« Ils veulent frap­per par­tout en même temps »

Le Parisien (Paris) - - TERRORISME - GEOF­FROY TOMASOVITCH

C’EST UN TÉ­MOI­GNAGE qui est pas­sé in­aper­çu en France. Et pour­tant, si Har­ry Sar­fo dit vrai, son ré­cit confirme les san­gui­naires des­seins du groupe Etat is­la­mique (EI) pour les pays eu­ro­péens. Se­lon ce ji­ha­diste al­le­mand qui a pas­sé en­vi­ron trois mois en Syrie dans les rangs de Daech, les fa­na­tiques ont une ob­ses­sion. « Ils veulent que quelque chose se passe par­tout en même temps », a-t-il as­su­ré aux ser­vices de ren­sei­gne­ment al­le­mands, comme l’a ré­vé­lé le jour­nal « Der Spie­gel ». Se­lon cet homme, qui as­pire au sta­tut de re­pen­ti et que les en­quê­teurs jugent plu­tôt cré­dible, l’EI sou­haite conti­nuer à ré­pandre le ji­had à tra­vers l’Eu­rope où il en­tend me­ner des at­taques si­mul­ta­nées. Dans son té­moi­gnage, Har­ry Sar­fo af­firme qu’on lui a de­man­dé, ra­pi­de­ment après son ar­ri­vée en Syrie, s’il pour­rait per­pé- trer un at­ten­tat en Al­le­magne. A plu­sieurs re­prises. Et les cadres de Daech cher­che­raient sans cesse à re­cru­ter et gal­va­ni­ser des ji­ha­distes eu­ro­péens pour les ren­voyer se­mer la ter­reur dans leur pays d’ori­gine.

Ra­di­ca­li­sé en pri­son

Né de pa­rents gha­néens et chré­tiens, Har­ry Sar­fo est de­ve­nu une fi­gure du ji­ha­disme après ses ap­pa­ri­tions sur des vi­déos de pro­pa­gande si­gnées Daech. Son iti­né­raire est as­sez clas­sique. Ori­gi­naire de Brème, il a gran­di dans des condi­tions dif­fi­ciles et au­rait ai­mé vivre au Gha­na et de­ve­nir in­gé­nieur dans la construc­tion. Dé­but 2010, Har­ry Sar­fo est im­pli­qué dans une af­faire de vol dans un su­per­mar­ché. Sanc­tion : deux ans de pri­son. En dé­ten­tion, il sym­pa­thise avec un sa­la­fiste en­dur­ci, « l’émir de Gro­pe­nin­gen », lui aus­si ori­gi­naire de Brème. A son contact, Har­ry Sar­fo se conver­tit, se ra­di­ca­lise et fait, une fois li­bé­ré, par­tie d’un groupe d’une quin­zaine de per­sonnes qui es­saient de ral­lier la Syrie. Il échoue. Sa se­conde ten­ta­tive est la bonne.

D’après son ré­cit, rap­por­té par « Der Spie­gel », le jeune Al­le­mand a été for­mé comme com­bat­tant. Il ra­conte avoir ef­fec­tué des marches for­cées, être res­té de­bout des heures sous le so­leil. Pen­dant ces en­traî­ne­ments, les faibles ou ceux qui flan­chaient étaient frap­pés ou en­fer­més. In­ci­té à gar­der son ka­lach­ni­kov en dor­mant, Har­ry Sar­fo pré­cise que son arme de­vait de­ve­nir son « troi­sième bras ». In­té­gré à une sorte d’es­couade spé­ciale, pro­mise au com­bat de rue, mai­son par mai­son, l’Al­le­mand va s’échap­per, réus­sis­sant à re­ga­gner Brème où il a été aus­si­tôt ar­rê­té. « Il a été trom­pé par la pro­pa­gande de Daech. Mon client veut de­ve­nir propre », sou­ligne son avo­cat, Udo Würtz. Reste cette ques­tion : l’ex-ji­ha­diste, cho­qué par les exac­tions qu’il dit avoir vues mais qu’il nie avoir per­pé­trées, es­til sin­cère ?

(DR.)

Né de pa­rents gha­néens et chré­tiens, Har­ry Sar­fo est de­ve­nu une fi­gure du ji­ha­disme après ses ap­pa­ri­tions sur des vi­déos de pro­pa­gande si­gnées Daech.

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