Une salle de prière mu­sul­mane sac­ca­gée

Après un violent guet-apens contre des pom­piers dans la nuit de jeu­di à ven­dre­di à Ajac­cio, une ma­ni­fes­ta­tion a dé­gé­né­ré et un lieu de culte mu­sul­man a été dé­gra­dé.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - JEAN-MARC DUCOS

LA MO­BI­LI­SA­TION de presque 600 per­sonnes hier après-mi­di dans les rues d’Ajac­cio (Corse-du-Sud) n’avait sans doute rien de spon­ta­né. Bien au contraire.

Le pré­texte à cette ma­ni­fes­ta­tion qui a dé­bu­té vers 16 heures de­vant la pré­fec­ture est un guet-apens dres­sé, dans la nuit du 24 au 25 dé­cembre vers mi­nuit et de­mi, à une équipe de pom­piers ap­pe­lés ini­tia­le­ment pour un ba­nal in­cen­die de vé­gé­taux dans le quar­tier po­pu­laire dit des Jar­dins-de-l’Em­pe­reur, à Ajac­cio.

Les sol­dats du feu, vic­times d’agres­sions phy­siques et mo­les­tés par des jeunes ca­gou­lés, n’ont dû leur sa­lut qu’au fait d’avoir pu se ré­fu­gier dans leur four­gon cri­blé d’impacts de clubs de golf. Au len­de­main de ces in­ci­dents graves, une ma­ni­fes­ta­tion a tour­né à l’ex­pé­di­tion pu­ni­tive. Un lieu de culte mu­sul­man si­tué dans le quar­tier SaintJean, tou­jours à Ajac­cio, a été van­da­li­sé et des livres du Co­ran brû­lés.

Hier après-mi­di, les états-ma­jors de la po­lice et de la gen­dar­me­rie ont dû battre en ur­gence le rap­pel de leurs troupes pour conte­nir la ma­ni­fes­ta­tion de sou­tien aux pom­piers qui hur­lait en langue corse « Ara­bi Fo­ra » (« les Arabes de­hors »). D’autres criaient : « On est chez nous. » Des ma­ni­fes­tants chauf­fés à blanc par les jeu­nesses in­dé­pen­dan­tistes soup­çon­nées d’être à l’ori­gine de ce mou­ve­ment. Le pré­fet de Corse, Ch­ris­tophe Mir­mand, apos­tro­phé, a dû faire face à une foule vi­ru­lente prête à en dé­coudre. Une foule qui ré­pon­dait aux slo­gans dif­fu­sés sur le ré­seau so­cial Twit­ter de Gilles Si­meo­ni, le nou­veau pré­sident du con­seil exé­cu­tif de Corse, qui si­gnait un mes­sage de sou­tien aux pom­piers : « Honte à ceux qui ont fait ça ! »

Le pré­sident du ser­vice d’in­cen­die et de se­cours de Corse-du-Sud, Charles Vo­gli­mac­ci, lui, re­ven­di­quait dans un com­mu­ni­qué cette ma­ni­fes­ta­tion : « Ici, c’est Ajac­cio et nous ne lais­se­rons per­sonne dic­ter ses règles, im­po­ser la peur et s’ac­ca­pa­rer un quar­tier de notre ville. » « A l’évi­dence, vu le nombre, nous ne sommes pas dans l’im­pro­vi­sa­tion », consta­tait hier soir Eric Bouillard, le pro­cu­reur d’Ajac­cio qui confir­mait des dé­gra­da­tions dans le lieu de culte mu­sul­man, proche du Théâtre du Kallisté. « Il y a eu ef­frac­tion et des livres du Co­ran ont été brû­lés », dé­taillait le ma­gis­trat dont la prio­ri­té était « de ra­me­ner le calme ».

Il confir­mait que des pro­pos is­la­mo­phobes avaient été pro­non­cés au cours de ce ras­sem­ble­ment qui a en­suite pris la di­rec­tion du quar­tier où l’agres­sion des pom­piers s’était dé­rou­lée. Là, ce ven­dre­di soir, des ma­ni­fes­tants ul­cé­rés et ex­ci­tés ont cher­ché à pé­né­trer dans les im­meubles pour re­trou­ver les or­ga­ni­sa­teurs pré­su­més du guet-apens. Un cor­tège de po­li­ciers en­ca­drait ces ma­ni­fes­tants prêts au coup de poing. Au même mo­ment, une salle de prière sur la route de Ba­leone était vic­time de dé­gra­da­tions et aus­si­tôt pro­té­gée par un cor­don de gen­dar­me­rie. « Ces in­ci­dents ne font que re­tar­der d’au­tant les in­ves­ti­ga­tions en cours pour iden­ti­fier les au­teurs de l’agres­sion contre les pom­piers », ré­pon­dait le pro­cu­reur d’Ajac­cio, cons­ta­tant que « les pro­vo­ca­teurs sont pro­vo­qués et les ou­tra­geurs ou­tra­gés ».

Ma­nuel Valls a condam­né « une pro­fa­na­tion in­ac­cep­table » de la salle de prière d’Ajac­cio. Son mi­nistre de l’In­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, re­le­vait des « exac­tions in­to­lé­rables aux re­lents de ra­cisme » et fus­ti­geait « l’agres­sion in­ad­mis­sible des pom­piers et des po­li­ciers ». nPRÈS DE 19 KG D’HÉ­ROÏNE

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