Les jeux s’in­vitent à la table

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - CLAU­DINE PROUST

« PEN­SEZ à prendre des jeux » : sur les ré­seaux so­ciaux, c’est la phrase qui fleu­rit dans les in­vi­ta­tions à la soi­rée de la Saint-Syl­vestre. Par­mi les plus cou­rus, le Time’s Up. Ce jeu, que les ma­ga­sins ont beau­coup ven­du à Noël, de­vrait lo­gi­que­ment se re­trou­ver dans nombre d’agapes. En trois manches, les convives doivent faire de­vi­ner des per­son­nages comme Ma­riah Ca­rey, Snoo­py ou Mar­cel Proust ! Pour la pre­mière manche, tous les mots et bruits sont per­mis pour faire de­vi­ner le nom fi­gu­rant sur une carte. Pour la deuxième, un seul mot est au­to­ri­sé pour chaque per­son­na­li­té. Pour la troi­sième, seuls les gestes vous fe­ront re­con­naître la per­sonne mi­mée par vos par­te­naires. Au rayon jouets, on trouve une mul­ti­tude de jeux de rôle, de de­vi­nettes, de mimes à moins de 20 €.

Parce qu’ils sont très en vogue, le site Jeux-2-soi­ree.com a aus­si fait sa sélection de jeux à or­ga­ni­ser le 31, par­faits pour « bri­ser la glace si les convives se connaissent peu ». Il donne la re­cette du Qui suis-je ? ou en­core du Ding­bat, un ré­bus géant dro­la­tique, par­fait pour se creu­ser les mé­ninges avant d’al­ler dan­ser. UN MÉ­DI­CA­MENT an­ti­mi­grai­neux soi­gne­ra-t-il de­main tous ceux qui ba­taillent avec la souf­france d’un grave trau­ma­tisme ? Agres­sion, ac­ci­dent, at­ten­tat : pas­sé le choc, les sé­quelles peuvent pa­ra­ly­ser la vie des vic­times long­temps, jus­qu’à les em­pê­cher de sor­tir de chez elles.

En cette fin 2015, alors que les consul­ta­tions après les at­ten­tats aug­mentent et que l’on peut pres­sen­tir un réel stress post-trau­ma­tique à ve­nir chez cer­tains sur­vi­vants du 13 no­vembre, cette piste étu­diée au sein d’un la­bo­ra­toire de re­cherche à Tou­louse offre un réel es­poir.

« Il ne s’agit pas d’une pi­lule de l’ou­bli », pré­cise d’em­blée le pro­fes­seur Phi­lippe Birmes, qui di­rige le la­bo­ra­toire du stress trau­ma­tique à l’uni­ver­si­té Paul-Sa­ba­tier et l’étude de phase 2 me­née sur plus de soixante pa­tients à Tou­louse, Lille et Tours. Il ne s’agit pas non plus d’un nou­veau mé­di­ca­ment. Le pro­pra­no­lol — c’est le nom de la mo­lé­cule — fait par­tie des an­ti­mi­grai­neux et an­ti­hy­per­ten­seurs, ven­dus de longue date mais in­ac­ces­sibles sans sui­vi mé­di­cal. « S’agis­sant d’un bê­ta­blo­quant, avec cer­taines contre-in­di­ca­tions sa pres­crip­tion ne peut être qu’en­ca­drée », pré­cise le psy­chiatre.

Moyen­nant quoi la mo­lé­cule, qui bloque cer­tains ré­cep­teurs du cer­veau, ré­vèle de sur­pre­nants pou­voirs d’at­té­nua­tion de la « vi­va­ci­té émo­tion­nelle », qui se ma­ni­fes­te­par une ma­rée de symp­tômes : des pal­pi­ta­tions à la pho­bie, en pas­sant par les suées, acou­phènes, troubles du som­meil et dé­pres­sion.

Cet ef­fet a été dé­cou­vert en 1990 par une équipe du CNRS qui cher­chait à élu­ci­der les mé­ca­nismes de conso­li­da­tion de la mé­moire. Tes­tant la mo­lé­cule sur des sou­ris, sou­mises à des sen­sa­tions désa­gréables dans un la­by­rinthe, les cher­cheurs ob­ser­vaient que les ron­geurs qui re­ce­vaient du pro­pra­no­lol ar­ri­vaient à re­par­tir en ex­plo­ra­tion, quand les autres res­taient pé­tri­fiées. Dix ans plus tard, des cher­cheurs ca­na­diens poin­taient le même ef­fet sur des vic­times d’agres­sions ou d’ac­ci­dents de la route, après une seule prise.

Pour al­ler plus loin, l’équipe de Phi­lippe Birmes mène, elle, un es­sai cli­nique éva­luant les ef­fets du pro­pra­no­lol com­pa­ré à un pla­ce­bo. Les pa­tients se rendent pour six séances à l’hô­pi­tal. La pre­mière fois, ils re­çoivent un com­pri­mé. Une heure et de­mie plus tard, le temps qu’il agisse sur le cer­veau « ils doivent ré­ac­ti­ver leur sou­ve­nir, écrire en une page, à la pre­mière per­sonne, ce qu’ils ont vé­cu : les faits et les émo­tions res­sen­ties. » Re­trans­crit en un script, ce ré­cit leur est sou­mis pour ré­ac­ti­ver le sou­ve­nir les cinq séances sui­vantes, tou­jours après 90 mi­nutes et un com­pri­mé, tan­dis que les mé­de­cins me­surent les ma­ni­fes­ta­tions de stress.

L’étude ne se­ra ter­mi­née que l’an­née pro­chaine. Mais ce trai­te­men­tef­fi­cace en 2008 sur sept vic­times tou­lou­saines de la ca­tas­trophe AZF sur­ve­nue en 2001, s’avère « plus pro­met­teur que des an­ti­dé­pres­seurs qui ne font qu’en­dor­mir le stress », juge le mé­de­cin.

Pal­pi­ta­tions, pho­bie,

suées, troubles du som­meil et dé­pres­sion

prin­cipe in­ter­dite à par­tir du 1er jan­vier, se­ra-t-elle ef­fec­tive ? La me­sure, qui évi­te­ra que 5 mil­liards de sacs ne se re­trouvent dans la na­ture chaque an­née, est ins­crite dans la loi sur la tran­si­tion éner­gé­tique pro­mul­guée en août. Le pro­blème, c’est que le dé­cret d’ap­pli­ca­tion, pré­voyant no­tam­ment les sanc­tions, n’est pas pu­blié et pour­rait être re­pous­sé d’ici trois mois. Se­lon le mi­nis­tère de l’Eco­lo­gie, la Com­mis­sion eu­ro­péenne de­mande en ef­fet des pré­ci­sions sur ce pro­jet de ré­gle­men­ta­tion.

(DR.)

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