La carte des vins fran­çais cham­bou­lée

Une nou­velle règle, ve­nue de Bruxelles, agite le monde vi­ti­cole : à par­tir du 1er jan­vier, on pour­ra culti­ver des vignes n’im­porte où en France. En 2016, 8 057 hec­tares sup­plé­men­taires pour­ront ain­si être plan­tés.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - BÉRANGÈRE LEPETIT

AVEZ-VOUS DÉ­JÀ TREM­PÉ vos lèvres dans un vin blanc* bre­ton ? Hu­mé le bou­quet d’un breu­vage ch’ti dont le rai­sin a pous­sé sur les ter­rils du Pas-de-Ca­lais ? C’est peu pro­bable car, jus­qu’à pré­sent, ces vins, pro­duits sou­vent par des as­so­cia­tions et sur de pe­tites par­celles, étaient in­ter­dits à la vente. A par­tir du 1er jan­vier, ce ne se­ra théo­ri­que­ment plus le cas avec l’ar­ri­vée des nou­velles plan­ta­tions, n’im­porte où en France, des «vin sans in­di­ca­tion géo­gra­phique» (VSIG). Une pe­tite ré­vo­lu­tion ve­nue de Bruxelles, aux contours en­core flous et à l’im­pact dif­fi­ci­le­ment pré­vi­sible, qui fait dé­jà trem­bler le monde vi­ti­cole.

Fin dé­cembre, les ex­perts du vin réunis au sein de France-AgriMer, (l’of­fice pu­blic agri­cole) ont va­li­dé of­fi­ciel­le­ment une dé­ci­sion eu­ro­péenne prise en 2007 et en­trée en vi­gueur ven­dre­di. Ob­jec­tif ? Li­bé­ra­li­ser la culture du vin dans les pays membres de l’Union eu­ro­péenne en don­nant l’au­to­ri­sa­tion aux vi­gne­rons d’étendre leurs vignes dé­jà exis­tantes ou d’en plan­ter de nou­velles. Chaque an­née, la sur­face vi­ti­cole na­tio­nale pour­ra ain­si croître de 1 %. Soit 8 057 ha sup­plé­men­taires pour 2016.

Une ré­vo­lu­tion cultu­relle

« Dans cer­taines ré­gions, les plan­ta­tions de nou­velles vignes se­ront au­to­ma­tiques. Dans d’autres, nous dé­ci­de­rons de les li­mi­ter », pré­vient JeanLuc Dai­rien, di­rec­teur de l’Inao (Ins­ti­tut na­tio­nal de l’ori­gine et de la qua­li­té) qui, avec Fran­ceA­griMer, ins­trui­ra les de­mandes. Les conseils ré­gio­naux des zones concer­nées pour- ront aus­si im­po­ser un pla­fond de dé­ve­lop­pe­ment des sur­faces plan­tées.

En Ile-de-France — où bon nombre de producteurs sont réunis en as­so­cia­tions —, «la me­sure est at­ten­due de longue date», s’en­thou­siasme Pa­trice Ber­sac, pré­sident de l’as­so­cia­tion des vi­gne­rons fran­ci­liens. Mais en Cham­pagne, où les vi­ti­cul­teurs sont très sour­cilleux en ce qui concerne leur ter­ri­toire, des guerres de tranchées s’an­noncent pour que la Pi­car­die et son vin blanc ou ro­sé ne viennent pas pi­quer la ve­dette au re­nom­mé vin ef­fer­ves­cent (lire ci-des­sous et page 3).

Certes, la culture de la vigne, qui né­ces­site sa­voir-faire, moyens ma­té­riels et hu­mains, ne se­ra pas à la por­tée de toutes les bourses et les vi­gnobles ne se­ront pas bou­le­ver­sés dès 2016. Mais cette dé­ci­sion au­gure un chan­ge­ment cultu­rel pro­fond dans cer­taines ré­gions où du vin de France éla­bo­ré pour être au goût des Chi­nois, des Bré­si­liens, des Amé­ri­cains, as­sem­blé à par­tir de dif­fé­rents cé­pages, bous­cu­le­ra les pra­tiques et les papilles. « Pour les zones non vi­ti­coles, cette ou­ver­ture va don­ner un peu d’air, re­con­naît Gé­rard Samson, unique vi­gne­ron de Nor­man­die. Mais le risque est dé­sor­mais de pro­duire en France de très mau­vais vins pour de pures rai­sons com­mer­ciales. » * L’abus d’al­cool est dan­ge­reux. A consom­mer avec mo­dé­ra­tion.

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