Valls : «La na­tion corse, je ne sais pas ce que ça veut dire »

Après les vio­lences à Ajac­cio, le Pre­mier mi­nistre af­fiche sa fer­me­té. Dans une in­ter­view à notre jour­nal, il ferme la porte à toute re­ven­di­ca­tion in­dé­pen­dan­tiste.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - Pro­pos recueillis par ÉRIC HACQUEMAND

MA­NUEL VALLS sort du ma­quis. Si­len­cieux de­puis les vio­lences et les scènes de haine ra­ciste qui ont mar­qué Ajac­cio ces der­niers jours, le Pre­mier mi­nistre s’ex­prime en­fin sur la si­tua­tion dans l’île en se dé­fen­dant de tout laxisme. Mais deux se­maines après le triomphe spec­ta­cu­laire des élus na­tio­na­listes aux élec­tions ré­gio­nales, c’est aus­si l’oc­ca­sion pour Valls de fer­mer la porte à toute re­ven­di­ca­tion in­dé­pen­dan­tiste et de ré­fu­ter l’exis­tence d’une « na­tion corse ». « Il n’y a pas de sé­pa­ra- tion­pos­sible » avec la France, in­siste le Pre­mier mi­nistre, qui se ren­dra dans les pro­chains mois sur l’île.

En at­ten­dant, Ber­nard Ca­ze­neuve est at­ten­du à Ajac­cio ce ma­tin, une se­maine après les vio­lences. Le mi­nistre de l’In­té­rieur y ren­con­tre­ra les pom­piers, les re­pré­sen­tants de la com­mu­nau­té mu­sul­mane ain­si que les élus lo­caux. Une vi­site au­près des ha­bi­tants est éga­le­ment pro­gram­mée.

@eri­chac­que­mand Non. Je ne veux faire au­cun pro­cès d’in­ten­tion. Je prends acte que ces faits in­ad­mis­sibles ont été condam­nés avec force par le pré­sident du con­seil exé­cu­tif et le pré­sident de l’As­sem­blée de Corse. Les ex­pres­sions « les Arabes de­hors ! » et « tuez-les ! » ont été en­ten­dues. Que faire face à ces grou­pus­cules iden­ti­taires comme Vi­gi­lance na­tio­nale corse ? Je sais que les Corses ne sont pas ce­la. At­ten­tion à l’amal­game… Mais nous de­vons la pro­tec­tion à nos com­pa­triotes mu­sul­mans. Oui, il faut pros­crire dé­fi­ni­ti­ve­ment ces groupes iden­ti­taires. Y com­pris en étu­diant leur dis­so­lu­tion. L’Etat pren­dra toutes ses res­pon­sa­bi­li­tés en com­bat­tant tous les ap­pels à la haine et à la vio­lence. Des membres de ces groupes se re­ven­diquent du na­tio­na­lisme corse : à cha­cun de faire le mé­nage ! Cer­tains slo­gans doivent dis­pa­raître. Je me suis éner­gi­que­ment bat­tu pour que le Front na­tio­nal ne gagne pas de ré­gion lors des der­nières élec­tions. Ce n’est pas pour ac­cep­ter au­jourd’hui la moindre ba­na­li­sa­tion du ra­cisme, en Corse et ailleurs. Etes-vous prêt à vous rendre sur place ? Bien évi­dem­ment. Je me ren­drai en Corse au pre­mier se­mestre 2016. Ce se­ra aus­si l’oc­ca­sion de rap­pe­ler com­bien nous avons tra­vaillé d’ar­rache-pied ces der­nières an­nées, no­tam­ment sur la sécurité. L’op­po­si­tion vous re­proche un échec en la ma­tière… En 2015, seuls 5 at­ten­tats et 2 ten­ta­tives ont été en­re­gis­trés : ce chiffre est en baisse constante de­puis 2013. Le nombre d’ho­mi­cides a été di­vi­sé par deux de­puis 2012, pour at­teindre le ni­veau le plus bas de­puis dix ans. Di­vi­sés par 5, les vols à main ar­mée ont at­teint un plan­cher his­to­rique en quinze ans. L’Etat ré­ga­lien ob­tient des résultats !

Faites-vous le lien entre la vic­toire des élus na­tio­na­listes et les actes de ces der­niers jours ?

La dé­mi­li­ta­ri­sa­tion du FLNC l’an der­nier y est-elle pour quelque chose ? C’est aus­si le fait que des di­ri­geants de clans ma­fieux sont au­jourd’hui en pri­son. Des grou­pus­cules ont été dis­sous. Il faut aus­si ac­cen­tuer la lutte contre la pe­tite et la moyenne dé­lin­quance — même si elle a dé­jà for­te­ment bais­sé — et le tra­fic de drogue. L’Etat n’aban­don­ne­ra ja­mais la Corse. Ceux qui disent l’in­verse veulent soit faire ou­blier leur propre bi­lan quand ils étaient à la tête du pays, soit re­mettre en cause la pré­sence de l’Etat en Corse. Si le pro­ces­sus po­li­tique s’en­rayait, la vio­lence pour­rait-elle res­sur­gir ? Il n’y a au­cune rai­son que la vio­lence re­naisse. De­puis 2012 et l’élec­tion de Fran­çois Hol­lande, nous n’avons ja­mais cé­dé au moindre chan­tage. Je sou­haite tra­vailler de ma­nière construc­tive et se­reine pour l’ave­nir de l’île. Mais il y a des prin­cipes sur les­quels nous ne tran­si­ge­rons ja­mais.

« Il faut pros­crire dé­fi­ni­ti­ve­ment ces groupes iden­ti­taires. Y com­pris en étu­diant leur dis­so­lu­tion. » « Nous n’avons ja­mais cé­dé

au moindre chan­tage » Mais vous avez ap­pe­lé à un « dia­logue se­rein et construc­tif » avec les élus na­tio­na­listes…

Je dis­cu­te­rai avec Gilles Si­meo­ni, qui se­ra aus­si re­çu, avec les autres pré­si­dents de ré­gion, par Fran­çois Hol­lande le mois pro­chain. Nous conti­nue­rons d’évo­quer le sta­tut de la fu­ture col­lec­ti­vi­té unique, le dé­rou­le­ment du pro­gramme ex­cep­tion­nel d’in­ves­tis­se­ments de 536 M€ (2014-2016) que j’ai si­gné il y a deux ans. La dé­cen­tra­li­sa­tion ac­crue des com­pé­tences — en fa­veur du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, de l’agri­cul­ture, etc. — se­ra mise en oeuvre. Je ne de­mande à per­sonne de re­non­cer à son iden­ti­té propre. Mais il ne peut y avoir de place dans cette dis­cus­sion pour tout ce qui fe­rait sor­tir la Corse de la Ré­pu­blique.

«Je me suis bat­tu pour que le FN ne gagne pas de ré­gion. Ce n’est pas pour ac­cep­ter au­jourd’hui la moindre ba­na­li­sa­tion du ra­cisme», sou­ligne Ma­nuel Valls.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.