Les sen­ti­nelles du Tha­lys

Le Parisien (Paris) - - HOMMAGE - An­tho­ny Sad­ler VA­LÉ­RIE MAHAUT

LA PHO­TO de leurs vi­sages tout sou­rire, prise dans un train la veille de l’at­ten­tat ra­té du Tha­lys, a fait le tour du monde. Trois jours plus tard, c’est celle où ils prennent la pose au­tour de Fran­çois Hol­lande à l’Ely­sée, la Lé­gion d’hon­neur ac­cro­chée à leurs po­los co­lo­rés, que les mé­dias dif­fusent en boucle. An­tho­ny Sad­ler, Alek Skar­la­tos et Spen­cer Stone, trois co­pains amé­ri­cains de 22 et 23 ans en va­cances en Eu­rope, ont évi­té le car­nage pro­gram­mé dans le Tha­lys 9364 re­liant Am­ster­dam à Pa­ris, le 21 août. Au pre­mier coup de feu d’Ayoub elK­haz­za­ni, Alek bon­dit et crie « let’s go » en ré­veillant son co­pain Spen­cer pro­fon­dé­ment en­dor­mi à cô­té de lui. Sol­dat de l’US Air Force, Spen­cer, rom­pu aux tech­niques de com­bat, se jette sur le ter­ro­riste avec Alek, membre, lui, de la Garde na­tio­nale amé­ri­caine. Il sai­sit Ayoub el-Khaz­za­ni au cou, le pré­ci­pite au sol, l’étrangle jus­qu’à lui faire perdre connais­sance pen­dant qu’Alek s’em­pare de l’AK 47 du ter­ro­riste et l’as­somme. An­tho­ny vient à la res­cousse, ai­dé de Ch­ris Nor­man, un Bri­tan­nique de 62 ans ins­tal­lé en France, qui li­gote El-Khaz­za­ni avec sa cra­vate. Lors du corps-à-corps à mains nues, Spen­cer est sé­rieu­se­ment bles­sé.

Quelques mi­nutes avant les quatre An­glo-Saxons, un ban­quier fran­çais a ten­té de désar­mer le ter­ro­riste. C’est lui qui le pre­mier fait face à El-Khaz­za­ni sor­tant des toi­lettes de la voi­ture 12, un sac en ban­dou­lière et un ka­lach­ni­kov en main. Ce jeune homme de 28 ans pré­nom­mé Da­mien, exer­çant à l’étran­ger, a te­nu à pré­ser­ver son ano­ny­mat. Après lui, Mark Moo­li­gan réus­sit à ar­ra­cher l’AK 47 des mains de l’as­saillant qui ré­plique en ti­rant avec un pis­to­let. La balle tra­verse le corps de ce Fran­co-Amé­ri­cain de 51 ans, vi­vant à Boulogne-Billan­court (Hauts-de-Seine). « Cou­rage », « sang-froid », « so­li­da­ri­té »… La France s’en­tiche des jeunes héros. « Le monde en­tier vous ad­mire », leur lance Fran­çois Hol­lande tan­dis que de l’autre cô­té de l’At­lan­tique l’Amé­rique s’en­flamme pour ses com­pa­triotes, Ba­rack Oba­ma en tête. Eux ne se voient pas en héros. « La le­çon qu’on doit re­te­nir, c’est que dans un mo­ment de crise comme ça, j’ai­me­rais que les gens com­prennent qu’il faut faire quelque chose. S’il vous plaît, ne res­tez pas là de ma­nière pas­sive », plaide An­tho­ny Sad­ler. Pro­mu sergent-chef, Spen­cer Stone re­ce­vait en­core les hon­neurs de l’US Air Force il y a deux se­maines. Il faut dire qu’un mois et de­mi après le Tha­lys le jeune mi­li­taire a été poi­gnar­dé à Sa­cra­men­to (Ca­li­for­nie) à la sor­tie d’un bar.

« Dans un mo­ment comme ça, j’ai­me­rais que les gens com­prennent qu’il faut faire quelque chose »

(LP/Phi­lippe La­vieille.)

Pa­ris, 23 août 2015. Ch­ris Nor­man, un Bri­tan­nique de 62 ans, a re­çu la Lé­gion d’hon­neur. Il avait igo­té El-Khaz­za­ni avec sa cra­vate.

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