé­men­taires en un an », cal­cule Marc Toua­ti.

Voi­là, donc, pour 2015 la mau­dite. Et qu’ad­vien­dra-t-il en 2016 ? « Sans vou­loir plom­ber l’am­biance de Noël, il faut être hon­nête : il n’y a pas vrai­ment ma­tière à se ré­jouir », pour­suit Marc Toua­ti. Et de pré­ci­ser : « Pour que ce­la baisse si­gni­fi­ca­ti­ve­ment, il fau­drait que la crois­sance se si­tue du­ra­ble­ment à un ni­veau com­pris entre 1,5 % et 2 % par an. Nous en sommes loin. » L’es­poir est mal­gré tout per­mis. Pu­bliés la se­maine der­nière, les chiffres de la crois­sance pour 2016 in­citent à lais­ser la porte ou­verte à l’op­ti­misme. No­tam­ment sous l’ef­fet des baisses de charges in­duites par le cré­dit d’im­pôt pour la com­pé­ti­ti­vi­té et l’emploi (CICE) al­loué aux en­tre­prises, l’In­see pré- voit ain­si une em­bel­lie sur le front de l’emploi dès le dé­but de l’an­née pro­chaine, avec 35 000 créa­tions de postes au pre­mier se­mestre dans le sec­teur pri­vé. Mieux : « Le taux de chô­mage bais­se­rait, com­pen­sant sa hausse ré­cente, pour at­teindre en France 10,4 % mi-2016, soit son ni­veau de la mi-2015 », pour­suit l’In­see. Si ce­la se confir­mait, on pour­rait alors — en­fin — par­ler de l’« in­ver­sion de la courbe du chô­mage » si chère à Fran­çois Hol­lande…

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