Al­lô Phi­lae ? Tou­jours rien

Les scien­ti­fiques sont qua­si­ment cer­tains que le pe­tit ro­bot spa­tial po­sé sur la co­mète Tchou­ri ne ré­pon­dra plus, faute de bat­te­ries. Mais il nous a fait rê­ver.

Le Parisien (Paris) - - SOCIÉTÉ - ALINE GÉ­RARD

PHI­LAE, LE PE­TIT RO­BOT spa­tial eu­ro­péen, est-il dé­fi­ni­ti­ve­ment pas­sé du cô­té obs­cur de la co­mète Tchou­ri ? Les scien­ti­fiques main­te­nant le craignent. De­puis hier, Phi­lae, dont les bat­te­ries sont mal en point, ne peut plus tech­ni­que­ment en­trer en contact avec la sonde Ro­set­ta, qui lui sert de re­lais avec la Terre. Ro­set­ta est pla­cée dé­sor­mais face à l’hé­mi­sphère Sud de Tchou­ri, alors que Phi­lae est sur l’hé­mi­sphère op­po­sé.

Ce n’est pas faute de la part des scien­ti­fiques d’avoir tout ten­té pour ré­veiller le ro­bot, si­len­cieux de­puis le 9 juillet. « Nous avons eu beau rap­pro­cher la sonde Ro­set­ta à plus faible al­ti­tude de la co­mète, mais rien n’y a fait. Im­pos­sible de com­mu­ni­quer avec Phi­lae », constate Phi­lippe Gau­dron, chef de pro­jet de la mis­sion Ro­set­ta au Cnes (Centre na­tio­nal d’études spa­tiales) à Tou­louse (Haute-Ga­ronne). A l’ap­proche de Noël, les scien­ti­fiques ont pour­tant cru une se­conde au mi­racle : « On a eu deux pe­tits bips, le pre­mier dans la nuit du 21 au 22 dé­cembre, et le se­cond le 25, pré­cise-t-il, mais on n’est pas sûr que ce soit un mes­sage de Phi­lae », pour­suit Phi­lippe Gau­dron.

Adieu, donc, Phi­lae ? Pas en­core, même si, comme le re­con­naît le scien­ti­fique, « plus les jours passent, plus la pro­ba­bi­li­té de re­nouer le contact est faible ». Cô­té pile, Tchou­ri a com­men­cé de­puis le 13 août à s’éloi­gner du So­leil, ce qui ame­nuise les chances que les bat­te­ries de Phi­lae se re­chargent. Cô­té face, la co­mète pro­duit de moins en moins de re­jets ga­zeux. Du coup, Ro­set­ta, la sonde or­bi­tale, peut s’en ap­pro­cher sans ris­quer d’être en­dom­ma­gée.

Fin de l’aven­ture ? Eh bien, non ! Sur le plan scien­ti­fique, elle va conti­nuer. De­puis son at­ter­ris­sage acro­ba- tique le 12 no­vembre 2014, entre deux pa­rois ro­cheuses, Phi­lae n’a pu com­mu­ni­quer que pen­dant soixante heures avec la Terre. Suf­fi­sam­ment pour dé­cou­vrir des mo­lé­cules or­ga­niques, dont du mé­thyle et de l’acé­tone, es­sen­tielles à l’émer­gence de la vie. « La dé­cou­verte de ces élé­ments com­plexes a confir­mé la théo­rie se­lon la­quelle, il y a quatre à cinq mil­liards d’an­nées, des co­mètes sont ve­nues ta­per dans la Terre. La glace qu’elles conte­naient a per­mis l’émer­gence d’eau li­quide sur notre pla­nète. Cette eau a en­suite don­né nais­sance aux océans au sein des­quels a dé­mar­ré la chi­mie de la vie. C’est dé­jà un ré­sul­tat fan­tas­tique », s’émer­veille Phi­lippe Gau­dron.

At­ter­ris­sage pré­vu fin sep­tembre pour Ro­set­ta

La belle his­toire n’est pas finie. D’abord parce qu’on at­tend la pu­bli­ca­tion du se­cond vo­let des don­nées trans­mises par Phi­lae qui pour­raient re­ce­ler de nou­velles pé­pites. En­suite, parce que la sonde Ro­set­ta qui gra­vite au­tour de Tchou­ri conti­nue, quant à elle, sa col­lecte de pho­tos et d’in­for­ma­tions. Fin sep­tembre, il est même pré­vu qu’elle se pose à son tour sur la co­mète tout en la pho­to­gra­phiant. Gare à la casse pour ses énormes pan­neaux so­laires et sa grosse an­tenne ! « On risque le crash, concède Phi­lippe Gau­dron, mais il au­rait été dom­mage de l’aban­don­ner comme ce­la. Au­tant en pro­fi­ter pour qu’elle nous en­voie — même si c’est la der­nière fois — des images en très haute ré­so­lu­tion. »

VI­DÉO

le­pa­ri­sien.fr A quoi ça sert de po­ser un ro­bot sur une co­mète ?

(AFP/ESA/ATG Me­dia­lab.)

Cette vue d’ar­tiste montre le pe­tit ro­bot Phi­lae (à gauche) se dé­ta­cher de la sonde Ro­set­ta et amor­cer sa des­cente vers la co­mète Tchou­ri.

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