Ajac­cio sous haute ten­sion

Une cen­taine d’ha­bi­tants scan­dant des slo­gans an­ti-arabes ont de nou­veau dé­fié les au­to­ri­tés hier. Le pré­fet va prendre un ar­rê­té d’in­ter­dic­tion de ma­ni­fes­ter dans le quar­tier vi­sé.

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - NI­CO­LAS JAC­QUARD AVEC MA­RION GAL­LAND (À AJAC­CIO)

UNE NOU­VELLE FOIS, le dis­po­si­tif po­li­cier a ra­pi­de­ment été dé­bor­dé. Hier, vers 15 h 30, une cen­taine de ma­ni­fes­tants ont réus­si à pé­né­trer dans le quar­tier des Jar­dins-del’Em­pe­reur, à Ajac­cio (Corse-duSud). Aux cris de « On est tou­jours là », les portes d’en­trée de trois halls d’im­meubles ont été bri­sées à coups de pierre par un ma­ni­fes­tant. Une porte de ga­rage a éga­le­ment été en­fon­cée, tan­dis que le cor­tège hur­lait des slo­gans comme : « Sales Arabes » ou : « Les Arabes de­hors », avant de quit­ter les lieux en di­rec­tion d’un autre quar­tier po­pu­laire de la ville, ce­lui de Saint-Jean. Une dé­lé­ga­tion a été re­çue par le pré­fet de Corse, Ch­ris­tophe Mir­mand, qui a an­non­cé qu’il al­lait prendre «dans la soi­rée» un ar­rê­té d’in­ter­dic­tion de ma­ni­fes­ter dans le quar­tier tou­ché par ces actes de vio­lence. La veille, dé­jà, un pre­mier ras­sem­ble­ment avait dé­gé­né­ré. Ini­tia­le­ment, 600 per­sonnes s’étaient ras­sem­blées dans le calme, ven­dre­di en fin d’après-mi­di de­vant la pré­fec­ture.

La foule pro­tes­tait contre l’agres­sion, la nuit pré­cé­dente, d’un équi­page de pom­piers ap­pe­lés pour éteindre un dé­but d’in­cen­die aux Jar­dins-de-l’Em­pe­reur. Les quatre sol­dats du feu, dont une femme, avaient alors été pris à par­tie par une quin­zaine de jeunes. Les vitres du ca­mion d’in­ter­ven­tion avaient écla­té sous les coups por­tés par des clubs de golf.

Par­mi les 600 ma­ni­fes­tants, on comp­tait aus­si bien de simples ri­ve­rains que des militants na­tio­na­listes, mais aus­si des membres d’un grou­pus­cule d’ex­trême droite, Vi­gi­lance na­tio­nale corse (VNC). A l’image des Ca­lai­siens en co­lère, ce mou­ve­ment ap­pa­ru très ré­cem­ment sur la scène corse est lar­ge­ment consti­tué de militants iden­ti­taires. Un groupe de 200 per­sonnes s’est alors dé­ta­ché du reste de la ma­ni­fes­ta­tion pour se rendre, en dé­but de soi­rée ven­dre­di, aux Jar­dins-de-l’Em­pe­reur, à la re­cherche des au­teurs de l’agres­sion. « Il faut les tuer, il faut les tuer », a scan­dé la foule, une vé­ri­table « chasse à l’homme », se­lon les mots de « Corse-Ma­tin », étant lan­cée. Plu­sieurs ma­ni­fes­tants ont pé­né­tré dans des ap­par­te­ments à la re­cherche de cou­pables po­ten­tiels. Dans le même temps, des « mar­rons de terre », éga­le­ment ap­pe­lés « bombes agri­coles », ex­plo­saient dans les halls d’im­meuble, sous les vi­vats de la foule. C’est en­suite que cer­tains ma­ni­fes­tants se sont ren­dus aux li­sières du quar­tier pour y sac­ca­ger une salle de prière, brû­lant par­tielle- ment des exem­plaires du Co­ran trou­vés à l’in­té­rieur.

Un res­tau­rant ke­bab, ins­tal­lé non loin du tri­bu­nal, a lui aus­si fait les frais de cette vin­dicte po­pu­laire. « On m’a me­na­cé, me criant : Si tu rouvres, on re­vient », a té­moi­gné le pro­prié­taire du com­merce, se sen­tant obli­gé de pré­ci­ser qu’il était ch­ré­tien. « Com­ment je fais main­te­nant ? in­ter­ro­geait-il hier. J’ai des cré­dits, une femme, deux en­fants et un troi­sième à naître… » Sur place, de nom­breux ha­bi­tants condam- naient ces at­taques ra­cistes, tout en se di­sant pro­fon­dé­ment cho­qués par le vé­ri­table « guet-apens » ayant vi­sé les pom­piers, une pre­mière dans l’île. De­puis le dé­but de la se­maine, les po­li­ciers avaient no­té une ac­ti­vi­té in­ha­bi­tuelle dans le quar­tier. La veille de Noël, les ser­vices mu­ni­ci­paux avaient ain­si éva­cué « près de 400 pa­lettes de bois, une tonne de pneus et un en­gin in­cen­diaire », dont les forces de l’ordre pen­saient qu’ils étaient sto­ckés là en vue d’être in­cen­diés cette fin d’an­née. Si le dé­but de soi­rée de jeu­di a été calme, les vio­lences ont com­men­cé vers 1 heure du ma­tin ven­dre­di. « On a vrai­ment frô­lé la ca­tas­trophe, il au­rait pu y avoir des morts », a ain­si confié l’un des sol­dats du feu agres­sés sur i>té­lé.

Le même a ra­con­té que, dans un pre­mier temps, ses col­lègues et lui sont tom­bés nez à nez avec cin­quante à soixante in­di­vi­dus qui se trou­vaient au­tour d’un feu et leur ont lan­cé des pro­jec­tiles. En­suite, alors qu’ils re­brous­saient che­min, leur vé­hi­cule a été at­ta­qué par un groupe d’une ving­taine de per­sonnes « ar­mées de barres de fer, de battes de base-ball, ca­gou­lés. Se­lon plu­sieurs sources, une telle at­taque sur des pom­piers, par­ti­cu­liè­re­ment res­pec­tés en Corse pour leurs ac­tions contre les feux de fo­rêt, est une pre­mière. « C’est un tout pe­tit groupe de jeunes », nuan­çait Meh­di, un ha­bi­tant du quar­tier vi­sé. « Les pa­rents aban­donnent, le pro­blème, c’est l’édu­ca­tion. Mais nous, nous vou­lons tous vivre en­semble, sans pro­blème. »

@ni­co­jac­quard Mé­nard, maire de Bé­ziers (Hé­rault) élu avec le sou­tien du FN, a cri­ti­qué le fait que la messe de Noël à la De­vèze, une des églises de la ville, se soit te­nue sous la « pré­ten­due pro­tec­tion » de fi­dèles mu­sul­mans. Dans un com­mu­ni­qué pu­blié sur la page Fa­ce­book de la ville, Ro­bert Mé­nard s’en prend à ce qu’il nomme des « pa­trouilles mu­sul­manes » et an­nonce qu’il va sai­sir la pré­fec­ture.

Ajac­cio (Corse-du-Sud), hier. Après les échauf­fou­rées sur­ve­nues ven­dre­di, les ma­ni­fes­tants ont à nou­veau crié leur co­lère.

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