A Té­hé­ran, il a joué les pion­niers

Leurs ex­pé­riences dé­pay­santes (1/5).

Le Parisien (Paris) - - SPORTS ILE-DE-FRANCE - J.L.

TÉ­HÉ­RAN, Bamako, Bey­routh, Tu­nis… Ces Fran­ci­liens ont choi­si de pra­ti­quer leur sport dans des contrées bien plus « exo­tiques » que Pa­ris. Jus­qu’à ven­dre­di, ils nous ra­content leurs ex­pé­riences dé­pay­santes. Pre­mier ré­cit au­jourd’hui : ce­lui du vol­leyeur in­ter­na­tio­nal Phi­lippe Bar­caCy­sique, qui a joué en Iran. IL A TOU­JOURS EU l’en­vie « d’être un étran­ger à l’étran­ger ». A une époque où la fuite des ta­lents n’était pas en­core la norme au volley, Phi­lippe Bar­ca-Cy­sique (38 ans) a été l’un des pion­niers. D’abord en Tur­quie, dans le grand Ga­la­ta­sa­ray Is­tan­bul, puis en Iran et aus­si sous le so­leil du Qa­tar. « J’au­rais pu par­tir dès 2006 mais mon fils, Noah, ve­nait de naître », ex­plique le joueur re­ve­nu cet été au Ples­sis-Ro­bin­son (Ligue B). Il re­join­dra fi­na­le­ment les bords du Bos­phore « avec femme et en­fant » trois ans plus tard. « Une belle ex­pé­rience » qui tranche avec celle qui sui­vra en Iran.

En dé­pit de pro­po­si­tions en France ou en Tur­quie, l’ex-in­ter­na­tio­nal tri­co­lore (103 sélections entre 2001 et 2006) ac­cepte en 2011 le contrat du Pay­kan Té­hé­ran, cham­pion en titre d’Iran. « J’ai hé­si­té, mais l’offre était in­té­res­sante, ex­plique le cham­pion de France 2005 (avec Cannes) et double cham­pion du Qa­tar 2013 et 2014. La dé­ci­sion était prise d’y al­ler seul. Pen­dant ces mois, je n’ai vu per­sonne de ma famille. Je n’avais pas In­ter­net et les fac­tures de té­lé­phone ont at­teint des som­mets… Ce qui est pa­ra­doxal, c’est qu’on re­ce­vait des chaînes de té­lé amé­ri­caines. Il y avait aus­si TV5 Monde, ça m’a sau­vé la vie (sic). »

Des épaves de chars d’as­saut au bord des routes

Lo­gé en pé­ri­phé­rie de Té­hé­ran, il prend d’abord le temps de vi­si­ter les lieux his­to­riques — comme « l’im­pres­sion­nante place de la Ré­vo­lu­tion ». Il ap­prend quelques mots de persan et son teint hâ­lé lui per­met de se fondre dans le dé­cor. « On me pre­nait pour un Ira­nien. Quand je ré­pon­dais, en an­glais, que j’étais fran­çais, les gens me di­saient que c’est un beau pays… mais qu’ils n’ai­maient pas le pré­sident. Je ne suis pas mu­sul­man mais ce­la n’a ja­mais été un pro­blème non plus. Les spor­tifs sont dans leur bulle, on nous laisse tran­quille. »

Mais le temps et l’en­vie de jouer les tou­ristes dis­pa­raissent vite. « Ve­nir en va­cances ou y res­ter sept mois, ce n’est pas pa­reil, ex­plique Bar­quette, son sur­nom. On jouait 2 à 3 matchs par se­maine, c’est un cham­pion­nat phy­sique, exi­geant, on est tou­jours en dé­pla­ce­ment. Quand tu as un jour de re­pos, tu restes chez toi. En plus, je n’avais pas de voi­ture. Il y avait un chauf­feur pour les deux étran­gers de l’équipe qui ve­nait nous cher­cher à l’ap­part pour nous em­me­ner à l’usine du spon­sor où on s’en­traî­nait. »

Le na­tif du XIVe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris a gar­dé des images fortes, comme ces épaves de chars à l’aban­don sur le bord des routes ou ces salles au pu­blic ex­clu­si­ve­ment mas­cu­lin. « Il n’y en a que deux où les femmes sont ad­mises, se sou­vient-il. Elles sont voi­lées et sur un cô­té, en­ca­drées par des forces de l’ordre. Les hommes n’ont pas le droit de se pro­me­ner en short, une fois, on m’a fait la re­marque.Il y a aus­si beau­coup de mar­ché noir. Même s’ils ne fêtent ni Noël ni le Jour de l’An, mon ma­na­geur m’avait of­fert une bou­teille d’al­cool pour les fêtes. Je l’ai bien ca­chée dans mon ap­part, on ne sait ja­mais… Je l’ai sa­vou­rée. Mais ça a sans doute été l’an­née la plus dif­fi­cile de ma car­rière. »

(DR.)

Phi­lippe Bar­ca-Cy­sique a joué une sai­son pour le Pay­kan Té­hé­ran. «L’an­née la plus dif­fi­cile de ma car­rière», se rap­pelle-t-il au­jourd’hui.

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