« Je ne me prends pas pour une star »

Cheikh N’Doye est la ré­vé­la­tion de la pre­mière par­tie de sai­son en Ligue 1. Le ca­pi­taine d’An­gers vit cette no­to­rié­té in­at­ten­due avec dis­tance.

Le Parisien (Paris) - - SPORTS - Pro­pos recueillis par FRANCK GINESTE

AÉ­RO­PORT D’OR­LY, lun­di. En par­tance pour Da­kar, les va­lises char­gées de dix bal­lons pour le club de ses dé­buts à Ru­fisque, Cheikh N’Doye est presque gê­né quand des com­pa­triotes veulent le sa­luer ou prendre une pho­to. Connu au pays, le grand (1,92 m) Sé­né­ga­lais a ex­plo­sé aux yeux de la France du football. Ré­vé­la­tion de la sai­son à 29 ans, le ca­pi­taine d’An­gers, sur­pre­nant pro­mu et 3e de Ligue 1, jouait en… CFA (4e division) en 2009 quand il a dé­bar­qué à Epi­nal. Ar­ri­vé libre de Cré­teil (L 2) en juin et cour­ti­sé par les clubs an­glais, le mi­lieu dé­fen­sif vau­drait entre 10 et 15 M€. Mais pas de quoi faire tour­ner la tête de cet homme aus­si im­po­sant sur le ter­rain que ré­ser­vé dans la vie. Si on vous avait dit en ar­ri­vant à Epi­nal que vous se­riez la ré­vé­la­tion de la Ligue 1 cinq ans plus tard, l’au­riez-vous cru ? CHEIKH N’DOYE. Il faut tou­jours croire en soi. Je connais mes qua­li­tés et je sa­vais ce que je de­vais faire pour y ar­ri­ver. Mais il ne faut pas se la ra­con­ter parce que les gens disent que je suis la ré­vé­la­tion. Tout peut al­ler vite. Au­jourd’hui, on parle de Cheikh N’Doye, mais de­main, qui sait ? Com­ment avez-vous pris le fait d’être nom­mé ca­pi­taine dès votre ar­ri­vée à An­gers ? Se­rei­ne­ment. Je ne m’y at­ten­dais pas, mais je me sen­tais prêt. Je n’ai pas chan­gé parce que je suis ca­pi­taine. A Cré­teil, j’avais l’ha­bi­tude d’en­cou­ra­ger mes par­te­naires. Vous re­con­naît-on dans la rue, dé­sor­mais ? Je ne sors pas beau­coup de chez moi. Les gens me voient à la té­lé, ra­re­ment de­hors. Il faut sa­voir ce que tu veux. Je suis par­ti du pays pour tra­vailler et jouer au foot, je ne me consacre qu’à ça. Quel est le se­cret de la réus­site d’An­gers ? C’est la dalle an­ge­vine ! On dé­fend en­semble, on at­taque en­semble ! Notre force, c’est notre énorme so­li­da­ri­té. On est prêts à mou­rir pour le par­te­naire. Après, on n’a pas en­core at­teint l’ob­jec­tif du main­tien. On joue tou­jours la 17e place. Quelles images fortes gar­dez-vous de ces pre­miers pas en Ligue 1 ? Il y a des matchs qui res­te­ront gra­vés à ja­mais. Je pense à la vic­toire à Mar­seille (2-1 le 27 sep­tembre), même si j’étais sus­pen­du et en tri­bunes. Faire 0-0 contre Pa­ris (le 1er dé­cembre), c’était aus­si vrai­ment très fort. Etiez-vous im­pres­sion­né de vous re­trou­ver face à Ibra et consorts ? Non. Ce sont des êtres hu­mains comme moi. A An­gers, on dé­couvre la Ligue 1 pour la plu­part, et c’est énorme de ren­con­trer ces joueurs-là, mais une fois sur le ter­rain, tu ou­blies tout ça. Ils étaient un peu éner­vés pen­dant le match car ils ne trou­vaient pas la so­lu­tion, mais ils ont été cools après. J’ai échan­gé des maillots avec Ca­va­ni et Da­vid Luiz. Au Sénégal, vous consi­dère-ton comme une star ? For­cé­ment, quand ta famille et tes connais­sances te voient à la té­lé­vi­sion tout le temps, elles sont fières. Mais je ne me prends pas pour une star. Peu­têtre que les gens me voient beau, moi, je reste tou­jours le même. Rien n’a chan­gé. Vous êtes ve­nu en Eu­rope pour ai­der votre famille ? Pour réus­sir, ga­gner ma vie, ai­der ma famille et mes proches. Je conti­nue à le faire comme à Cré­teil. Mon père est dé­cé­dé, j’ai en­core ma mère, mes frères et soeurs. Mais je ne peux même pas dire com­bien j’en ai car je suis né dans une famille po­ly­game. Et si vous n’aviez pas per­cé dans le football ? J’au­rais conti­nué mon bou­lot de me­nui­sier. Je l’ai fait pen­dant cinq ans, et je pre­nais du plai­sir. Votre pro­fil plaît aux clubs an­glais. Pen­sez-vous fi­nir là-bas ? Je ne me fo­ca­lise pas là-des­sus. Quand tu re­gardes les matchs à la té­lé en Afrique, tu rêves d’al­ler en Eu­rope et jouer au plus haut ni­veau. En Pre­mier League, en Ligue 1, en Bun­des­li­ga, en Se­rie A… Un dé­part cet hi­ver est-il en­vi­sa­geable ? Je n’en sais rien. Je suis sous contrat avec An­gers jus­qu’en 2017. Je me pré­pare pour les matchs de jan­vier, je ne pense pas à autre chose. Je laisse les gens par­ler. On ver­ra au mo­ment où une pro­po­si­tion se pré­sen­te­ra. Com­ment faites-vous pour gar­der les pieds sur terre ? Je sais d’où je viens. Au dé­but, avec Epi­nal, je jouais en DH (1er ni­veau ré­gio­nal, 6e na­tio­nal). Je ne vais pas avoir la grosse tête parce qu’on parle de moi au­jourd’hui, même si je suis très fier de moi. Par­fois, quand je me re­tourne sur mon par­cours, ça me fait pleu­rer. J’ai vé­cu des mo­ments très durs. Quand je pars pour Épi­nal, je ne sais même pas où ça se si­tue. Un mois après mon ar­ri­vée, je vois la neige pour la pre­mière fois. Mais j’étais pré­pa­ré à ça. Rien n’est fa­cile dans la vie. Il faut en pas­ser par là pour gran­dir. Que di­riez-vous à un ga­min de Ru­fisque qui veut suivre votre exemple ? Tra­vaille ! Sois dis­ci­pli­né et at­ten­tif ! Ecoute les grands ! Je vais par­ler aux jeunes. Ils voient ce que je fais, même si ce n’est pas grand­chose, et ils se rendent compte qu’ils peuvent aus­si y ar­ri­ver. Il suf­fit d’y croire.

« Peut-être que les gens me voient beau, moi, je reste tou­jours le même »

Né le 29 mars 1986 (29 ans) à Ru­fisque (Sénégal). 1,92 m Club : An­gers (Ligue 1). Clubs pré­cé­dents : Epi­nal (2011-2012) ; Cré­teil-Lu­si­ta­nos (2012-2015). 16 matchs joués en Ligue 1, 5 buts.

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