« Au Ma­li, je l’ai échap­pé belle deux fois… »

Leurs ex­pé­riences dé­pay­santes (2/5). Ka­mel Dja­bour est en­traî­neur de foot à Bamako

Le Parisien (Paris) - - SPORTS ILE-DE-FRANCE - LAURENT PRUNETA

TÉ­HÉ­RAN, Bamako, Bey­routh, Tu­nis… Ces Fran­ci­liens ont choi­si de pra­ti­quer leur sport dans des contrées bien plus « exo­tiques » que Pa­ris. Jus­qu’à ven­dre­di, ils nous ra­content leurs ex­pé­riences dé­pay­santes. Deuxième ré­cit au­jourd’hui : Ka­mel Dja­bour, qui di­rige les foot­bal­leurs du Stade ma­lien de Bamako, doit se sou­mettre à des règles strictes de sécurité.

RE­VE­NU sur le banc du Stade ma­lien de Bamako de­puis oc­tobre 2014, Ka­mel Dja­bour (56 ans) dit « vivre presque nor­ma­le­ment »… L’an­cien en­traî­neur du Ra­cing et de l’En­tente SSG y a pour­tant cô­toyé la mort de très près. « Je l’ai échap­pé belle au moins deux fois », ré­vèle-t-il. Le 7 mars der­nier, il était ain­si at­ta­blé au res­tau­rant la Ter­rasse, très pri­sé des ex­pa­triés de Bamako, lors­qu’une at­taque ter­ro­riste a fait cinq morts. « J’étais sur place, c’est le des­tin… » sou­pire-t-il.

Dja­bour a aus­si vé­cu de l’in­té­rieur l’at­ten­tat de Sousse en Tu­ni­sie, où un ter­ro­riste a tué 38 per­sonnes le 26 juin. « J’étais en stage avec mon équipe, on s’en­traî­nait juste à cô­té de l’hô­tel quand c’est ar­ri­vé », ra­conte-t-il.

Il est aus­si un ha­bi­tué de l’hô­tel Ra­dis­son de Bamako, où une prise d’otage a fait 22 morts le 20 no­vembre. « C’est là que j’ai l’ha­bi­tude de faire mon sport, pour­suit-il. Avoir vé­cu tout ça en quelques mois, ça fait beau­coup… J’es­saie de ne pas in­quié­ter mes proches (NDLR : il est ve­nu sans sa famille). Au Ma­li, on te fait bien com­prendre que tu es là pour ac­com­plir une tâche, le reste ne te concerne pas, tu n’as pas à ju­ger ou don­ner ton avis… Mais à Bamako, je ne me sens pas en dan­ger, je n’ai pas peur. Ce qui est ra­con­té en France est sou­vent am­pli­fié. Et au nom de quoi de­vrais-je m’in­ter­dire de vivre ? »

Pri­vé de dé­pla­ce­ments dans le nord du Ma­li

Comme tous les ex­pa­triés au Ma­li, Dja­bour doit pour­tant suivre les strictes re­com­man­da­tions du consu­lat de France. Des me­sures de sécurité qui in­ter­fèrent par­fois avec son mé­tier. Cette sai­son, il a ain­si ra­té plu­sieurs dé­pla­ce­ments dans le nord du pays. « Je laisse mes ad­joints di­ri­ger et j’at­tends le ré­sul­tat chez moi à Bamako. Ici, je suis plu­tôt res­pec­té et les sup­por­teurs m’aiment bien. Mais dans le Nord-Ma­li, je suis sur­tout vu comme un en­traî­neur étran­ger, un Fran­çais donc je dois quand même faire at­ten­tion… »

Tou­jours pour des rai­sons de sécurité, Dja­bour n’a pas pris la route mer­cre­di der­nier pour dis­pu­ter un tour­noi à Oua­ga­dou­gou (Bur­ki­na Fa­so). Il a re­joint son équipe plus tard et en avion. Mal­gré toutes ces contraintes, l’an­cien ad­joint de Wal­lemme à Auxerre (L 1) et sé­lec­tion­neur du Con­go se dit heu­reux « en Afrique et au Ma­li » où il a réa­li­sé le tri­plé cham­pion­nat-coupe-Su­per Coupe cette an­née.

« En­traî­ner en France ne me manque pas, es­time ce­lui qui a aus­si of­fi­cié au Bé­nin et en Al­gé­rie. Ici, on n’a pas beau­coup de moyens, on souffre, mais j’aime cette adrénaline. L’Afrique, c’est plus dur, plus dif­fi­cile. Il faut aus­si gé­rer la main­mise des po­li­tiques sur le sport, le poids cultu­rel des croyances. Au Stade ma­lien, les en­traî­ne­ments sont payants pour les sup­por­teurs, mais ils sont plu­sieurs cen­taines à nous suivre.J’ai en­vie d’em­me­ner ce club loin en Ligue des cham­pions. »

Le na­tif de Pa­ris, qui s’est fait un nom en Afrique, pour­ra en­suite re­prendre son sac l’es­prit tran­quille. « J’ai la chance d’être très de­man­dé en Afrique et de pou­voir main­te­nant choi­sir ma des­ti­na­tion. C’est un luxe dans ce mé­tier… »

Ka­mel Dja­bour a réa­li­sé le tri­plé cou­pe­cham­pion­nat-Su­per Coupe cette an­née.

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