Chez les Ou­baa­li, la boxe est fra­ter­nelle

Le Parisien (Paris) - - SPORTS ILE-DE-FRANCE - THIER­RY RAY­NAL

Toute la se­maine, nous vous avons fait par­ta­ger des his­toires sin­gu­lières de spor­tifs qui pra­tiquent la com­pé­ti­tion en famille. Der­nier vo­let au­jourd’hui avec les frères Ou­baa­li. SA DE­VISE ré­sonne tou­jours aux oreilles des siens : c’est en tra­vaillant bien à l’école et en fai­sant du sport qu’on de­vient quel­qu’un dans la vie. Az­zouz Ou­baa­li n’a ces­sé de la ré­ci­ter à sa famille. Avec son épouse Mi­lou­da, ce Ma­ro­cain par­ti d’Aga­dir dans les an­nées 1960 pour cher­cher une vie meilleure dans le nord de la France a don­né vie à une fra­trie de dix­huit en­fants. Treize gar­çons et cinq filles qui se sont épa­nouis au­près de ce pa­pa mi­neur de fond, dé­cé­dé en 2000. La boxe était sa pas­sion, il l’a trans­mise à onze de ses des­cen­dants.

Ali et Nor­dine ont hé­ri­té des pré­ceptes édic­tés par leur pa­ter­nel. « Pe­tits, on ne traî­nait pas les rues, ra­conte Ali. On jouait entre nous. Dans une ré­gion du­re­ment tou­chée par le chô­mage et le ra­cisme, on a ga­gné le res­pect de ceux qui nous in­sul­taient. Notre édu­ca­tion a été la clé. » Et la boxe n’y est sans doute pas étran­gère non plus. Les fran­gins Ou­baa­li pour­suivent au­jourd’hui la route dé­fri­chée par Az­zouz. Ali (38 ans) n’est plus boxeur mais s’est ins­tal­lé dans le coin de son ca­det Nor­dine (29 ans) quelques mois après les JO de Londres. « Le fait qu’il de­vienne mon en­traî­neur a tou­jours été une évi­dence, avoue Nor­dine. J’irai au bout avec lui. » In­vain­cu après huit com­bats, le cham­pion de France des poids coq a de grands ob­jec­tifs.

A l’écoute l’un de l’autre

« Nor­dine va ac­com­plir ce que je n’ai pas pu faire, es­time Ali, qui co­di­rige avec son frère le Top Rank de Bagnolet. Il frappe plus fort que moi et a un meilleur coup d’oeil. Je l’ai in­ci­té à pas­ser pro car je ne vou­lais pas qu’il ait de re­grets. » Ces deux ca­rac­tères forts vivent en os­mose, à l’écoute l’un de l’autre, en ou­bliant par­fois les liens de sang. « Lors­qu’il boxe, je ne le vois pas comme mon frère, as­sure Ali, et si je ne suis pas content, il le sait. Je le lui dis, mais tou­jours avec res­pect. » « On ex­prime les choses qui ne vont pas, pro­longe Nor­dine. Pen­dant un com­bat, il me parle comme à un autre boxeur. Et quand il le faut, on se dit tout. »

Cette fu­sion ne date pas d’au­jourd’hui. Nor­dine a li­vré son pre­mier com­bat à l’âge de 8 ans à Rou­baix. Ali était dé­jà au pied du ring. Le frère aî­né se sou­vient que le pe­tit Nor­dine sui­vait as­si­dû­ment ses com­bats. « A mes dé­buts pros, il était dans le pu­blic et je l’en­ten­dais me lan­cer des conseils, ra­conte Ali. A 12 ans, sa vi­sion de la boxe était dé­jà per­ti­nente. » « Ali au­rait dû être cham­pion du monde, mais il n’a pas eu l’en­tou­rage qu’il mé­ri­tait », juge Nor­dine, édu­ca­teur spor­tif à Bagnolet. « J’ai ap­pris la boxe aux Etats-Unis, dé­but 2000, et je lui trans­mets ce sa­voir, in­siste Ali, res­pon­sable com­merce et tou­risme à Bagnolet. Je veux lui évi­ter les pièges que j’ai connus. »

En évo­quant les com­bats de Nor­dine, tous deux s’expriment avec des « on ». « Le on ? C’est parce que je monte sur le ring avec mon frère et qu’il prend les coups avec moi, ex­plique Nor­dine. Pen­dant un com­bat, nous sommes une seule per­sonne… »

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