Un ji­ha­diste fran­çais tué par les Amé­ri­cains

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Le Parisien (Paris) - - LA UNE - (AFP.) THI­BAULT RAISSE (AVEC TI­MO­THÉE BOU­TRY)

IL RE­PRÉ­SEN­TAIT peut-être l’une des clés pour com­prendre l’or­ga­ni­sa­tion com­plexe des at­ten­tats du 13 no­vembre. Hier, le Pen­ta­gone amé­ri­cain a an­non­cé la mort de Cha­raffe el-Moua­dan, 26 ans, le 24 dé­cembre lors de frappes amé­ri­caines en Syrie. Pré­sen­té par Wa­shing­ton comme lié di­rec­te­ment à Ab­del­ha­mid Abaaoud, ce­lui qui se sur­nom­mait Abu Sou­ley­mane était soup­çon­né d’avoir joué un rôle de­puis la Syrie dans la pla­ni­fi­ca­tion du mas­sacre et pré­pa­rait semble-t-il d’autres at­taques. Il est sur­tout un ami d’en­fance de Sa­my Ami­mour, l’an­cien chauf­feur de bus de la RATP, mort en ka­mi­kaze au Ba­ta­clan.

Ca­det d’une famille de 8 en­fants ori­gi­naire du Ma­roc, Cha­raffe gran­dit à Bo­bi­gny puis s’ins­talle avec sa famille à Dran­cy. Gar­çon ran­gé au ca­sier vierge, bon élève, il dé­croche sans sou­ci son bac S, puis un BTS in­for­ma­tique. Il tra­vaille d’abord comme tech­ni­cien pour une so­cié­té spé­cia­li­sée, une pé­riode qui en­traîne ses pre­miers ques­tion­ne­ments re­li­gieux. « A l’époque où j’étais em­bau­ché dans une so­cié­té, je ne pou­vais pas pra­ti­quer ma re­li­gion cor­rec­te­ment », in­dique-t-il lors de sa garde à vue, en oc­tobre 2012, pour avoir ten­té de ga­gner le Yé­men.

Sur In­ter­net, le jeune homme dé­couvre sur YouTube les vi­déos de cheikh Im­ran Ho­sein, un pré­di­ca­teur ca­ri­béen proche des mou­vances com- plo­tistes et an­ti­sé­mites. « J’ai com­men­cé à voir de plus en plus de vi­déos re­la­tives à la per­sé­cu­tion de mu­sul­mans dans le monde, et no­tam­ment des vi­déos d’agres­sions de femmes et d’en­fants sur des zones d’opé­ra­tions mi­li­taires, comme la Pa­les­tine. […] J’ai vou­lu avoir un rôle à jouer pour ai­der ces per­sonnes op­pri­mées », ra­conte-til aux po­li­ciers qui l’in­ter­rogent.

A la tête d’un trio dont fai­sait par­tie Sa­my Ami­mour

Cette vi­sion d’un is­lam à dé­fendre, il la par­tage avec deux de ses amis d’en­fance et voi­sins de quar­tier, Sa­my Ami­mour et Sa­mir Boua­bout. « Cha­raffe était do­té d’un cha­risme na­tu­rel, et ap­pa­rais­sait comme le lea­deur na­tu­rel du trio », com­mente une source ju­di­ciaire. Les trois co­pains pro­jettent au prin­temps 2012 de s’ins­tal­ler au Yé­men, où Al-Qaï­da est om­ni­pré­sent, puis aban­donnent l’idée faute de contact sur place. A la même époque, sous l’im­pul­sion de Cha­raffe, ama­teur de paint­ball, le groupe s’ins­crit dans un club de tir pa­ri­sien. Cha­raffe épouse quelques se­maines plus tard une femme d’ori­gine ma­ro­caine de trois ans son aî­née. Le couple dé­cide dans la fou­lée de faire sa hi­j­ra, l’ins­tal­la­tion en terre mu­sul­mane. C’est à cette pé­riode que Cha­raffe entre dans les ra­dars des au­to­ri­tés. Son nom ap­pa­raît en lien avec Ab­doul M’Bod­ji, un sym­pa­thi- sant du groupe ra­di­cal For­sane Aliz­za. Sur­veillé, il est fi­na­le­ment ar­rê­té avec ses deux amis en oc­tobre 2012. Pen­dant sa garde à vue, le « lea­deur » dit avoir ca­res­sé un temps l’idée d’al­ler com­battre mais s’être ra­vi­sé. Il est li­bé­ré sous contrôle ju­di­ciaire.

L’an­née sui­vante, lorsque les trois amis gagnent la Syrie de Daech, Cha­raffe est le pre­mier à par­tir. Au dé­part, le groupe semble s’être sé­pa­ré, Cha­raffe re­joi­gnant Alep et Ami­mour choi­sis­sant Ra­q­qa. La suite est un mys­tère jus­qu’au 13 no­vembre der­nier. Comme nous le ré­vé­lions le 21 dé­cembre, un té­moin du Ba­ta­clan dit avoir en­ten­du un ter­ro­riste s’adres­ser à son com­plice pour lui de­man­der s’il « comp­tait ap­pe­ler Sou­ley­mane », ce der­nier ré­pon­dant que « non » et qu’ils « al­laient gé­rer ça à leur sauce ». Sou­ley­mane, le sur­nom de Cha­raffe. Etait-ce bien de lui qu’il s’agis­sait ? La jus­tice tra­vaillait sur cette hy­po­thèse. Il se­ra dé­sor­mais dif­fi­cile de la vé­ri­fier.

Cha­raffe el-Moua­dan, 26 ans, était par­ti com­battre en Syrie (pho­to de gauche) en 2013. Ce jeune homme, bon élève au ca­sier vierge, s’était ra­di­ca­li­sé via In­ter­net.

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