Les confi­dences de la soeur de Da­niel Ba­la­voine

FRANCE 3, 20 H 50. Claire Ba­la­voine nous ra­conte son frère, dis­pa­ru il y a trente ans, à l’oc­ca­sion d’un très beau do­cu­men­taire.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE -

TRENTE ANS après sa dis­pa­ri­tion, elle parle tou­jours de son « pe­tit frère » au pré­sent. Claire Ba­la­voine était la grande soeur de Da­niel Ba­la­voine, de neuf ans son aî­née. La plus proche aus­si dans une fra­trie de sept. De­puis la mort du chan­teur, le 14 jan­vier 1986, elle pro­longe son en­ga­ge­ment hu­ma­ni­taire en pré­si­dant et ani­mant l’As­so­cia­tion Da­niel Ba­la­voine*, qui aide au dé­ve­lop­pe­ment agri­cole et sco­laire au Ma­li. Elle té­moigne dans le poi­gnant do­cu­men­taire de Di­dier Var­rod et Ni­co­las Mau­pied, « J’me pré­sente, je m’ap­pelle Da­niel », dif­fu­sé ce soir à 20 h 50 sur France 3. Ren­contre. En sor­tant de la pro­jec­tion pri­vée du do­cu­men­taire, vous sem­bliez émue ?

CLAIRE BA­LA­VOINE. Bien plus qu’émue ! Je suis tou­jours bou­le­ver­sée par ce pe­tit… Quand Da­niel parle, chante ou gueule, quand j’en­tends sa voix, je suis com­plè­te­ment se­couée. Elle avait une douce vio­lence. Plus le temps passe et plus je me rends compte com­bien nous étions proches, en fu­sion.

Pour­quoi ? Nous avions une souf­france iden­tique. Dans la famille, Da­niel a long­temps cru qu’il n’avait pas été dé­si­ré pour lui-même mais pour « rem­pla­cer » un frère dis­pa­ru (Xa­vier, né en 1949 et dé­cé­dé à 14 mois d’une mé­nin­gite). Ce­la l’a long­temps ha­bi­té. Quand on ne trouve pas sa place dans la famille, il est dif­fi­cile de trou­ver sa place ailleurs. Soit on en meurt, soit on est so­lide. C’est heu­reu­se­ment notre cas.

En­fant, il ai­mait dé­jà la mu­sique ? Il y avait beau­coup de mu­sique à la mai­son, notre mère était une vraie por­tée mu­si­cale. Nos frères, Yves, Guy et Ber­nard, chan­taient sou­vent en­semble, mais sans Da­niel : « T’es trop pe­tit. » Alors lui s’en­fer­mait dans les toi­lettes avec des bot­tins et se met­tait à chan­ter à tue-tête et à faire de la bat­te­rie. Il avait 5-6 ans mais avait dé­jà du coffre. Avec ma mère, on se ré­ga­lait. Il avait dé­jà trou­vé sa voix, sa voie. Dans le do­cu­men­taire, vous évo­quez l’homme qui ai­mait les femmes… Qui ai­mait la femme. Il l’a chan­té énor­mé­ment et ar­dem­ment, comme dans « Sou­lève-moi », l’une des plus belles chan­sons que je connaisse sur la femme et la so­cié­té. Di­sons qu’il avait une conscience puis­sante de la femme, peut-être liée à notre mère. Il y avait les of­fi­cielles, Do­mi­nique, la seule qu’il ait épou­sée, Ca­the­rine Fer­ry, Linda, en Bel­gique, Co­rinne, la ma­man de Jé­ré­mie et Joa­na… Et les autres, croi­sées sur la route. Et l’en­ga­ge­ment po­li­tique ? Avant de se lan­cer dans la mu­sique, il se des­ti­nait à Sciences-po. Mais il était trop lu­cide pour se pré­sen­ter en po­li­tique. Il le dit dans « La vie ne m’ap­prend rien ». Sa ma­nière de faire de la po­li­tique, c’était de sou­te­nir SOS Ra­cisme, de ver­ser une par­tie des re­cettes de ses concerts à l’Uni­cef, de chan­ter dans les pri­sons sans aler­ter les mé­dias. Il n’ai­mait pas dé­non­cer, il pré­fé­rait agir. Il y a l’image du chan­teur qui serre les poings. Mais il était aus­si joyeux, drôle. En ré­pé­ti­tion, pour se chauf­fer la voix sur « l’Azi­za », il chan­tait « la Piz­za, aux fro­mages ou aux an­chois »… Il ne s’est ja­mais pris au sé­rieux. Il était heu­reux du suc­cès dans la me­sure où ce­la lui per­met­tait d’être mieux dans sa peau et de s’in­ves­tir dans les causes qui lui te­naient à coeur. Mais il n’ai­mait pas le star-sys­tème, l’ido­lâ­trie. Il était très gê­né qu’on lui ouvre les portes. Ce­la lui fai­sait peur. Vous avez dé­cla­ré une fois que votre frère en­vi­sa­geait d’ar­rê­ter de chan­ter. Mes pro­pos ont été dé­for­més. Je n’ai ja­mais dit qu’il vou­lait ar­rê­ter. Il en avait juste ras-le-bol du com­por­te­ment de cer­tains fans en France, il vou­lait avoir la paix, prendre ses dis­tances avec un star-sys­tème qu’il n’ai­mait pas. Il vou­lait se fondre dans un groupe et avait pré­vu de par­tir tra­vailler en Angleterre. Mais le 14 jan­vier 1986, il monte à bord d’un hé­li­co­ptère au Ma­li. Lui qui dé­tes­tait l’avion… C’est ter­rible qu’un gar­çon aus­si au­da­cieux, puis­sant, en avance, n’ait pas osé dire non. Pour­quoi avez-vous créé l’As­so­cia­tion Da­niel Ba­la­voine peu après sa dis­pa­ri­tion ? Nous l’avons créée avec mes frères et soeur à la de­mande du pu­blic de Da­niel. Nous re­ce­vions tel­le­ment de lettres qui nous di­saient « ses idées sont les nôtres » et nous de­man­daient com­ment pro­lon­ger son ac­tion. C’était aus­si une ré­ac­tion à ce que nous avait dit le show-biz et qui nous avait cho­qué : « Dans trois mois, il se­ra ou­blié. » Trente ans plus tard, des mil­liers et des mil­liers de per­sonnes conti­nuent de s’in­ves­tir avec nous. Nous avons ins­tal­lé 32 mo­to­pompes dans 23 vil­lages du Ma­li. Et mal­gré les guerres, les conflits in­ter­eth­niques, les ji­ha­distes, elles n’ont ja­mais été vo­lées ou dé­truites.

Claire Ba­la­voine pré­side l’As­so­cia­tion Da­niel Ba­la­voine, qui aide au dé­ve­lop­pe­ment agri­cole et sco­laire au Ma­li.

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