« Jouer, c’est une fier­té »

A 90 ans, Mi­chel Bou­quet re­vient sur scène dans « A tort et à rai­son », une pièce qui, se­lon lui, fait écho aux at­ten­tats du 13 no­vembre.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - CA­THE­RINE BALLE

IL HAUSSE les épaules lors­qu’on lui de­mande com­ment il va. Et as­sure préférer don­ner des in­ter­views avec ses deux par­te­naires « pour ne pas dire trop de bê­tises ». Mais mal­gré la fa­tigue, Mi­chel Bou­quet, qui a fê­té ses 90 ans le 6 no­vembre, parle tou­jours dans une langue pré­cise et élé­gante. Pour la pre­mière fois de­puis 2010, le co­mé­dien monte sur scène avec une autre pièce que « Le roi se meurt ». Au Théâtre Hébertot (Pa­ris XVIIe), il joue « A tort et à rai­son », dans la­quelle il in­carne le chef d’or­chestre Wil­helm Furtwän­gler, ac­cu­sé en 1946 par un com­man­dant amé­ri­cain d’avoir col­la­bo­ré avec les na­zis parce qu’il avait ser­ré la main de Hit­ler.

Cette pièce, écrite par Ro­nald Har­wood (scé­na­riste du film « le Pia­niste » et du « Sca­phandre et le Pa­pillon »), Mi­chel Bou­quet l’avait dé­jà in­ter­pré­tée entre 1999 et 2001 avec Claude Bras­seur. « De­puis que j’ai ar­rê­té de la jouer, elle n’a ces­sé de m’in­ter­ro­ger », ex­plique l’ac­teur. Avant de s’ins­tal­ler à Hébertot, il en a don­né une sé­rie de re­pré­sen­ta­tions en tour­née. « Ce qui m’a frap- pé, c’est que ce texte parle de ce qui s’est pas­sé le 13 no­vembre », sou­ligne-t-il. Si « A tort et à rai­son » fait se­lon lui écho avec les at­ten­tats, c’est parce que la pièce parle aus­si d’une « tra­gé­die ab­surde, ignoble, qui peut as­saillir n’im­porte qui à n’im­porte quel mo­ment, sans cause ni rai­son ». « La tra­gé­die ac­com­pagne l’in­di­vi­du sans que ce­lui-ci sache qu’elle l’ac­com­pagne », pour­suit l’ac­teur.

C’est Ju­liette Car­ré, co­mé­dienne et épouse de Mi­chel Bou­quet, qui a eu l’idée de re­jouer ce drame. « On était quatre à table, le met­teur en scène Georges Wer­ler, Fran­cis (NDLR : Lom­brail, co­mé­dien et di­rec­teur du Théâtre Hébertot), Mi­chel et moi, ra­conte-t-elle. Je trou­vais que Fran­cis fai­sait amé­ri­cain, et j’étais sûre qu’il in­car­ne­rait ad­mi­ra­ble­ment le rôle du com­man­dant. » Mi­chel Bou­quet a ac­cep­té parce que, se­lon lui, celle qui est sa femme de­puis qua­rante-cinq ans « a le don di­vi­na­toire ». Le co­mé­dien avoue d’ailleurs que c’est sou­vent son épouse qui a pré­si­dé à ses choix de car­rière.

« Ce mon­sieur ne vou­lait pas jouer Mit­ter­rand ni Re­noir, c’est moi qui lui ai dit de le faire », confirme Ju­liette Car­ré, en fai­sant al­lu­sion au « Pro­me­neur du Champ-de­Mars » de Ro­bert Gué­di­guian et à « Re­noir » de Gilles Bour­dos, dans les­quels Mi­chel Bou­quet est su­blime. « J’au­rais pu faire un film, c’est moins dur, sou­ligne Bou­quet. C’est dur d’avoir des forces pour mon­ter sur scène. » « C’est très trau­ma­ti­sant avant. Pen­dant, pas tou­jours », pré­cise-t-il en­suite. Car si « A tort et à rai­son » s’avère « moins phy­sique » que « Le roi se meurt », cette pièce est « très contrai­gnante, parce que le tra­gique doit être par­fai­te­ment contrô­lé ».

« C’est un de­voir vis-à-vis

de l’au­teur et du spec­ta­teur »

Mi­chel Bou­quet as­sure qu’il « ré­ap­prend le texte tous les jours », car « il ne de­vient de plus en plus clair qu’après un long ef­fort et une longue pra­tique ». Pour­quoi se pro­dui­til sur les planches à son âge ? « Ce n’est pas un plai­sir, c’est une fier­té, as­sure le co­mé­dien. C’est comme une ba­taille, on y va de bon coeur. Et c’est un de­voir vis-à-vis de l’au­teur et du spec­ta­teur. » Cette fois-ci en­core, Bou­quet par­tage la scène avec son épouse « parce qu’[il] l’aime énor­mé­ment comme ac­trice ».

Dans les mois qui viennent, l’ac­teur a « une pro­po­si­tion im­por­tante au ci­né­ma » avec Jean-Pierre Lar­cher, qui a réa­li­sé un do­cu­men­taire sur Bou­quet in­ti­tu­lé « le Temps des ver­tiges ». Le temps de s’ar­rê­ter de jouer n’est tou­jours pas ve­nu pour l’ac­teur.

au Théâtre Hébertot (Pa­ris XVIIe). Du mer­cre­di au sa­me­di à 21 heures et le di­manche à 17 heures. Places : de 10 à 50 € (jus­qu’à 65 € le 31 dé­cembre). Ré­ser­va­tions sur www.thea­tre­he­ber­tot.com ou au 01.43.87.23.23.

(Lot.)

Mi­chel Bou­quet (à droite avec Fran­cis Lom­brail) avait dé­jà joué « A tort et à rai­son » entre 1999 et 2001.

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