Les dé­mi­neurs sol­li­ci­tés de toutes parts de­puis les at­ten­tats

Le Parisien (Paris) - - LE JOURNAL DE PARIS - CÉ­LINE CAREZ

« Avec 250 g d’ex­plo­sif, le poids d’une ta­blette de beurre, vous êtes

souf­flé à 15 m »

Un dé­mi­neur

JOUR­NÉE presque calme, hier, pour les dé­mi­neurs de la pré­fec­ture de po­lice : seule­ment quatre in­ter­ven­tions pour des co­lis sus­pects et une fausse alerte à la bombe dans un pa­lace en tra­vaux. Pour­tant, de­puis les at­ten­tats, le rythme de leurs sor­ties a été dé­cu­plé : en moyenne 25 fois par jour, avec des pics jus­qu’à 50 !

La courbe était dé­jà mon­tée en flèche en jan­vier après les at­taques contre « Char­lie Heb­do » et l’Hy­per Ca­cher. « La plu­part du temps, ce sont des co­lis sus­pects qui, après vé­ri­fi­ca­tions, se ré­vèlent être des va­lises ou­bliées par des étour­dis », re­la­ti­vise Her­vé*, un dé­mi­neur.

Le 13 no­vembre, cette uni­té d’élite, com­pé­tente à Pa­ris et en pe­tite cou­ronne, a été en pre­mière ligne, no­tam­ment au Ba­ta­clan, où un ka­mi­kaze s’est fait sau­ter. A Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis), cinq jours plus tard, lors de l’as­saut contre l’ap­par­te­ment où se ca­chaient les ter­ro­ristes, elle était éga­le­ment sur place. C’est à elle aus­si que l’on a fait ap­pel pour ins­pec­ter la Clio noire de Sa­lah Ab­des­lam, un vé­hi­cule po­ten­tiel­le­ment pié­gé, aban­don­né près de la porte de Cli­gnan­court (XVIIIe).

Des si­tua­tions pé­rilleuses sur les­quelles les dé­mi­neurs in­ter­viennent avec leurs te­nues de pro­tec­tion, casques et com­bi­nai­sons pare-éclats qui pèsent 35 kg, mais aus­si des ro­bots té­lé­com­man­dés qu’ils en­voient en re­pé­rage. « Notre mis­sion est d’abord d’éta­blir un pé­ri­mètre de sécurité, pro­té­ger le pu­blic. Avec 250 g d’ex­plo­sif, le poids d’une ta­blette de beurre, vous êtes souf­flé à 15 m », rap­pelle Her­vé.

Si les pro­to­coles d’in­ter­ven­tion ont pro­gres­sé, le dan­ger reste très pré­sent. Les vingt-cinq dé­mi­neurs — dont seule­ment deux femmes — qui com­posent le ser­vice ont tous en tête ce qu’il s’est pas­sé ce jour d’août 1982 : deux de leurs col­lègues ont été tués alors qu’ils in­ter­ve­naient ave­nue de La Bour­don­nais (VIIe) sur la voi­ture pié­gée d’un di­plo­mate amé­ri­cain.

Une par­tie de l’ac­ti­vi­té a aus­si trait à la dé­cou­verte de « ves­tiges » de guerre, chez des par­ti­cu­liers ou sur des chan­tiers (lire en­ca­dré). Les dé­mi­neurs peuvent aus­si être ap­pe­lés dans le cadre de coups de filet contre le grand ban­di­tisme, où l’uti­li­sa­tion d’ex­plo­sifs est as­sez fré­quente. Leur ac­tion est aus­si pré­ven­tive. Pen­dant la COP21, la confé­rence mon­diale sur le cli­mat, qui a eu lieu du 30 no­vembre au 12 dé­cembre, ils étaient par exemple en per­ma­nence deux sur le site du Bourget (93). Ils sont éga­le­ment mo­bi­li­sés à chaque vi­site de chef d’Etat pour vé­ri­fier en amont la sécurité des bâ­ti­ments.

L’équipe, qui tra­vaille dé­sor­mais non-stop de­puis les at­ten­tats, « de­vrait s’agran­dir en dé­but d’an­née », se fé­li­cite un haut fonc­tion­naire du mi­nis­tère de l’In­té­rieur.

Mais ce qu’ai­me­raient avant tout les dé­mi­neurs, c’est que les gens n’ou­blient pas leurs af­faires tous les jours, pa­ra­ly­sant les gares, les trans­ports, les bâ­ti­ments pu­blics, em­pê­chant des ri­ve­rains de ren­trer chez eux, confi­nés hors des pé­ri­mètres de sécurité…

(LP/Guillaume Georges.)

Pa­ris, le 21 dé­cembre. Equi­pés de ro­bots té­lé­com­man­dés en­voyés en re­pé­rage et de ma­té­riel de pointe pour éva­luer et neu­tra­li­ser les ob­jets sus­pects, les 25 dé­mi­neurs de la pré­fec­ture de po­lice tra­vaillent non-stop de­puis les at­taques du 13 no­vembre.

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