Ils com­battent les crimes de l’art

Les équipes de l’Of­fice cen­tral de lutte contre le tra­fic de biens cultu­rels, qui fête ses 40 ans, traquent les vo­leurs d’ob­jets d’art comme les faus­saires, en France et à l’étran­ger.

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - STÉ­PHANE SEL­LA­MI

C’EST UN SER­VICE de po­lice pas comme les autres. Car ceux qui en font par­tie se sont spé­cia­li­sés dans les « crimes de l’art »… Les hommes de l’Of­fice cen­tral de lutte contre le tra­fic de biens cultu­rels (OCBC), rat­ta­ché à la Di­rec­tion cen­trale de la po­lice ju­di­ciaire (DCPJ), traquent vo­leurs, faus­saires, re­ce­leurs.

A leur ac­tif fi­gurent par­mi les plus re­ten­tis­santes af­faires d’es­cro­que­ries ou de vols liées au monde, si feu­tré, de l’art. « On ne vient pas chez nous par ha­sard, rap­pelle le com­man­dant Co­rinne Char­trelle, di­rec­trice ad­jointe de l’OCBC. Même si la plu­part n’ont pas sui­vi d’études dans le do­maine de l’art, il faut une ap­pé­tence, un goût pour tout ce qui se rap­porte à cette ma­tière. » Ces « en­quê­teurs es­thètes » mènent une vé­ri­table « chasse au tré­sor » en France, mais aus­si à l’étran­ger, où leurs in­ves­ti­ga­tions les mènent par­fois.

Car le tra­fic d’oeuvres d’art ne se li­mite ja­mais aux fron­tières d’un pays. Pour preuve, l’une des af­faires les plus re­ten­tis­santes élu­ci­dées par l’OCBC — le vol d’un Mo­net, « Im­pres­sion, so­leil le­vant », en 1985, au mu­sée Mar­mot­tan — a conduit, deux ans plus tard, ses en­quê­teurs jus­qu’au Ja­pon, avant de se conclure en Corse…

De plus en plus d’échanges sur In­ter­net

Forts de leur re­dou­table base de don­nées, bap­ti­sée Trei­ma — re­cen­sant de­puis 1995 près de 95 000 pièces vo­lées — (lire ci-des- sous), les 25 po­li­ciers et gen­darmes de l’OCBC in­ves­tissent les lieux de vente, ar­pentent les sa­lons spé­cia­li­sés et mul­ti­plient les clics sur la Toile afin de re­mon­ter la piste de leurs sus­pects. Car, même si les ventes « sous le man­teau » de­meurent, vo­leurs et re­ce­leurs « échangent » via In­ter­net. « Les pre­miers contacts sont pris sur le Web avant de se concré­ti­ser, note un po­li­cier. Il y a aus­si beau­coup de pe­tites oeuvres qui sont écou­lées sur des sites de vente en ligne. C’est une réa­li­té. »

Par ailleurs, les ré­cents pillages de sites ar­chéo­lo­giques en Irak et en Syrie pour fi­nan­cer les ac­ti­vi­tés ter­ro­ristes de Daech pour­raient aus­si bien­tôt faire l’ob­jet de toute l’at­ten­tion des en­quê­teurs de l’OCBC. « Pour l’heure, nous n’avons pas été sai­sis d’une af­faire liée à ce type de pillage, rap­pelle Co­rinne Char­trelle. Mais ça ne veut pas dire que ça n’existe pas et que cer­taines oeuvres ain­si vo­lées ne se re­trouvent pas en Eu­rope. Tout le monde en parle, mais en­core faut-il pou­voir l’éta­blir. Nous tra­vaillons sur des faits avé­rés. » En­fin, les en­quê­teurs de l’OCBC gardent tou­jours es­poir de re­mettre la main sur des oeuvres de­puis trop long­temps dé­ro­bées au re­gard du grand pu­blic. A l’image de cette toile de Co­rot, « le Che­min de Sèvres », vo­lée en 1998 au Louvre. Ou bien en­core de ces treize ta­bleaux — dont trois Rem­brandt, un Ver­meer, trois De­gas et un Ma­net — dé­ro­bés dans la nuit du 18 mars 1990 dans le mu­sée Isa­bel­la Ste­wart Gard­ner à Bos­ton (Etats-Unis). Un au­da­cieux bra­quage com­mis par deux faux po­li­ciers et dont le pré­ju­dice, es­ti­mé à près de 457 M€, consti­tue le plus im­por­tant au monde pour un vol d’oeuvres d’art…

(AFP/Va­ni­na Lucchesi.)

« Al­lée de peu­pliers aux en­vi­rons de Mo­ret-sur-Loing », l’oeuvre de l’im­pres­sion­niste Al­fred Sis­ley, a été dé­ro­bé trois fois en trente ans.

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