N

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos recueillis par FLO­RENCE MÉRÉO

Jean-Jacques Rous­seau les avait certes dé­pous­sié­rées en 1782 dans une au­to­bio­gra­phie qui porte leur nom, mais les confes­sions en­va­hissent au­jourd’hui nos écrans et nos ra­dios. Le psy­chiatre et psy­cha­na­lyste Sa­muel Le­pas­tier ana­lyse ce phé­no­mène, dans l’ou­vrage qu’il a di­ri­gé, pa­ru en 2013*. La confes­sion semble avoir dé­pas­sé les fron­tières du re­li­gieux. Po­li­tiques, people, spor­tifs… tous ou presque par­ti­cipent à des émis­sions où le but est de li­vrer leurs se­crets les plus in­times… SA­MUEL LE­PAS­TIER. La té­lé, qui fa­vo­rise l’in­time et les gros plans sur les vi­sages, a per­mis au phé­no­mène du té­moi­gnage de se dé­ve­lop­per. Sous pré­texte de té­moi­gner, les po­li­tiques ont pro­gres­si­ve­ment com­men­cé à ra­con­ter une par­tie de leur vie. Beau­coup ont vou­lu ex­pli­quer en quoi leur des­tin était ex­tra­or­di­naire, quitte à men­tir. C’est ce qu’on ap­pelle le sto­ry tel­ling. Ces confes­sions ont pris de l’am­pleur et sont de­ve­nues d’au­tant plus à la mode que les po­li­tiques comme les ar­tistes ou les ano­nymes pré­fèrent pré­cé­der ce qui peut se dire d’eux sur In­ter­net que de le su­bir. La confes­sion dé­passe au­jourd’hui lar­ge­ment le cadre re­li­gieux ou la confi­den­tia­li­té d’un ca­bi­net de psy­chiatre. Agit-elle sur le mo­ral ? Oui, car, comme pour la confes­sion re­li­gieuse, on at­tend de la confes­sion laïque une ac­cep­ta­tion par ce­lui qui l’en­tend de ce que l’on est. Il peut y avoir un vé­ri­table soulagement à par­ler de soi, même à des in­con­nus, même à la té­lé ou à la ra­dio. Il se pro­duit une ab­réac­tion, c’est-à-dire une dé­charge de ce que l’on res­sent, grâce aux mots. Ce­la par­ti­cipe, si l’on est réel­le­ment trans­parent, à un tra­vail thé­ra­peu­tique. Le dan­ger est qu’on ne me­sure pas tou­jours les consé­quences de cette pa­role prise sans filet. C’est exac­te­ment comme la for­mule consa­crée : « Tout ce que vous di­rez pour­ra être re­te­nu contre vous. » Pour­quoi ai­mons-nous tant écou­ter les autres se confes­ser ? Parce que c’est, et no­tam­ment lors­qu’on écoute de gens connus, une fa­çon de rê­ver. Ce­la peut aus­si faire beau­coup de bien de s’iden­ti­fier à un autre et peut per­mettre de mettre des mots sur ses propres souf­frances. Au fond, il peut être ras­su­rant de voir des per­sonnes ex­pri­mer des fai­blesses. Mais il y a bien sûr un cô­té voyeur, voire sa­dique à tout ce­la. Ce­la peut-être une fa­çon de se mo­quer et de pro­fi­ter du mal­heur des autres.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.