Trente ans qu’il ré­gale les tour­nages

Suite de nos por­traits des per­son­na­li­tés dis­crètes du monde du spec­tacle. Ren­contre avec Gilles Gou­tal, can­ti­nier des pla­teaux de ci­né­ma.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - Gilles Gou­tal HU­BERT LIZÉ

QUAI DE SEINE, face au bas­sin de la Villette à Pa­ris, un dé­li­cieux fu­met de sau­té d’agneau s’échappe du ca­mion-cui­sine de Gilles Gou­tal. Il est 10 h 30, et le boss de Ci­né Res­to est dé­jà der­rière ses four­neaux avec ses deux col­la­bo­ra­teurs, Mo­mo et Ja­lal. Ce mi­di, il y a 60 cou­verts à ser­vir pour l’équipe d’un té­lé­film po­li­cier en tour­nage pour France 2 dans la ca­pi­tale avec comme ac­teur ve­dette Pa­trick Ches­nay. « Un pe­tit tour­nage à la mai­son », sou­rit Gillou, 63 ans, car­rure de rug­by­man, gouaille ban­lieu­sarde, « de­puis qua­rante ans dans les ga­melles », de­ve­nu l’un des cui­si­niers de ci­né­ma les plus étoi­lés de l’Hexa­gone.

Comme chaque ma­tin, le cuis­tot a ache­té tous ses pro­duits frais à 6 heures dans un ma­ga­sin spé­cia­li­sé dans la res­tau­ra­tion, puis confec­tion­né ses me­nus du jour : une di­zaine de sa­lades dif­fé­rentes en en­trée, un plat du jour — sau­té d’agneau fa­çon ta­jine — et un pois­son du jour — mer­lu aux lé­gumes frais —, plus une ri­bam­belle de fro­mages et des­serts, dont une dé­li­cieuse tarte aux poires. Les cou­verts sont dres­sés, le coup de feu est pour 13 heures. Ser­vice à la de­mande et à l’as­siette. Et Gillou pour­ra ren­trer chez lui ce soir dans les Yve­lines. « Mais ce mé­tier, c’est d’abord la va­drouille », se plaît-il à ra­con­ter.

Ce­la fait trente ans que Gilles Gou­tal ré­gale les stars de ci­né­ma sur les tour­nages, dans les condi­tions par­fois les plus in­at­ten­dues. Après avoir te­nu un pe­tit res­tau­rant dans le Tarn avec son épouse, il a dé­bu­té chez Lo­ca­fête, lea­deur du sec­teur dans les an­nées 1979-1980, avant de créer sa propre so­cié­té. « Mon pre­mier film, c’était Ne­mo, avec Ca­role Bou­quet et Har­vey Kei­tel », se sou­vient-il. Le dé­but d’une car­rière ja­lon­née de ren­contres avec des Cé­sars : Roman Po­lans­ki, Ste­phen Frears, Claude Cha­brol, Mi­los For­man, Ro­bert En­ri­co, Jean-Jacques An­naud, Claude Zi­di, Luc Bes­son, Gé­rard Ju­gnot, Jean- Paul Rap­pe­neau… Les plus ca­pés des réa­li­sa­teurs ont fait ap­pel à son coup de main. « La cui­sine de Gilles est ex­cel­lente », sou­ligne Fa­bien On­te­niente, pour le­quel il a confec­tion­né les re­pas l’été der­nier sur « Cam­ping 3 ». « Quand on part trois ou six mois avec une équipe, ce qui compte, c’est la qua­li­té, mais aus­si la va­rié­té des me­nus », pré­cise l’in­té­res­sé.

Lui connaît tous les goûts des stars. Et leur de­mandes spé­ci­fiques. Celles des ac­trices ou ac­teurs au ré­gime : Si­gour­ney Wea­ver « qui sur­veillait sa ligne » et ava­lait « son ome­lette blanche, sans pro­téine » sur le tour­nage de « la Jeune fille et la Mort », Scar­lett Jo­hans­son, à l’ome­lette elle aus­si sur « Lu­cy », Mor­gan Free­man « qui ne man­geait que du thon », Chan­tal Lau­by « qui se nour­rit sans glu­ten », ou en­core Ro­bert De Ni­ro, « ex­clu­si­ve­ment aux oeufs durs » pen­dant le tour­nage de « Ma­la­vi­ta ». Avec Gé­rard De­par­dieu, c’est autre chose ! « Quand il est au ré­gime, c’est sou­vent tout pois­son, ou alors tout filet de boeuf, mais il vient tou­jours au ca­mion dis­cu­ter pro­duits du ter­roir. Un très brave type, très sym­pa­thique », ap­pré­cie Gilles Gou­tal. Comme lui, Cha­brol, Lan­vin, Lu­chi­ni, Phi­lippe Noi­ret et des di­zaines d’autres ont tou­jours ap­pré­cié ses plats mi­ton­nés l’hi­ver ou ses grillades en été.

Ses plus vi­vaces sou­ve­nirs sont liés aux dé­pla­ce­ments loin­tains. « Les Bron­zés 3 » en Sar­daigne avec la bande à Ju­gnot. Six mois au Viêt Nam « à cou­rir » avec Jean-Jacques An­naud pour « l’Amant ». « On fai­sait de la cui­sine fran­çaise et des re­pas viet­na­miens sur le bord du fleuve à Sai­gon ». Ou « le Ja­guar », avec Pa­trick Bruel et Jean Re­no, en Amé­rique du Sud : « Les In­diens nous li­vraient le pois­son en pi­rogue. Et le soir, on jouait au po­ker avec les ac­teurs. Entre Fran­çais du bout du monde ». Mais seule­ment après avoir re­mi­sé le bar­num et ré­cu­ré les ga­melles — l’or­di­naire d’un cui­si­nier no­made.

« Quand De­par­dieu est au ré­gime, c’est sou­vent tout pois­son, ou alors tout filet de boeuf »

VI­DÉO

le­pa­ri­sien.fr Les pe­tites anec­dotes des hommes de l’ombre du show­biz Contrai­re­ment à ce que nous avons écrit hier, dans le pré­cé­dent vo­let de notre sé­rie « Dans l’ombre des stars » consa­cré au pro­gram­ma­teur Jacques San­chez, ce der­nier ne tra­vaille pas pour l’émis­sion « On n’est pas cou­ché », sur France 2. Une confu­sion re­gret­table ef­fec­tuée dans la lé­gende pho­to de l’ar­ticle, et qui n’est pas du fait de Jacques San­chez.

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