L’homme qui me­nace le monde en­tier

Por­trait du chef de Daech, qui vient d’ap­pe­ler à un sou­lè­ve­ment en Ara­bie saou­dite et pro­met des at­taques en Is­raël.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - AVA DJAMSHIDI @Avad­jam­shi­di

C’EST UN CHEF de guerre très dis­cret. A la tête de l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique (EI), Abou Ba­kr al-Bagh­da­di est res­té in­vi­sible et si­len­cieux tout au long de l’an­née… jus­qu’au week-end der­nier. Dans un en­re­gis­tre­ment au­dio pu­blié en ligne, le pa­tron des ji­ha­distes de Daech a ap­pe­lé à un sou­lè­ve­ment en Ara­bie saou­dite et pro­mis des at­taques en Is­raël.

Une prise de pa­role ra­ris­sime : la pre­mière et der­nière ap­pa­ri­tion pu­blique du chef de Daech re­monte à l’été 2014, lorsque ce der­nier s’est au­to­pro­cla­mé ca­life, c’est-à-dire suc­ces­seur du pro­phète Ma­ho­met, dans une mos­quée de Mos­soul. Ce na­tif de Fal­lou­jah as­pire à être le « com­man­deur » des mu­sul­mans. Même si les prin­ci­pales au­to­ri­tés de l’is­lam et la plu­part des groupes sa­la­fistes contestent sa lé­gi­ti­mi­té, Bagh­da­di, avec ses quelque 50 000 com­bat­tants, est à la tête de la plus puis­sante ar­mée de com­bat­tants ji­ha­distes qui ait ja­mais exis­té.

Il cultive le mys­tère

S’il su­bit des re­vers mi­li­taires en Syrie et en Irak (ses sol­dats ont ain­si été chas­sés hier de la ville ira­kienne de Ra­ma­di), il en­tend pour­suivre son ex­pan­sion ter­ri­to­riale, mal­gré les bom­bar­de­ments me­nés par la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale. Cet Ira­kien in­sai­sis­sable a dé­jà éten­du son ac­tion meur­trière bien au-de­là des vastes ter­ri­toires qu’il contrôle en Syrie et en Irak. Il est de plus en plus pré­sent en Li­bye et a re­ven­di­qué les at­ten­tats du 13 no­vembre à Pa­ris, ou en­core ce­lui contre un avion russe en Egypte.

Des at­taques ul­tra­mé­dia­ti­sées pour ce ter­ro­riste qui aime à culti­ver le mys­tère au­tour de sa per­sonne, contrai­re­ment à l’ins­ti­ga­teur du 11 Sep­tembre, Ous­sa­ma ben La­den. Ce n’est pas la seule dif­fé­rence entre le chef de Daech et l’an­cien di­ri­geant d’Al-Qaï­da. La bio­gra­phie de Bagh­da­di est in­cer­taine. Deux jour­naux al­le­mands ont écrit qu’il était mau­vais élève et avait re­dou­blé à cause de ses mau­vaises notes en an­glais.

Tout juste sait-on qu’il a été cap­tu­ré par les forces amé­ri­caines, lors de l’in­va­sion de l’Irak, en 2004. Dans son dos­sier fi­gure son nom et sa date de nais­sance : Ibra­him Awad Ibra­him al-Ba­dry, né en 1971. Il y est aus­si men­tion­né qu’il oc­cupe alors un emploi ad­mi­nis­tra­tif de se­cré­taire. En dé­ten­tion dans des camps, il au­rait fré­quen­té des di­ri­geants d’Al-Qaï­da avant de ral­lier la né­bu­leuse ji­ha­diste dont il a gra­vi tous les éche­lons.

Jus­qu’en 2010, où Bagh­da­di de­vient le chef d’Al-Qaï­da en Irak. Peu de temps après, les Etats-Unis le dé­si­gnent of­fi­ciel­le­ment comme ter­ro­riste et offrent une ré­com­pense de 10 M$ (plus de 9 M€) pour toute in­for­ma­tion pou­vant me­ner à sa cap­ture.

Son groupe s’est af­fran­chi peu à peu d’Al-Qaï­da pour de­ve­nir au­to­nome en 2013. Fin stra­tège, Bagh­da­di a bâ­ti en moins de deux ans une or­ga­ni­sa­tion puis­sante qui at­tire des as­pi­rants ji­ha­distes ve­nus de tous les pays et contre le­quel près de soixante Etats sont en lutte.

Le 5 juillet 2014, dans une mos­quée de Mos­soul (Irak). Il existe peu d’images d’Abou Ba­kr al-Bagh­da­di : celle-ci, ti­rée d’une vi­déo, le montre en train de s’au­to­pro­cla­mer ca­life du ter­ri­toire contrô­lé par le groupe Etat is­la­mique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.