Adieu Lem­my

Lé­gende du rock destroy, Lem­myKil­mis­ter, le chan­teur du groupe Motö­rhead, est mort lun­di d’un can­cer à 70 ans.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS ET SPECTACLES - HU­BERT LIZÉ

IL SE DÉ­FI­NIS­SAIT comme un sur­vi­vant, et c’est vrai que Ian « Lem­my » Kil­mis­ter, en cin­quante ans de route du rock, avait nar­gué la mort plus sou­vent qu’à son tour. Le chan­teur et bas­siste du groupe de hea­vy mé­tal bri­tan­nique Motö­rhead a fi­na­le­ment suc­com­bé lun­di, chez lui à Los An­geles (Etats-Unis), à un can­cer ful­gu­rant qu’on lui avait diag­nos­ti­qué deux jours plus tôt. Il ve­nait de fê­ter ses 70 ans. Fa­ti­gué, mais pas ras­sa­sié. « C’est in­croyable qu’il ait pu jouer dans cet état », a dé­cla­ré son ac­tuel bat­teur, Mik­key Dee. Soixante-dix ans, un âge ca­no­nique pour cet adepte du trip­tyque « sexe, drogue, rock’n’roll », qui avouait avoir consom­mé des dé­cen­nies du­rant une bou­teille de whis­ky et une fille par jour et des sub­stances di­ver- ses. Il at­tri­buait sa lon­gé­vi­té au fait de n’avoir ja­mais pris d’hé­roïne, drogue qu’il avait vu em­por­ter de nom­breux amis. Un mois après le décès de son ex-bat­teur Phil « Ani­mal » Tay­lor, l’homme au cha­peau noir, aux im­po­santes rou­fla­quettes, aux ta­touages de Hells An­gel, a ren­du les armes. Il ne hur­le­ra plus sur scène les tubes comme « Ace of Spades » ou « Over­kill » qui avaient fait de Motö­rhead, au fil d’une ving­taine d’al­bums en qua­rante ans, une ré­fé­rence ab­so­lue du genre. Leurs concerts étaient des mo­ments de fu­sion jouis­sifs, mais des épreuves pour cer­tains spec­ta­teurs tant leur son était énorme.

Né en 1945 dans le centre de l’Angleterre, Lem­myKil­mis­ter s’était mis à la gui­tare, ado, pour se « faire des filles » et se dé­bar­ras­ser de son ad- dic­tion aux ma­chines à sous. Un ma­ga­zine mas­cu­lin lui at­tri­bue­ra un jour 2 000 conquêtes fé­mi­nines. Roa­die de Ji­mi Hen­drix à son ar­ri­vée à Londres à la fin des six­ties, Lem­my avait en­suite fait les beaux jours du rock band pro­gres­sif Hawk­wind. Il fonde en 1975 Motö­rhead, un trio gui­tare-basse-bat­te­rie ra­di­ca­le­ment ba­sique. « Nous sommes Motö­rhead, nous jouons du rock’n’roll », as­sé­nait-il en dé­mar­rant chaque show, avant d’en­voyer les dé­ci­bels. N’em­pêche, Lem­my connais­sait ses clas­siques. Comme en té­moigne un disque acous­tique de re­prises de Pres­ley, John­ny Cash, Bud­dy Hol­ly et Ed­die Co­chran, en­re­gis­tré avec l’un des Stray Cats en 2006.

Motö­rhead rac­croche

Son adrénaline, c’est en tour­née qu’il la pui­sait. La rai­son pour la­quelle, di­sait ce père de plu­sieurs en­fants, il ne s’était ja­mais ma­rié. Hier, les stars du hea­vy mé­tal comme Oz­zy Os­bourne, le chan­teur de Black Sab­bath, Brian May, le gui­ta­riste de Queen, le chan­teur de Metallica ont pleu­ré sur les ré­seaux so­ciaux la dis­pa­ri­tion « d’un ami », « d’un guer­rier », « d’un pi­lier de di­gni­té » et d’une « lé­gende » de la mu­sique. Motö­rhead de­vait re­par­tir en tour­née eu­ro­péenne fin jan­vier, et don­ner un concert à Lille puis à Pa­ris. « Nous ne fe­rons plus de tour­née, ni de disque », a in­di­qué hier leur bat­teur sué­dois. Lem­my a rac­cro­ché, « Motö­rhead, c’est fi­ni ».

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