« Ils dé­robent ou co­pient ce qui est à la mode »

Le Parisien (Paris) - - ACTUALITÉ - Pro­pos recueillis par ST.S.

EN POSTE de­puis onze ans, la di­rec­trice ad­jointe de cet of­fice unique en son genre re­vient sur ses 40 ans d’his­toire et ses mis­sions. Pour­quoi un tel of­fice a-t-il été créé ? CO­RINNE CHAR­TRELLE. L’OCBC a vu le jour en 1975. A l’époque, il s’ap­pe­lait OCRVOOA (Of­fice cen­tral pour la ré­pres­sion du vol d’oeuvres et ob­jets d’art). Il a été mis en place alors que les vols dans les églises étaient en pleine re­cru­des­cence. Ce­la coïn­ci­dait aus­si avec le dé­but de la créa­tion des prin­ci­paux of­fices cen­traux de la po­lice ju­di­ciaire. Nous sommes au­jourd’hui sai­sis ou co­sai­sis avec un autre ser­vice de po­lice ju­di­ciaire pour tous les faits de vols d’oeuvres d’art chez les par­ti­cu­liers ou au sein d’ins­ti­tu­tions cultu­relles. Nous en­quê­tons éga­le­ment sur les phé­no­mènes ré­cur­rents comme, par exemple, la sé­rie de vols de cornes de rhi­no­cé­ros que nous avons connus il y a quatre ans en France et en Eu­rope. Notre ex­per­tise est aus­si sol­li­ci­tée à l’étran­ger. En­fin, de­puis 2009, nous sommes com­pé­tents en ma­tière de faux de toutes oeuvres ar­tis­tiques. Quelles sont les « ten­dances » en ma­tière de vols d’oeuvres d’art ? Les vo­leurs ou les faus­saires sui- vent les ten­dances du mar­ché. Donc, ils dé­robent ou co­pient ce qui est à la mode. Dans les an­nées 1990-1995, nous re­cen­sions en­vi­ron 9 000 vols d’oeuvres d’art de tout type. Ils ont di­mi­nué pro­gres­si­ve­ment, pour at­teindre le chiffre de 900 ac­tuel­le­ment. Au­jourd’hui, les vols d’im­por­tance dans les grands mu­sées ont qua­si­ment dis­pa­ru. En re­vanche, nous trai­tons dé­sor­mais les faux dits de masse, que l’on peut qua­li­fier de « gros­siers » car pro­duits en sé­rie en Asie avant d’être re­ven­dus sur In­ter­net ou chez des pe­tits bro­can­teurs. Un ar­tiste comme De­me­ter Chi­pa­rus ( NDLR : sculp­teur rou­main de l’époque Art dé­co dans les an­nées 1920) est très co­pié, par exemple. Nous avons eu aus­si af­faire à des faus­saires très ins­pi­rés tels que l’Al­le­mand Wolf­gang Bel­trac­chi. Il a re­ven­du des cen­taines de ta­bleaux qu’il est par­ve­nu à faire pas­ser pour des oeuvres au­then­tiques. Il se fai­sait no­tam­ment pho­to­gra­phier avec sa com­pagne en cos­tume d’époque, afin de faire croire à ses ache­teurs que l’oeuvre était dans sa famille de­puis des dé­cen­nies… Quelles sont les af­faires qui vous ont le plus mar­quée ? Un des dos­siers les plus em­blé­ma­tiques pour moi reste le bra­quage du mu­sée des Beaux-Arts Jules-Ché­ret à Nice (Alpes-Ma­ri­times) au mois d’août 2007. A l’époque, cinq hommes ar­més et mas­qués s’étaient em­pa­rés de quatre ta­bleaux : « Al­lée de peu­pliers aux en­vi­rons de Mo­ret-sur-Loing » d’Al­fred Sis­ley (lire ci-contre), « Fa­laise de Fé- camp » de Claude Mo­net et deux oeuvres de Jan Brue­ghel de Ve­lours. ( NDLR : pour un pré­ju­dice de près de 22 M€). Nous avons mis dix mois pour re­mon­ter la piste des au­teurs de ce vol au­da­cieux. Ils ont été in­ter­pel­lés à Mar­seille mais aus­si à Mia­mi aux Etats-Unis, où une par­tie des ta­bleaux de­vait être re­ven­due… Cette en­quête a été exal­tante. Et puis, plus ré­cem­ment, il y a évi­dem­ment l’af­faire des cols rouges de Drouot. A mon ar­ri­vée à l’OCBC, j’avais en­ten­du par­ler des mé­thodes de ces ma­nu­ten­tion­naires, of­fi­ciant au sein de l’hô­tel des ventes. Nous avons fi­na­le­ment réus­si à éta­blir les mul­tiples faits de vols dont ils étaient soup­çon­nés de­puis des an­nées. Cette en­quête a fi­na­le­ment abou­ti à la sai­sie de plu­sieurs tonnes de mar­chan­dises, plus de 120 gardes à vue, et à la dis­pa­ri­tion d’une cor­po­ra­tion.

« Nous trai­tons dé­sor­mais les faux dits de masse que l’on peut qua­li­fier

de gros­siers »

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