Gen­dar­me­rie : le grand dé­fi du re­cru­te­ment

La créa­tion de 1 763 postes sup­plé­men­taires, al­liée aux fer­me­tures ré­centes d’écoles de sous-of­fi­ciers, oblige la di­rec­tion de la gen­dar­me­rie à s’adap­ter pour for­mer au plus vite ces fu­turs ef­fec­tifs.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - JEAN-MARC DUCOS

ON VA DE­VOIR se ser­rer un peu sur les bancs des écoles de gen­dar­me­rie en 2016. Mais c’est pour la bonne cause. Après des an­nées de vaches maigres, pas moins de 1 763 gen­darmes sup­plé­men­taires sont pré­vus dans les plans de re­cru­te­ments an­non­cés suc­ces­si­ve­ment au cours de l’an­née par le gou­ver­ne­ment, pour un to­tal de 5 000 postes ré­par­tis entre po­lice et gen­dar­me­rie. Des postes créés pour af­fron­ter les « nou­velles me­naces ».

Face à cet af­flux, la di­rec­tion de la gen­dar­me­rie va de­voir néan­moins s’or­ga­ni­ser car dans le pas­sé, pour cause de res­tric­tions et re­struc­tu­ra­tions budgétaires, des écoles de for­ma­tion comme celles du Mans (Sarthe), Mon­tar­gis (Loi­ret), Li­bourne (Gi­ronde) mais aus­si celle de Châ­tel­le­rault (Vienne) ont été fer­mées. Une adap­ta­tion qui est dé­jà en cours avec le pro­jet d’ou­vrir un nou­veau centre sur l’an­cienne base aé­rienne de Di­jon (Côte-d’Or), en pas- se d’être re­con­ver­tie. Et une lo­gique d’in­té­gra­tion des dif­fé­rentes pro­mo­tions va être re­vue, tout comme la for­ma­tion.

nUne nou­velle école

« Notre de­voir est de nous adap­ter pour être au ren­dez-vous des dé­ci­sions gou­ver­ne­men­tales, des me­sures d’ur­gence et des at­tentes de la po­pu­la­tion en ma­tière de sécurité », pré­vient le co­lo­nel Jean-Va­lé­ry Let­ter­mann, de la sous-di­rec­tion des com­pé­tences de la gen­dar­me­rie char­gé des for­ma­tions et du re­cru­te­ment. Pour ne pas sur­char­ger les écoles de sous-of­fi­ciers en­core en ac­ti­vi­té, la gen­dar­me­rie lorgne sur l’an­cienne base aé­rienne 102 de Di­jon-Long­vic, dis­soute en oc­tobre 2014. Même si ce pro­jet de re­prise des lo­caux n’est pas fi­na­li­sé, il semble en bonne voie.

Les né­go­cia­tions sont en cours avec le mi­nis­tère de la Dé­fense. Une école per­met­trait d’ac­cueillir d’em- blée quatre com­pa­gnies d’ins­truc­tion de fu­turs gen­darmes, soit 480 jeunes re­crues à par­tir d’oc­tobre 2016. Et elle pour­rait en ac­cueillir trois autres en­core en 2017. Si ce pro­jet n’abou­tis­sait pas, les plans de charge des autres écoles se­ront né­ces­sai­re­ment adap­tés là en­core.

nFor­ma­tion amé­na­gée

Pour évi­ter l’en­gor­ge­ment dans les am­phis, la Di­rec­tion de la gen­dar­me­rie a ima­gi­né ac­cé­lé­rer les in­té­gra­tions des nou­velles pro­mo­tions qui vont se suc­cé­der à rythme sou­te­nu. « A par­tir d’oc­tobre 2016, une nou­velle com­pa­gnie d’ins­truc­tion se­ra in­té­grée tous les quinze jours », pré­cise l’of­fi­cier.

Les douze mois de for­ma­tion des sous-of­fi­ciers vont être aus­si amé­na­gés. Les fu­turs gen­darmes ne pas­se­ront plus que huit mois en école au lieu de neuf pré­cé­dem­ment, et un stage de quatre mois en uni­té au lieu de trois. « Il ne s’agit pas d’une ré­duc­tion de la for­ma­tion, qui reste fixée à douze mois, mais d’un amé­na­ge­ment de la sco­la­ri­té. Et en au­cun cas d’une for­ma­tion au ra­bais. On la concentre en école sur les as­pects opé­ra­tion­nels et on mise sur la mo­der­ni­té de l’en­sei­gne­ment à dis­tance pour les vo­lets théo­riques. Cette ré­vi­sion de la for­ma­tion per­met­tra une meilleure ro­ta­tion des pro­mo­tions dans les écoles », as­sure ce res­pon­sable. Mais une fois for­mé, le jeune gen­darme se­ra pla­cé sous tu­to­rat ren­for­cé dans une uni­té opé­ra­tion­nelle où il se­ra im­mé­dia­te­ment uti­li­sable pour toutes les mis­sions par son chef d’uni­té.

« Un gra­dé d’ex­pé­rience prend en charge la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du jeune gen­darme. Il est son tu­teur et son ré­fé­rent. C’est l’oc­ca­sion de le mettre en si­tua­tion d’au­to­no­mie dans l’uni­té et ce­la dé­ve­loppe la co­hé­sion mi­li­taire », pré­cise le co­lo­nel Let­ter­mann. Avant de for­mer cette fu­ture maind’oeuvre, en­core faut-il re­cru­ter et « sur­tout main­te­nir un haut de­gré de sé­lec­ti­vi­té », ajoute le co­lo­nel Let­ter­mann. Après le choc des at­ten­tats du 13 no­vembre, dans la se­maine qui a sui­vi la tra­gé­die, les ef­fec­tifs des can­di­dats au concours des sous-of­fi­ciers ont fait un bond de 100 %, pour at­teindre 4 500 ins­crip­tions. Ils sont presque 25 000 hommes et femmes pour le concours de mars 2016. Un se­cond se dé­rou­le­ra en oc­tobre 2016. Quant aux can­di­dats pour être gen­darme ad­joint vo­lon­taire, leur nombre a dou­blé aus­si la se­maine sui­vant les at­taques.Ils étaient dé­jà un mil­lier à pos­tu­ler contre 550 en moyenne. Un en­goue­ment re­nou­ve­lé en­core plus fort que ce­lui dé­jà connu après les at­ten­tats contre « Char­lie Heb­do » et l’Hy­per Ca­cher.

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