En­quête sous pres­sion à Ajac­cio

Alors que Ber­nard Ca­ze­neuve se rend au­jourd’hui sur l’île, la ten­sion reste pré­sente après les in­ci­dents de Noël, ren­dant le tra­vail des en­quê­teurs par­ti­cu­liè­re­ment dé­li­cat.

Le Parisien (Paris) - - POLITIQUE - Ajac­cio (Corse-du-Sud) de notre cor­res­pon­dante et de nos en­voyé spé­ciaux MA­RION GAL­LAND ET ERIC PEL­LE­TIER

EN CORSE, la jus­tice sent la ten­sion de la rue. De­puis les graves in­ci­dents de Noël d’Ajac­cio, elle est en­ga­gée dans une course de vi­tesse pour re­trou­ver les au­teurs de l’agres­sion de pom­piers et de po­li­ciers dans le quar­tier po­pu­laire des Jar­dins-del’Em­pe­reur le 24 dé­cembre au soir. Mais aus­si pour iden­ti­fier ceux qui, en guise de re­pré­sailles, ont sac­ca­gé le len­de­main une salle de prière mu­sul­mane, un res­tau­rant ke­bab et des halls d’im­meuble. Le calme reste pré­caire (une com­pa­gnie de CRS sup­plé­men­taire doit ar­ri­ver pour le ré­veillon), lar­ge­ment dé­pen­dant de l’is­sue de ces deux en­quêtes me­nées sous haute ten­sion.

Deux jeunes gens de 18 et 19 ans sont soup­çon­nés d’avoir par­ti­ci­pé aux in­ci­dents ayant pré­cé­dé l’at­taque du ré­veillon de Noël. Connu pour de nom­breux faits de dé­lin­quance (drogue, conduite sans per­mis, ou­trage…), le pre­mier a été mis en exa­men hier soir pour « dé­gra­da­tion par in­cen­die » et « in­tru­sion dans un éta­blis­se­ment sco­laire », avant d’être pla­cé en dé­ten­tion : il au­rait in­cen­dié des pa­lettes à l’in­té­rieur de l’école du quar­tier. Très vite dé­si­gné par la ru­meur, il avait « pris le ma­quis », se­lon la for­mule consa­crée, pen­dant qua­rante-huit heures pour évi­ter la chasse à l’homme qui le vi­sait. Et avait fi­ni par se rendre à la po­lice.

Le plus âgé des deux, in­ter­pel­lé di­manche et soup­çon­né d’être un com­plice (il au­rait cou­pé un arbre pour ali­men­ter le feu) n’était pas connu de la jus­tice. Il a été lui aus­si mis en exa­men et lais­sé en li­ber­té sous contrôle ju­di­ciaire. Les deux jeunes gens, tous deux fran­çais d’ori­gine magh­ré­bine, nés en Corse, ne pré­sentent « au­cun signe de ra­di­ca­li­sa­tion » se­lon des sources proches du dos­sier. De quoi contre­dire la ru- meur d’une agres­sion mo­ti­vée par des consi­dé­ra­tions re­li­gieuses.

En­fin, un troi­sième homme a échap­pé lun­di à une in­ter­pel­la­tion à son do­mi­cile. Ce « té­moin im­por­tant » au­rait été aper­çu à proxi­mi­té d’un amon­cel­le­ment de pa­lettes ayant ser­vi à al­lu­mer un in­cen­die. Son père a as­su­ré aux en­quê­teurs que son fils était étran­ger aux vio­lences mais qu’il s’était ré­fu­gié sur le conti­nent par pré­cau­tion. D’autres ar­res­ta­tions pour­raient in­ter­ve­nir pro­chai­ne­ment.

Les in­ves­ti­ga­tions sur la salle de prière pié­tinent

« Les faits de dé­lin­quance de proxi­mi­té consta­tés aux Jar­dins-de-l’Em­pe­reur, de l’ordre de deux à trois par mois, sont pour l’es­sen­tiel im­pu­tables à une ving­taine de per­sonnes, as­sure Ni­co­las Ler­ner, co­or­don­na­teur des ser­vices de sécurité in­té­rieure en Corse. S’il est in­dé­niable que le quar­tier connaît des pro­blèmes de drogue et des nui­sances, il n’a rien d’une zone de non-droit puisque les ser­vices de po­lice y in­ter­viennent très ré­gu­liè­re­ment et vont ac­croître si­gni­fi­ca­ti­ve­ment leur pré­sence. »

En com­pa­rai­son, la se­conde en­quête, vi­sant cette fois l’at­taque d’une salle de prière, pa­raît au point mort. Elle se heurte tou­jours à un manque cruel d’élé­ments ma­té­riels. Les images de vi­déo­sur­veillance des en­vi­rons sont scru­tées à la loupe. La PJ a été ap­pe­lée en ren­fort pour iden­ti­fier les as­saillants. « Les deux en­quêtes suivent leur lo­gique propre, au­cune ne dicte son ca­len­drier à l’autre. A au­cun mo­ment, nous n’avons cher­ché à cho­ré­gra­phier des in­ter­pel­la­tions », as­sure un haut fonc­tion­naire pour ré­pondre aux in­ter­ro­ga­tions sur d’éven­tuelles prio­ri­tés don­nées aux ser­vices de po­lice. En outre, au moins quatre plaintes ont été dé­po­sées après l’ex­pé­di­tion pu­ni­tive me­née aux Jar­dins-de-l’Em­pe­reur.

La jus­tice ne fait pas preuve de la même cé­lé­ri­té dans tous les do­maines. En marge d’un ras­sem­ble­ment de sou­tien aux pom­piers, le 25 dé­cembre, un po­li­cier char­gé de la cir­cu­la­tion a été frap­pé au vi­sage par un au­to­mo­bi­liste. Le fonc­tion­naire a eu le nez frac­tu­ré et a dû être opé­ré hier. Son agres­seur a été convo­qué pour s’ex­pli­quer de­vant un of­fi­cier de po­lice ju­di­ciaire dans quatre mois. De quoi faire re­gret­ter à Syl­vain Gui­mond, re­pré­sen­tant du syn­di­cat de po­lice Alliance, « le manque de fer­me­té du par­quet » dans cette af­faire.

Le mi­nistre de l’In­té­rieur est at­ten­du sur place ce ma­tin. Vi­site aux pom­piers, aux ha­bi­tants, aux po­li­ciers, aux élus… Ber­nard Ca­ze­neuve es­père apai­ser les craintes et dis­si­per les in­com­pré­hen­sions.

Ajac­cio (Corse-du-Sud), hier. L’un des deux hommes soup­çon­nés d’avoir par­ti­ci­pé aux in­ci­dents avant l’agres­sion de pom­piers et de po­li­ciers le 24 dé­cembre (ici à l’ar­rière de la voi­ture) a été mis en exa­men et re­lâ­ché sous contrôle ju­di­ciaire. L’autre a été écroué.

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