Gré­go­ry Gaul­tier, le squash dans la peau

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Re­nan La­vigne, en­traî­neur na­tio­nal LIO­NEL CHA­MI

Ils col­lec­tionnent les titres et trustent les places sur le po­dium. Pour­tant, un ano­ny­mat cer­tain ac­com­pagne leurs ex­ploits. Le fun­board, le rol­ler, le surf, la pé­tanque et le squash n’ont au­cun se­cret pour ces cinq cham­pions. Dans cette sé­rie qui s’achève au­jourd’hui, cha­cun a ac­cep­té de le­ver le voile sur sa dis­ci­pline por­tée à son plus haut de­gré d’ex­pres­sion. fre ni mé­daille olym­pique ni no­to­rié­té ni for­tune dans son propre pays. Avant lui, le Réu­nion­nais Thier­ry Lin­cou, pre­mier joueur non is­su d’un an­cien pays du Com­mon­wealth sa­cré cham­pion du monde en 2004, n’est pas non plus de­ve­nu une star.

De­puis que Gré­go­ry a po­sé les pieds sur un court, nul n’est par­ve­nu à l’en dé­lo­ger. « Sa mère te­nait un club à Au­din­court (Doubs), au­jourd’hui dis­pa­ru, té­moigne Re­nan La­vigne, 41 ans, ex-joueur, en­traî­neur na­tio­nal, coach et ami de Gaul­tier. Il a com­men­cé là à 5 ans. De re­tour de l’école, il ta­pait des balles, tout seul. Un jour, Greg de­vait avoir 9 ans, l’en­traî­neur na­tio­nal de l’époque, An­dré Del­hoste, ba­sé à Stras­bourg, a di­ri­gé un stage au club. Dans la fou­lée, il a de­man­dé à ce que Greg aille s’en­traî­ner à Stras­bourg un week-end par mois. Il n’y avait rien à l’époque, ni sec­tion sport-études ni pôle. En 1996, le pôle France d’Aix-en-Pro­vence a été créé quand Greg a eu 13 ans. On a cou­tume de dire qu’il a été créé pour lui… »

Dès lors, Gaul­tier n’a ces­sé de creu­ser son sillon. « Tout jeune, il n’avait pas com­plè­te­ment conscience de tout ce qui était re­quis pour ar­ri­ver au très haut ni­veau : la nu­tri­tion, l’en­traî­ne­ment in­vi­sible, etc., ex­plique La­vigne. Il y a une di­zaine d’an­nées, il s’est pris en charge et de­puis lors, il est pire que mi­nu­tieux. Ob­ses­sion­nel. » Sur le plan du ca­rac- tère, La­vigne dé­crit quel­qu’un d’« as­sez ren­fer­mé » : « Mais der­rière sa ca­ra­pace as­sez dure, c’est un hypersensible, un grand af­fec­tif. Il a l’in­jus­tice en hor­reur. Ça lui a par­fois joué des tours sur le court, dans la ges­tion de ses émo­tions, vis-à-vis des ar­bitres et des ad­ver­saires. »

Ma­rié à Ve­ro­ni­ka, une ex-joueuse tchèque, et père de No­lan (3 ans), Gre­go­ry es­saie au maxi­mum d’em­me­ner sa famille sur un cir­cuit pro très ac­ca­pa­rant. « Entre fin août et dé­but dé­cembre, je n’ai pas­sé que dix-sept jours à la mai­son », an­nonce-t-il. Entre ses gains en tournois (NDLR : 40 000 € pour le ré­cent titre mon­dial), ses par­te­naires pri­vés et les aides de son club, Gaul­tier gagne cor­rec­te­ment sa vie et n’en veut pas da­van­tage : « J’ar­rive à m’en sor­tir, je ne me plains pas. Je suis plus heu­reux à chas­ser des titres qu’à cou­rir après de l’ar­gent. » « Il a com­pris qu’il ne jouait pas pour la no­to­rié­té, re­prend La­vigne. Quand il a une page dans « l’Equipe », il est content mais, le reste du temps, il fait son truc dans son coin et il ap­pré­cie que per­sonne ne l’em­bête. Après son titre mon­dial, il n’a pas été simple de lui faire ac­cep­ter quelques pla­teaux té­lé. Pour­tant, ça ren­drait ser­vice à lui et à son sport, dont il est le pre­mier am­bas­sa­deur. » Pas sûr que Gré­go­ry Gaul­tier se voit comme tel.

« Il est pire que mi­nu­tieux.

Ob­ses­sion­nel. »

Né le 23 dé­cembre 1982 (33 ans) à Epi­nal (Vosges). 1,76 m, 74 kg. Bac STT. Ma­rié à Ve­ro­ni­ka. Un en­fant, No­lan (3 ans). Pro­fes­sion­nel de­puis 1999. Cham­pion du monde 2015 après quatre fi­nales per­dues en 2006, 2007, 2011 et 2013. No 1 mon­dial du­rant dix mois entre 2009 et 2015. Vain­queur de 27 titres, dont sept tournois ma­jeurs.

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