Walt le gé­nie, Dis­ney le ty­ran

Le Parisien (Paris) - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - AY­ME­RIC RE­NOU

ARTE, 20 H 50. Il a bâ­ti un em­pire du di­ver­tis­se­ment au­jourd’hui en­core l’un des plus puis­sants du monde. La sor­tie de l’épi­sode 7 de la sa­ga « Star Wars » (ob­te­nue avec le ra­chat pour plus de 4 Mds$ de Lu­cas­film en 2012) est le der­nier fait d’armes d’une so­cié­té fon­dée en 1923 par un jeune des­si­na­teur amé­ri­cain à l’am­bi­tion dé­bor­dante.

Un très long do­cu­men­taire en deux par­ties (quatre heures en tout), si­gné Sa­rah Colt et dif­fu­sé ce soir sur Arte, dis­sèque avec force dé­tails, té­moi­gnages et images d’époque la vie de Walt Dis­ney. Ap­prou­vé par ses hé­ri­tiers et la famille Dis­ney, le film réus­sit à ne pas tom­ber dans les écueils d’une ha­gio­gra­phie trop lisse et pro­prette pour être to­ta­le­ment hon­nête. Car si le père de Mi­ckey était un gé­nie de la créa­tion ci­né­ma­to­gra­phique, il di­ri­geait ses af­faires et son en­tre­prise d’une main de fer.

« La plu­part des gens qui ont du suc­cès ne font qu’une seule chose dans leur vie, ex­plique Eric Smoo- din, his­to­rien du ci­né­ma. Walt Dis­ney en a réa­li­sé beau­coup. » La pre­mière idée de gé­nie, à la­quelle per­sonne ne croyait, fut celle d’in­tro- duire une bande-son syn­chro­ni­sée, une pre­mière à l’époque, à ses courts mé­trages met­tant en scène une pe­tite sou­ris. « Steam­boat », qui dé­barque au ci­né­ma en 1928, sub­jugue les spec­ta­teurs, im­pres­sion­nés par l’in­ven­ti­vi­té de ce jeune blanc-bec ve­nu de l’Amé­rique pro­fonde, au­tre­fois simple des­si­na­teur pu­bli­ci­taire à Kan­sas Ci­ty et dé­bar­qué à Los An­geles avec seule­ment 40 $ en poche. Per­sonne ne croyait non plus au suc­cès d’un long-mé­trage ani­mé. « Blan­cheNeige et les sept nains », sor­ti en 1937, pre­mier du genre en cou­leurs, fut une vé­ri­table ré­vo­lu­tion et le dé­but d’une longue sé­rie de suc­cès ci­né­ma­to­gra­phiques.

Em­ployés mal payés et sur­ex­ploi­tés

Dans sa quête de la per­fec­tion et de la créa­tion de mondes ima­gi­naires, Walt Dis­ney en ou­blie les hommes et les femmes qui tra­vaillent pour lui. C’est le cô­té sombre de l’homme, chef d’en­tre­prise pa­ter­na­liste et au­to­ri­taire. « Il tous­sait dans les cou­loirs pour pré­ve­nir de son ar­ri­vée, ra­conte ain­si un an­cien de la mai­son. Les em­ployés étaient pé­tri­fiés de sa­voir que le pa­tron ar­ri­vait et échan­geaient entre eux des L’homme est dans la fo­rêt !, l’une des ré­pliques de Bam­bi, si­gni­fiant que le dan­ger était proche. »

En 1941, une grève frappe la Walt Dis­ney Com­pa­ny. Les em­ployés, mal payés et sur­ex­ploi­tés, de­mandent à être mieux consi­dé­rés. Ob­tus, le pa­tron Dis­ney re­fuse en bloc, et s’échappe pour une tour­née en Amé­rique du Sud. Vain­cu, il au­ra la rancune te­nace et n’hé­si­te­ra pas sept ans plus tard à dé­non­cer les me­neurs syn­di­caux en les ac­cu­sant, de­vant une com­mis­sion sé­na­to­riale, d’ac­ti­visme com­mu­niste, un crime dans une Amé­rique qui s’en­gage alors sur la voie du mac­car­thysme.

Face au réel et à la vie so­ciale, Walt Dis­ney se prend à rê­ver à un monde idéa­li­sé et clos sur lui-même : un parc d’at­trac­tions thé­ma­ti­sé… Mort en dé­cembre 1966 d’un can­cer, le grand fu­meur Walt Dis­ney n’au­ra pas eu le temps de faire abou­tir Ep­cot, son pro­jet de ci­té idéale si­tuée en Flo­ride.

Bur­bank (Etats-Unis), vers 1940. Dans sa quête de la per­fec­tion, Walt Dis­ney en ou­blie les hommes et les femmes qui tra­vaillent pour lui.

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