Ces Ch’tis veulent vendre du « char­bon­nay »

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - JEANNE MAGNIEN

APRÈS LA BIÈRE, le vin ch’ti ? Aus­si in­croyable que ce­la puisse pa­raître, un vi­ti­cul­teur s’est mis en tête de plan­ter de la vigne sur le flanc d’un ter­ril à Haillicourt, près de Bé­thune, dans le Pas-de-Ca­lais. A terme, ces col­lines ar­ti­fi­cielles, sou­ve­nirs de l’ac­ti­vi­té mi­nière de la ré­gion, pour­raient bien de­ve­nir de vrais co­teaux vi­ti­coles. C’est en tout cas le voeu d’Oli­vier Pu­cek, à l’ori­gine de l’ex­pé­ri­men­ta­tion d’Haillicourt, qui veut pro­fi­ter de la di­rec­tive eu­ro­péenne et va de­man­der en 2016 une au­to­ri­sa­tion de production. « Je pour­rai alors vendre mon vin aux res­tau­rants et ca­vistes. »

Né à Bruay, à deux pas du ter­ril, ce Ch’ti s’est ex­pa­trié dans les Cha­rentes, où il est vi­ti­cul­teur. « Pour moi, c’était sûr que les ter­rils sont un ter­rain adap­té à la vigne, avec des ver­sants abrupts orien­tés au sud, une terre pauvre, où pousse une flore mé­di­ter­ra­néenne, car le sol noir res­ti­tue bien la cha­leur. J’ai convain­cu un col­lègue, et on a lan­cé l’ex­pé­ri­men­ta­tion. »

En 2011, les pre­miers pieds sont donc plan­tés, entre 50 et 90 m d’al­ti­tude. Du char­don­nay, cé­page qui n’a pas be­soin de trop d’en­so­leille­ment. Au­jourd’hui, le vi­gnoble compte 2 500 pieds et donne quel- ques cen­taines de bou­teilles. « Le mi­lieu est très sec, ex­plique Oli­vier Pu­cek. Le sol est per­méable, il y a peu d’eau. Et sur le ter­ril, on a en­vi­ron 80 % de pente, ce qui en fait un des vi­gnobles les plus abrupts de France. Ça a été beau­coup de tra­vail pour le dé­brous­sailler, et il a fal­lu mon­ter tout le ma­té­riel à dos d’homme. Mais le ré­sul­tat en vaut la peine. »

Bap­ti­sé « char­bon­nay », le cru d’Haillicourt est pres­sé et vieilli sur place. « Un très jo­li vin », as­sure le vi­ti­cul­teur. « Il pour­rait te­nir tête à bien des bour­gognes. » Pour l’heure, la production est dif­fu­sée de fa­çon confi­den­tielle grâce à une as­so­cia­tion. Et pour cause : la plan­ta­tion a été au­to­ri­sée à titre ex­pé­ri­men­tal, ce qui ex­clut toute com­mer­cia­li­sa­tion. Une res­tric­tion qui pour­rait dis­pa­raître grâce à la di­rec­tive eu­ro­péenne dont compte bien pro­fi­ter le vi­ti­cul­teur. « Cette in­ter­dic­tion de com­mer­cia­li­sa­tion hors des zones vi­ti­coles est une vraie in­jus­tice, puisque des au­to­ri­sa­tions ont été don­nées au sud de l’Angleterre ou en Bel­gique. Si on ar­rive à ob­te­nir une au­to­ri­sa­tion, on pour­rait étendre la vigne à d’autres ter­rils. Je touche du bois. »

« Cette in­ter­dic­tion de com­mer­cia­li­sa­tion hors

des zones vi­ti­coles est une vraie in­jus­tice »

Oli­vier Pu­cek, vi­ti­cul­teur à Haillicourt (Pas-de-Ca­lais)

(LP/Sam Du­blin.)

Haillicourt (Pas-de-Ca­lais), hier. Johann Cor­don­nier, un ou­vrier agri­cole, tra­vaille sur la vigne plan­tée sur le ter­ril. L’aven­ture a com­men­cé en 2011. Au­jourd’hui, 2 500 pieds de char­don­nay pro­duisent quelques cen­taines de bou­teilles.

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