Com­ment les spec­tacles tentent de re­bon­dir

Très im­pac­tées après les at­ten­tats de no­vembre, les salles pa­ri­siennes font des ef­forts sur les ta­rifs pour re­con­qué­rir le pu­blic. Pro­fi­tez-en.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - THIER­RY DAGUE (AVEC M.B.)

SALLES PLEINES à cra­quer, théâtres qui re­fusent du monde, cirques pris d’as­saut : voi­là à quoi res­semblent d’ha­bi­tude les fêtes de fin d’an­née à Pa­ris et dans les grandes villes fran­çaises. Mais cette an­née, un mois et de­mi après les at­ten­tats du 13 no­vembre qui vi­saient no­tam­ment le Ba­ta­clan (Pa­ris XIe), une par­tie du pu­blic n’a tou­jours pas re­trou­vé le goût de sor­tir. A quelques ex­cep­tions près, la ma­jo­ri­té des spec­tacles souffre, à com­men­cer par ceux des­ti­nés aux en­fants. « La se­maine qui a sui­vi les at­taques a été ter­rible », té­moigne Dinh Thien Ngo, di­rec­teur de Van­tage Prod, qui pro­duit les co­mé­dies mu­si­cales « Dir­ty Dan­cing » et « le Voyage ex­tra­or­di­naire de Jules Verne ». « Les ventes se sont ef­fon­drées de 40 à 60 %, et la moi­tié des gens qui avaient dé­jà ré­ser­vé ont an­nu­lé leur ve­nue. Au­jourd’hui, le mar­ché se ré­ta­blit, mais on est 20 à 30 % en des­sous du ni­veau ha­bi­tuel. Le pu­blic n’est plus dans la stricte peur des at­ten­tats mais a pris un coup au mo­ral. »

Sécurité ren­for­cée

L’in­ter­dic­tion des sor­ties sco­laires jus­qu’au 2 dé­cembre a frap­pé de plein fouet les spec­tacles fa­mi­liaux. Au Théâtre du Pa­lais-Royal, « Ala­din » a dû an­nu­ler plu­sieurs dates. A la Ci­gale, le show mu­si­cal « Do you speak djem­bé » a été re­por­té. Au Théâtre de la Ville, les créa­tions pour en­fants « Udo » ou « les Trois Moines » ont per­du 8 000 places. Les cirques ne sont pas épar­gnés (voir ci-des­sous). Alain Pa­che­rie, le pa­tron du Cirque Phé­nix, « ne ren­tre­ra pas dans ses frais » avec son nou­veau spec­tacle. « Les Etoiles de Pé­kin et les moines Shao­lin » a dé­mar­ré pile au len­de­main des at­ten­tats, le 14 no­vembre. « Les ré­ser­va­tions in­di­vi­duelles ont bais­sé de 60 % », dé­plore le di­rec­teur, sau­vé par les co- mi­tés d’en­tre­prise qu’il ac­cueille pour les fêtes.

Le sec­teur jeunesse n’est pas la seule vic­time : dans les grands théâtres pa­ri­siens, les têtes d’af­fiche sont à la peine. Pierre Ar­di­ti, Mu­riel Ro­bin, Fran­cis Hus­ter jouent de­vant des salles clair­se­mées. A la Mi­cho­dière, Mi­chel Sar­dou et Ma­rie-Anne Cha­zel ar­rê­te­ront leurs « Re­pré­sail- les » plus tôt que pré­vu. Les ca­ba­rets ne sont pas da­van­tage à la fête : le Li­do avoue une chute de 35 à 50 % de­puis les at­ten­tats.

Pour in­ci­ter le pu­blic à re­ve­nir, la pro­fes­sion a lan­cé, le 18 dé­cembre, l’opé­ra­tion Ma place est dans la salle, avec des af­fiches spé­ciales sur les co­lonnes Mor­ris et des mes­sages de stars. Plus ef­fi­cace : les pro­mo­tions, alors que la pé­riode des fêtes se paie d’or­di­naire au prix fort. Par exemple, pour « le Men­songe » avec Pierre Ar­di­ti et Eve­lyne Bouix, au Théâtre Edouard-VII (Pa­ris IXe), les sites Bille­tRe­duc.com et Ti­cke­tac.com pro­posent pour de­main soir des ré­duc­tions de 20 %. Et jus­qu’à moins 23 % sur le prix des places d’« Avan­ti ! », avec Fran­cis Hus­ter et Ingrid Chau­vin, aux Bouffes Pa­ri­siens (Pa­ris IIe).

Pour ras­su­rer les spec­ta­teurs, la sécurité a été ren­for­cée : fouille des sacs et au corps. Une me­sure main­te­nue jus­qu’à la fin de l’état d’ur­gence. Ré­sul­tat : un sur­coût fi­nan­cier non né­gli­geable et pour cer­tains de lourdes pertes. Pour les struc­tures les plus fra­giles, le CNV (Centre na­tio­nal de la chan­son, des va­rié­tés et du jazz) et le mi­nis­tère de la Culture ont mis en place un fonds de sou­tien do­té de 4,5 M€. Les de­mandes sont en cours d’exa­men.

Dans ce ta­bleau mo­rose, cer­tains font ex­cep­tion : salle comble pour les co­mé­dies mu­si­cales « Cats » et « Sin­gin’in the Rain », ou les pièces « Fleur de cac­tus » et « les Faux Bri­tish ». Un signe en­cou­ra­geant. « Ça va re­prendre », veut croire Fran­cis Na­ni, di­rec­teur du Pa­lais-Royal, où se joue la co­mé­die fan­tas­tique « la Dame blanche ». « Sur une salle de 700 places, nous étions tom­bés à 300. Nous sommes re­mon­tés à 500, et le pu­blic de pro­vince vient nom­breux. Pen­dant la guerre, les théâtres étaient pleins ! »

(DR.)

Au Li­do, on avoue une chute de la fré­quen­ta­tion de 35 à 50 % de­puis les at­ten­tats.

(La­pin Blanc.)

Phé­nix

(Ka­rim El Dib.)

Alexis Gruss

(Ch­ris­tophe Chau­ma­net.)

Ro­ma­nès

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